Julie Ouellet

Tout ne tient qu’à un fil

Le 1700, La Poste présente, jusqu’au 18 juillet, une rétrospective tout en douceur de l’artiste Julie Ouellet. Une incursion dans l’univers délicat de son dessin. Avec un usage de la cire d’abeille maîtrisé d’une façon magistrale. Et une démarche intense, intimement liée à son regard émerveillé sur les choses de la vie.

Tout ne tient qu’à un fil. La pandémie, aussi, nous le confirme. L’expression adhère parfaitement à l’œuvre de Julie Ouellet, issue d’une démarche exigeante et aventureuse, comme pour l’équilibriste. Jonglant avec les techniques, l’artiste de mi-carrière prend des risques – ceux de la liberté et de l’inconnu – quand elle dessine sans regarder son papier, le regard fixé sur ses modèles vivants que sont ces petits amas de végétaux assemblés sur la table de son atelier. Un dessin à l’aveugle qu’elle peaufine ensuite de bien des façons.

Julie Ouellet travaille étroitement avec la nature, se nourrissant de promenades en forêt. Mais elle n’a pas toujours été en symbiose artistique avec le végétal, ayant exploré, dans un premier temps, l’expression du corps. Avec notamment une technique de peinture sculpturale à la cire chaude, comme pour Chimère no 7 ou ses toiles de personnages soudés les uns aux autres.

« Elle a été au début comme l’enfant qui découvre l’art, dit Isabelle de Mévius, fondatrice du 1700, La Poste. C’est extraordinaire. Puis, elle a fait des portraits psychiques, son ambiance intérieure, avant de suivre son fil, sans savoir où elle va, mais tout en étant proche de son inconscient. »

Un jour, Julie Ouellet a brisé ce lien d’autoreprésentation de l’acte de faire de l’art, comme elle dit. Elle s’est mise à réfléchir sur ces dessins automatiques qu’elle faisait tout en parlant au téléphone. De là a surgi sa lignée de nœuds et d’abstractions. « Je sais que je ne pourrai plus revenir à dessiner des corps », dit-elle dans le documentaire de Bruno Boulianne Les chemins éphémères, qu’on peut voir au centre d’art.

Elle s’est alors inspirée de la forêt, notamment d’une grange abandonnée dont elle a adoré l’union avec la nature. Des branches ont pénétré par les fenêtres. Un arbuste a poussé à l’intérieur. Un mur écroulé offre une vue sur l’extérieur. Ce rectangle vert a intrigué Julie Ouellet et a généré bien des dessins, notamment ceux exposés au sous-sol, qui font partie de sa série Se contraindre à se perdre.

Délicats, ces dessins à l’aquarelle, à l’encre ou au graphite suggèrent l’environnement de la grange avec des traits, des lignes, des points, des taches, des courbes, des cubes pleins ou vides et même des formes larvaires. S’ajoute parfois un travail de microdéchirure du papier Fabriano qui donne du relief, un côté cotonneux magnifique.

Les nœuds

Ses nœuds et entrelacements apparaissent parfois chaotiques de loin, un véritable embrouillamini ! On penserait que l’artiste se répète, mais non. De près, le dessin est organisé et brut. « Les redondances sont les lignes de force, dit-elle, ce qui résiste à l’égarement. L’essentiel. »

Les œuvres de Julie Ouellet sont empreintes de fluidité, de mouvements et en même temps de fermeté. Ses tortillons de cire teinte ont l’air anodins au premier coup d’œil, mais quand on essaie de les suivre, on saisit la complexité de l’écheveau. Pour certaines œuvres, comme Le grand nœud, le résultat devient même ludique, comme avec les jeux de labyrinthe.

Ne partez pas sans aller dans la salle qui contenait, jadis, le coffre-fort des lieux. Julie Ouellet y a travaillé pendant deux semaines pour réaliser Tout ne tient qu’à un fil, sculpture de petites branches ressemblant à des sarments de vigne qu’elle a enduites de cire. Une œuvre gracile accompagnée d’un texte écrit à la main sur le mur durant sa création. Des mots qui traduisent son recueillement durant cet exercice et son état d’esprit par rapport à ses œuvres qui, rassemblées, dit-elle, forment « un merveilleux château dans le ciel ».

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