Chronique

La campagne est commencée

« Je trouve ça mesquin, je trouve ça cheap ! » L’ancien maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, ne mâche pas ses mots pour qualifier l’attitude de l’administration Plante à son égard.

Alors que son mandat au sein du conseil d’administration du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) devait être renouvelé pour une autre année, il a appris il y a quelques jours que ça ne serait finalement pas le cas. « C’est clair que c’est pour des raisons politiques », m’a-t-il confié.

Réal Ménard s’est joint au CPRMV au début de l’année 2020. Ce centre, créé sous l’administration Coderre en 2015, est financé par la Ville de Montréal et le ministère de la Sécurité publique. Il regroupe 14 professionnels provenant de divers secteurs.

Sur les huit postes qui composent le conseil d’administration, trois, dont celui de Réal Ménard, venaient à échéance au début de 2021. Comme il est possible de reconduire les membres pour une seconde année, on a offert à ces personnes, qui travaillent de façon bénévole, de poursuivre leurs activités.

Un des trois membres a préféré se retirer. Quant à Réal Ménard et sa collègue Caroline Lin, ils ont accepté d’offrir de leur temps pour une autre année. En février dernier, la directrice générale du CPRMV, Roselyne Mavungu, et la présidente du conseil d’administration, Shahad Salman, ont confirmé à Réal Ménard qu’il allait conserver ses fonctions.

Cette recommandation a fait l’objet d’un sommaire décisionnel qui a été « retiré » à deux reprises devant le comité exécutif de la Ville de Montréal. Réal Ménard a trouvé cela étrange.

Et voilà que mardi dernier, il a reçu un appel téléphonique du bureau de la mairesse Valérie Plante l’informant que son mandat ne serait finalement pas renouvelé. L’ancien député du Bloc québécois est tombé en bas de sa chaise. D’autant que sa collègue Caroline Lin a vu son mandat prolongé.

« On m’a dit qu’on voulait avoir quelqu’un de Montréal-Nord et de Pointe-aux-Trembles compte tenu des récents évènements, m’a- t-il confié. J’ai dit à cette personne que je ne la croyais pas et que cette décision était purement politique. Quand on regarde l’expérience et la provenance des membres du centre, on voit bien que tous les secteurs sont bien représentés. Cette explication ne tient absolument pas la route. »

Pour Réal Ménard, la raison est ailleurs et elle se trouve dans les prises de position critiques à l’égard de l’administration Plante qu’il exprime depuis quelques mois dans certains médias et sur les réseaux sociaux. En effet, celui qui suit de près quelques dossiers de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve ne se gêne pas pour faire part de son opinion.

Deux sujets lui tiennent particulièrement à cœur : l’abandon du projet d’un nouveau centre communautaire dans Hochelaga et celui d’un pôle logistique dans le secteur Assomption Sud.

Réal Ménard a d’ailleurs publié dans La Presse, en février dernier, avec la conseillère d’Ensemble Montréal Karine Boivin Roy, un texte défendant ce vaste projet. Selon Réal Ménard, cette publication a causé du tort à sa collègue Boivin Roy. « À partir de là, elle a été exclue de toutes les réunions touchant ce sujet, de même que toutes celles portant sur le REM. C’est une élue et elle ne peut pas participer à cela. C’est incroyable. »

« Au fond, je trouve cela triste. Ça renvoie à ce qu’est vraiment cette administration. Ils se sont toujours targués de ne pas faire de politique partisane et d’être au-dessus de ça. Or, on voit bien que ce n’est pas le cas. »

— Réal Ménard

Appelé à commenter la mort du projet de centre communautaire par le journal Métro, le 2 avril dernier, Réal Ménard a qualifié la décision de l’arrondissement de « vrai scandale ». Cet ancien élu, proche de Denis Coderre, croit que cet article a sans doute influencé l’administration Plante dans sa décision de l’écarter du CPRMV.

Métro en a profité pour lui demander s’il se préparait à un éventuel retour en politique municipale. Réal Ménard a esquivé la question. Tout comme il l’a fait plus tôt cette semaine avec Radio-Canada.

« Je refuse de faire des déclarations sur mon retour en politique, mais je ne m’empêche pas de commenter l’actualité et de critiquer l’administration locale quand on prend des décisions qui n’ont pas de bon sens, m’a-t-il dit. Je la trouve particulièrement médiocre dans sa façon de gérer l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. »

Réal Ménard ne cache pas qu’il est demeuré fidèle à Denis Coderre. « Si je fais un retour en politique municipal, c’est sûr que ça sera avec Denis Coderre. Mais la question que l’on doit se poser pour le moment, c’est : est-ce que j’ai contribué de façon positive au CPRMV ? C’est ça qui compte. »

Au bureau de Valérie Plante, on maintient que cette décision est liée à des « objectifs de diversité et de représentation ».

« Les attaques politiques de M. Ménard sont injustifiées », a tenu à préciser Geneviève Jutras, attachée de presse de Valérie Plante.

Il est difficile de dire qui dit vrai dans cette affaire. Mais j’avoue qu’elle semble nous conduire tout droit vers la bonne vieille partisanerie politique. Mais aussi, peut-être, à un candidat qui semble vouloir préparer le terrain.

On verra bien la décision que prendra Réal Ménard dans les prochaines semaines.

Au cours des dernières années, l’administration Plante a fait de la place à des gens qui n’étaient pas rattachés à Projet Montréal. Jean-François Parenteau, le maire indépendant de Verdun, siège au comité exécutif.

Mais à sept mois des élections, le climat n’est plus le même. Les clans préparent leurs troupes. Chaque décision compte. L’improvisation n’a plus sa place.

De même que l’esprit d’harmonie et de partage que l’on tente de créer artificiellement. La politique fait maintenant son œuvre.

Il n’y a pas de doute. La campagne est officiellement commencée.

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