COVID-19

Québec s’inquiète de la multiplication des foyers d’éclosion

Québec — Le gouvernement Legault s’inquiète de la multiplication des foyers d’éclosion de COVID-19. Pour éviter une deuxième vague, les Québécois doivent revenir à des comportements plus prudents, plaide-t-on. Il faut par exemple s’assurer de limiter le nombre d’invités que l’on reçoit à la maison, de porter le masque dans les lieux publics fermés, ou tout simplement de ne pas participer à des activités interdites, comme les « danses contact ».

L’image est somme toute frappante. Alors que Québec tente de freiner l’arrivée d’une deuxième vague, que la province dépasse sa cible consistant à maintenir le nombre de nouveaux cas quotidiens à moins de 20 pour un million d’habitants, que les soirées karaoké sont interdites et que les bars doivent tenir un registre de leurs clients, la police de Québec est intervenue jeudi dans deux bars de danseuses nues où elle a surpris des clients qui profitaient d’une danse contact.

« Les danses contact, c’est interdit. »

— François Legault, premier ministre du Québec, en conférence de presse vendredi

« Ce sont des comportements irresponsables. Il faut donc s’attendre à ce que des rapports d’infraction généraux soient délivrés aux tenanciers », a pour sa part affirmé Robert Pigeon, directeur du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

M. Pigeon n’a pas voulu nommer les deux bars en question. Mais selon lui, les établissements avaient déjà été avertis quant aux danses contact. « Les endroits qu’on a visités avaient été avisés. Ce ne sont pas des gens qui ont été pris par surprise. Ce sont des gens qui ont fait le choix de ne pas respecter le décret. »

Cette situation s’est produite alors que le Québec a connu vendredi 219 nouveaux cas confirmés de COVID-19. Pour une rare fois, la région de la capitale a également rapporté plus de nouveaux cas que Montréal. Vendredi, Québec affichait un bilan de 42 cas, contre 40 dans la métropole. La Montérégie a recensé 20 nouveaux cas, le Bas-Saint-Laurent 19, l’Outaouais 18, et l’Estrie 17. Le nombre d’hospitalisations a aussi augmenté de quatre par rapport à la veille, avec un total de 123, alors que le bilan des décès s’est alourdi d’un mort.

Éviter une deuxième vague

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, s’inquiète de la tendance des derniers jours, au cours desquels le nombre de nouveaux cas positifs au coronavirus a augmenté. Québec estime qu’il ne gère pas pour l’instant une deuxième vague, mais compte sur les Québécois pour ne pas la provoquer.

« En France, cette semaine, ils sont rendus à 150 cas par million [d’habitants]. C’est là qu’on ne veut pas aller. »

— Christiant Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

« Alors, moi, si on reste à 20, 25 cas par million, même si c’était un peu notre première limite pour la zone jaune, je vous dirais que, si on était capables de rester dans cette zone-là… », a espéré M. Dubé.

« Il y a beaucoup plus d’éclosions dans la dernière semaine que j’en avais il y a une semaine ou deux. Rappelez-vous quand je vous disais qu’il y avait 2-3 éclosions par jour […]. Mais là, on n’est pas à 2-3 éclosions par jour, on est à 10-15 éclosions par jour, dans tous nos milieux », a ajouté le ministre de la Santé et des Services sociaux.

Selon François Legault, « une grande partie des cas de transmission, ça se passe dans les maisons, [mais] on ne peut pas commencer à aller vérifier tout ce qui se passe dans toutes les maisons du Québec ».

« Il y a beaucoup de maisons au Québec, il y a pas mal plus de maisons qu’il y a de policiers, puis on ne veut pas non plus commencer à rentrer dans la vie privée des gens. Je pense qu’il faut compter sur la bonne volonté des Québécois et répéter que si on veut revenir à une vie normale, il faut arrêter de voir le nombre de cas augmenter », a ajouté le premier ministre.

Nouvelle procédure pour les tests

Christian Dubé a également réitéré vendredi qu’il était au fait que les temps d’attente pour se faire tester étaient beaucoup trop longs, alors que certains attendent des heures.

Le ministre a expliqué qu’il souhaitait que les gens prennent davantage rendez-vous pour se faire tester. Québec prépare une nouvelle plateforme web où les citoyens rempliront dans un avenir rapproché un questionnaire pour effectuer l’autoévaluation de leurs symptômes et recevoir un rendez-vous à une heure précise, dans un lieu précis.

Québec a aussi retiré du web sa liste qui recensait les écoles touchées par la COVID-19, parce qu’elle n’avait « pas la qualité » attendue. Publiée pour la première fois il y a une semaine, cette liste avait été vivement critiquée en raison de plusieurs omissions, mais aussi en raison de la présence d’écoles qui n’avaient jamais rapporté de cas de COVID-19.

« Tant qu’à avoir de l’information qui n’est pas de qualité, j’aime mieux ne pas avoir d’information. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux au sujet de la liste des écoles touchées par la COVID-19

« Avec du recul, avec tout ce que les directions d’école, les secrétariats, avaient à faire dans une rentrée, je pense que c’était mission impossible », a-t-il poursuivi. Selon la journée, de 10 à 20 % des quelque 3000 écoles que compte la province remplissaient un questionnaire sur les cas de COVID-19.

M. Dubé assure que chaque parent d’élève est contacté s’il y a un cas de COVID-19 dans une école et que son gouvernement trouvera « dans les prochains jours » une façon de rendre compte des cas déclarés dans les établissements d’enseignement. La mise à jour pourrait se faire sur une base hebdomadaire.

Le parascolaire reprend dans les zones vertes et jaunes

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a également annoncé vendredi avoir l’aval de la Santé publique pour relancer les activités parascolaires ainsi que les programmes sports-études et arts-études dans les zones vertes et jaunes dès lundi. Les écoles devront cependant revoir le fonctionnement de leur offre de services et revenir aux groupes-classes complètement fermés si leur région passe au palier d’alerte orange (alerte modérée).

« On est très, très contents de pouvoir arriver avec cette solution-là après avoir consulté nos partenaires », a déclaré M. Roberge en point de presse à l’hôtel du Parlement. Rappelons que la décision du ministre d’interdire les activités parascolaires à l’extérieur des « bulles-classes » avait soulevé un tollé, les élèves y voyant une incohérence puisque le sport civil était, lui, autorisé.

Une manifestation d’élèves à Québec avait entre autres convaincu le premier ministre François Legault de revenir sur la décision et d’annoncer la reprise de toutes les activités dès le 14 septembre « si tout va bien ». Vendredi, M. Roberge a affirmé que la situation dans les écoles depuis la rentrée était « maîtrisée ».

— Avec Gabriel Béland et Marie-Eve Morasse, La Presse, et La Presse Canadienne

Un député caquiste rappelé à l’ordre

Le député caquiste d’Orford, Gilles Bélanger, a été rappelé à l’ordre par son parti pour avoir participé vendredi à la réunion du caucus… au volant de son auto. On a pu le voir en pleine action au début de la rencontre, accessible aux médias pendant quelques minutes pour une allocution de François Legault. Un grand écran présentait en effet des images des élus qui prenaient part à la réunion à distance en raison des consignes sanitaires. M. Bélanger conduisait sa voiture en regardant, en mode mains libres, la réunion sur son téléphone cellulaire, a-t-on pu constater. Pour le parti, il s’agit d’un manque de respect envers le caucus. Et le Code de la sécurité routière stipule que l’on peut consulter l’écran d’affichage d’un téléphone cellulaire uniquement s’il présente « des informations pertinentes pour la conduite » (celles d’un GPS, par exemple).

— Tommy Chouinard, La Presse

Port du masque : des amendes de 400 $ pour les récalcitrants

Québec persiste et signe. Les particuliers qui refuseront de porter le masque dans les lieux publics fermés seront passibles d’une amende minimale de 400 $ dès samedi, partout dans la province. C’est ce qu’a confirmé vendredi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire qui s’est tenu durant la journée. Jeudi, le gouvernement Legault avait fait part de son intention de « sévir » contre les « irresponsables » qui « mettent à risque toute notre société ». Les montants des amendes n’avaient toutefois pas été officiellement précisés. En cas de récidive, les amendes liées aux constats d’infraction remis par les policiers pourront atteindre 6000 $. Il s’agit de la même échelle qui avait été imposée aux commerçants. Ceux-ci devaient jusqu’ici veiller au port du masque dans leurs locaux, sous peine de sanctions.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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