Hong Kong

Nouveau dirigeant, nouveau tour de vis en vue ?

La nomination à la tête de Hong Kong d’un ex-policier adepte de la manière forte marque une étape déterminante dans la reprise en main par le régime chinois de l’ancienne colonie britannique et pourrait mener rapidement à un nouveau tour de vis sécuritaire, déplore Guy Saint-Jacques.

L’ex-ambassadeur du Canada en Chine estime que le processus ayant mené à la sélection de John Lee est une « véritable mascarade » offrant une nouvelle illustration de la volonté de Pékin d’en finir avec la promesse faite en 1997, au moment de la rétrocession, de maintenir des droits élargis pour les résidants de cette « région administrative spéciale ».

« La sécurité est la préoccupation principale de John Lee, qui est totalement aligné à ce sujet avec les objectifs » du régime du président Xi Jinping, note M. Saint-Jacques.

Human Rights Watch, qui décrit le processus de nomination comme un « coûteux spectacle de marionnettes », prévient que la désignation d’un ex-policier « abusif » vient alimenter la crainte d’un « renforcement des politiques répressives » du territoire.

Dans une analyste parue en ligne, une recherchiste de l’organisation, Maya Wang, relève que John Lee a montré un « mépris souverain » pour la sécurité de la population de Hong Kong en 2019 alors qu’il chapeautait les efforts des forces de l’ordre pour venir à bout d’un soulèvement populaire précipité par une loi d’extradition controversée.

Il a notamment affirmé à l’époque que des policiers ayant assailli des manifestants pacifiques lors d’une importante manifestation s’étaient montrés « tolérants » alors que leur vie était « menacée ».

L’ex-responsable de la sécurité à Hong Kong a par ailleurs cherché à défendre des agents soupçonnés de brutalité qui avaient retiré leur numéro d’identification en relevant « qu’il n’y avait pas d’espace sur leur uniforme ».

M. Lee, ajoute Maya Wang, a déjà déclaré qu’il serait « opportun de considérer » l’application à Hong Kong de mesures antiterroristes similaires à celles utilisées par la Chine au Xinjiang, où Human Rights Watch dit avoir relevé des crimes contre l’humanité.

Unique candidat

L’ascension de l’ex-policier de 64 ans, qui était le seul candidat en lice pour succéder à la cheffe de gouvernement sortante, Carrie Lam, a été saluée par le régime chinois comme une illustration de « l’esprit démocratique » prévalant à Hong Kong et une preuve du niveau d’approbation populaire du nouveau dirigeant.

Le Global Times, quotidien nationaliste chinois faisant écho aux positions du régime, a déclaré que ce niveau élevé de soutien faisait du nouveau chef « la personne idéale » pour assurer la crédibilité du gouvernement local et « lutter contre les forces étrangères hostiles » qui chercheraient à peser sur les orientations de l’ex-colonie.

M. Saint-Jacques note que la nomination était en fait la confirmation d’une décision déjà prise à Pékin, qui contrôle la composition d’un « comité électoral » regroupant 1461 « patriotes chinois » chargés formellement de voter au nom de la population.

« Seulement huit d’entre eux ont voté contre et quelques dizaines se sont abstenus. C’est le genre de résultat qu’on voit lors de votes en Chine continentale », relève l’ex-ambassadeur.

Xi Jinping à la recherche d’un troisième mandat

La nomination d’un nouvel homme fort à Hong Kong, qui deviendra effective le 1er juillet, survient alors que le président chinois Xi Jinping doit composer avec des problèmes susceptibles de compliquer ses efforts pour obtenir à l’automne un troisième mandat à la tête du géant asiatique.

Les liens établis avec la Russie juste avant le lancement d’une offensive décriée en Ukraine ainsi que les difficultés éprouvées actuellement dans le maintien de la politique « zéro COVID-19 » du régime en Chine sont de nature à alimenter la grogne au sein du Parti communiste, souligne M. Saint-Jacques.

La désignation de l’ex-policier à Hong Kong est d’ailleurs en partie attribuable, dit-il, à la volonté du président chinois de garantir que les troubles des dernières années ne vont pas se répéter et d’éviter de nouveaux tourments à un moment stratégiquement délicat.

« Avec la nomination de John Lee, c’est la fin des distractions potentielles. Xi Jinping sait qu’il va gérer avec une poigne de fer », relève M. Saint-Jacques.

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