Bernard-Y. Caza

Le gardien du Vieux Clocher

Un jeune groupe méconnu appelé Rock et Belles Oreilles y a passé l’été de 1985 à faire des spectacles, tout comme Louis-José Houde en 2003. Dans le monde de la scène au Québec, le Vieux Clocher de Magog a mis en place une formule unique de résidences d’été propices au rodage devant un public averti. Entrevue avec Bernard-Y. Caza, qui dirige la salle depuis près de 40 ans.

Dans son bureau, il y a de nombreuses photos. Les Louis-José Houde, Dan Bigras et Marc Dupré ont l’air de gamins. Sur une affiche autographiée, Patrick Huard lui dit être « éternellement reconnaissant ».

C’est signe que les années ont passé et que de nombreux artistes doivent leurs débuts de carrière à Bernard-Y. Caza.

Cet été, le 11 août plus précisément, 40 ans auront passé depuis que Bernard-Y. Caza a pris sous son aile le Vieux Clocher de Magog, véritable institution de la scène québécoise.

Le jour de notre rencontre, la salle affichait complet pour le spectacle de David Goudreault qui devait débuter à 19 h. « Je pense que nous sommes la salle du Québec qui a produit le plus de spectacles depuis le début de la pandémie, estime-t-il. Entre le 1er avril et le 31 août, j’ai 82 spectacles. »

Un beau coup de tête

Or, en 1981, c’est sur un coup de tête que Bernard-Y. Caza a fait une offre d’achat pour acquérir le Vieux Clocher de Magog, qui appartenait alors à une troupe de théâtre.

Bernard-Y. Caza, qui a étudié en lettres et travaillé comme psychothérapeute, avait néanmoins de l’expérience dans le domaine de la musique. Jeune, il a joué de la guitare dans ce qu’on appelait « les messes à gogo » à l’église Saint-Boniface de Sherbrooke. À l’université, il a ouvert une boîte à chansons sur le campus, où le duo Jim & Bertrand s’est notamment produit. Plus tard, il a aussi travaillé avec le groupe jazz sherbrookois Démesure, ainsi qu’en tant que directeur artistique du Grand Café de Montréal.

Stephen Faulkner était en vedette lors du premier spectacle présenté au Vieux Clocher produit par Bernard-Y. Caza. Résultat ? Une perte de 4000 $. C’est là que le jeune promoteur de spectacles s’est résigné à vivre au sous-sol et qu’il a décidé de déménager le bar en haut pour faire une salle de type cabaret.

En 1982, le Vieux Clocher présente la première du spectacle Le sexe et l’argent de Pierre Lebeau et Pierre-Armand Tremblay. À l’été 1985, Rock et Belles Oreilles – alors peu connu du grand public – y donne six spectacles par semaine pendant tout l’été. « Ensuite, il y a eu le Groupe Sanguin, Stéphane Rousseau, Jean-Marc Parent », énumère Bernard-Y. Caza.

Graduellement, Bernard-Y. Caza a forgé le concept de résidences d’été qui ont fait la marque du Vieux Clocher de Magog. « C’est notre contribution à la scène québécoise », dit-il.

Il y a 40 ans, il n’y avait pratiquement pas de spectacles en salle l’été au Québec, rappelle-t-il.

« Les centres culturels fermaient. Il y avait juste du théâtre d’été où on entend des “Ciel ! mon mari” et du claquage de portes. »

— Bernard Y.-Caza

Le Vieux Clocher de Magog est devenu l’endroit où les artistes rodaient leurs spectacles avant leur rentrée officielle en septembre. Il faut dire que les réseaux sociaux n’existaient pas. « Nous étions juste assez loin pour que Francine Grimaldi ne se rende pas », blague Bernard-Y. Caza.

Rapidement, d’autres salles ont commencé à ouvrir grandes leurs portes pendant la saison estivale. « Pourquoi fermer l’été ? », lance Bernard-Y. Caza, qui a donné une première chance à de nombreuses stars de l’humour, que ce soit Louis-José Houde, Stéphane Rousseau, Jean-Marc Parent ou Michel Courtemanche.

Bernard-Y. Caza a par ailleurs été l’imprésario de Kevin Parent pendant 12 ans, ainsi que celui de Vincent Vallières – natif de Sherbrooke –, Vic Vogel, Jean Lapointe et Pierre Labelle. Il est par ailleurs toujours l’agent de Dany Turcotte, et ce, depuis 20 ans.

Bélanger, Léveillée et Vigneault

Des souvenirs, il en a des tonnes. « Je me rappelle très bien le premier spectacle de Daniel Bélanger. Il était surpris de voir que les gens connaissaient toutes ses chansons par cœur alors qu’il commençait. »

Gilles Vigneault donne peu de spectacles, mais il passe toujours par le Vieux Clocher. « J’ai ma chorale ici », dit-il souvent à Bernard-Y. Caza, qui était aussi très proche de Claude Léveillée.

Il faut dire qu’il y a de l’ambiance au Vieux Clocher. C’est décontracté, à mi-chemin entre le bar et le cabaret. Même avec la distanciation physique, avec 150 places au lieu de 400, « l’ambiance est là », assure M. Caza.

On lui donne raison. Le soir de notre rencontre avec lui, David Goudreault se produisait à guichets fermés et le public était conquis après quelques secondes.

Goudreault était en supplémentaire. Il nous a expliqué avoir rodé son spectacle Au bout de ta langue, humour debout et poésie drette au Vieux Clocher « sans le savoir », car il pensait au départ le présenter une quinzaine de fois, alors qu’il en est à la quelque 300représentation.

David Goudreault demeure tout près, à Sherbrooke. Pour lui, le Vieux Clocher a quelque chose de « mythique ». Il y a vu un spectacle mémorable de Gilles Vigneault. Il se souvient aussi d’une prestation (de rodage !) ultra-intime de Richard Desjardins (sur invitation seulement et pas ouverte au public). « J’étais subjugué par l’artiste et j’ai fini par faire ses premières parties. »

Un été bien rempli

Depuis la réouverture des salles en mars, les Sam Breton, Alexandre Barrette, 2Frères et Vincent Vallières se sont produits au Vieux Clocher. Vendredi soir, le spectacle d’Arnaud Soly affichait complet. Nul autre qu’André-Philippe Gagnon viendra y fignoler son nouveau spectacle à la fin juin. Louis-José Houde fera de même en août. Marc Dupré promet un spectacle exclusif du 20 au 24 juillet.

Victime de son succès, Bernard-Y. Caza a diminué le nombre de spectacles de ses têtes d’affiche en rodage pendant l’été, histoire que son public fidèle puisse venir applaudir beaucoup d’artistes différents.

Depuis 2019, Bernard-Y. Caza n’est plus propriétaire du Vieux Clocher. Un organisme sans but lucratif appelé VCM administre la salle, mais M. Caza en demeure le directeur artistique. Cela fera donc 40 ans en août qu’il est à la tête de la célèbre salle de la rue Merry à Magog, mais il s’agit de la 47saison de la salle, précise-t-il.

« Je veux être là pour la 50», annonce-t-il. En attendant, il a hâte d’ouvrir son bar. Et d’enlever son couvre-visage.

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