Québec et Chaudière-Appalaches

Le traitement de choc risque de s’allonger

Québec — Le gouvernement Legault envisage sérieusement de prolonger les mesures spéciales d’urgence à Québec et à Lévis en raison d’une flambée des nouveaux cas de COVID-19 dans les deux régions qui sera annoncée ce jeudi.

Dans un geste rare, le premier ministre François Legault tiendra une conférence de presse à 17 h pour la deuxième fois en 48 heures tant la situation est critique.

Dans la capitale, le portrait est plus sombre que jamais : le nombre de nouvelles infections aura presque doublé ce jeudi, alors que le bilan s’élevait à 250 mercredi. L’éclosion du Méga Fitness Gym a franchi le cap des 400 cas et un homme de 40 ans, qui aurait fréquenté l’établissement, est mort après avoir contracté le virus.

Les préoccupations sont également grandes en Chaudière-Appalaches, qui a rapporté 142 infections supplémentaires. Les nouvelles seront là aussi plus mauvaises encore ce jeudi.

À Québec comme à Lévis, les écoles et les commerces non essentiels resteraient fermés au-delà du 12 avril, alors que le couvre-feu serait maintenu à 20 h, si Québec opte pour une prolongation de son traitement de choc comme tout porte à le croire. Voisine de l’Ontario qui se reconfine pour quatre semaines, la ville de Gatineau pourrait être touchée elle aussi par une prolongation des mesures spéciales d’urgence.

La situation a évolué rapidement. Mardi, le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, répondait que prolonger les mesures spéciales d’urgence, « ce n’est pas ce qui est visé ». Il parlait toujours d’une mesure « temporaire » d’une durée totale de « 10 jours ».

Le DArruda précisait que les régions visées – Québec, Lévis, Gatineau, une MRC de l’Outaouais et cinq MRC de Chaudière-Appalaches – avaient, le 12 avril, « 98 % des chances de passer en zone rouge » et de ne plus être soumises aux mesures d’urgence. Un retour en zone orange comme auparavant était toutefois exclu.

Dès mercredi après-midi, avec en main le bilan des nouveaux cas pour diffusion le lendemain, le gouvernement confirmait une réflexion sérieuse sur une prolongation des mesures spéciales d’urgence à Québec et à Lévis.

Une décision n’était pas encore prise formellement en soirée – les échanges avec la Santé publique se poursuivent généralement en matinée. L’annonce sera faite à 17 h. La flambée des cas milite pour qu’on maintienne bien serré l’étau du confinement à Québec et à Lévis, expliquait-on en substance.

Il n’était pas exclu que d’autres régions soient visées par des restrictions sanitaires plus strictes. Mercredi, la Direction régionale de santé publique de Montréal a dit s’attendre à une augmentation des nouvelles infections. Dans l’ensemble du Québec, les hospitalisations liées à la COVID-19 ont bondi subitement, un indicateur auquel le gouvernement est très sensible. Vingt-neuf personnes de plus se trouvent sur un lit d’hôpital, pour un total de 543.

« Tempête parfaite »

À Québec, le Méga Fitness Gym est en train de devenir le triste symbole de la troisième vague, comme le bar Kirouac l’a été pour la deuxième.

Un habitué de cet établissement qui a contracté la COVID-19 raconte qu’il y régnait une « tempête parfaite » propice à une éclosion. « Moi et ma conjointe, on y allait avec nos masques. À un moment, je lui ai dit : “Regarde autour de toi.” Le monde n’avait pas de masque. C’est la seule place où j’avais vu ça en un an. Ils n’avaient pas de masque nulle part, même pas dans le cou », se souvient Yves*.

Selon les autorités sanitaires, l’éclosion dans ce gym a engendré 419 cas positifs. De ce nombre, 195 personnes, clients ou employés, ont contracté la COVID-19 entre les murs de l’établissement. L’éclosion en a aussi engendré 36 autres dans différents milieux, responsables de 224 autres cas.

Yves s’était réjoui de la réouverture du Méga Fitness Gym. Père de deux enfants, il s’y rendait presque tous les jours depuis sa réouverture début mars. Il a vite remarqué que les gestes barrières n’étaient pas largement appliqués.

« C’est une tempête parfaite. Il y avait la mentalité générale des clients et aussi l’absence de personnel sur le plancher dont la responsabilité est de faire respecter le règlement. »

— Yves, client au prénom fictif du Méga Fitness Gym qui a contracté la COVID-19

Son témoignage concorde avec plusieurs photos mises en ligne sur les réseaux sociaux, où l’on peut voir des clients sans masque. Selon Yves, des affiches sur les murs rappelaient de porter le couvre-visage, mais la règle n’était pas vraiment appliquée.

« Il y avait des pancartes, mais ce n’était pas sévère. Le Méga Gym, ce n’est pas comme d’autres gros gyms : les entraîneurs ne sont pas employés, ils sont tous travailleurs autonomes, dit-il. Il n’y a pas d’armée qui va se promener sur le plancher pour s’assurer que les règles soient respectées. »

Il a été impossible d’avoir la version du propriétaire. Dan Marino n’a pas rendu les appels de La Presse. L’homme a souvent fait les manchettes alors que la région était en zone rouge, car il menaçait de défier le gouvernement et d’ouvrir son établissement.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a ordonné la fermeture du gym le 31 mars après avoir constaté des lacunes. Des clients s’entraînaient à moins de deux mètres et la protection individuelle était aussi « inadéquate pour les travailleurs sur place », ont constaté les autorités.

« Nous, on disait : “Si on reste dans notre coin, on devrait être corrects.” Clairement, on a eu tort », raconte Yves.

Sa conjointe et lui ont commencé à ressentir des symptômes quelques jours avant la fermeture. Ils ont subi un test de dépistage le 28 mars. Les deux étaient porteurs du virus, tout comme leur fille. Il est à peu près certain qu’il a attrapé le virus dans le gym. La Santé publique en est aussi convaincue, dit Yves.

L’homme n’en veut pas à Dan Marino. « Je suis un grand garçon, j’aurais pu décider de rentrer chez moi quand j’ai constaté les manquements », dit-il. Il estime que le propriétaire a été insouciant. « Mais je suis sûr qu’aujourd’hui, si on lui demandait, il ferait les choses autrement. »

Enquête à l’IUCPQ

Un homme de 40 ans est par ailleurs mort lundi à Québec après avoir contracté la COVID-19. Selon certains médias, il aurait fréquenté le Méga Fitness Gym dans les dernières semaines. Il n’est toutefois pas possible de confirmer s’il a contracté le virus sur les lieux.

Étienne Desrochers-Jean est mort des suites de la maladie, selon des témoignages de membres de sa famille. « C’est vraiment une tragédie. On va avoir de nouvelles informations bientôt. Il y a des gens qui vont devoir répondre à nos questions », a écrit sa sœur Lucie sur Facebook.

Selon Le Journal de Québec, l’homme se serait rendu à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) le 3 avril parce qu’il avait des difficultés respiratoires. Il aurait été renvoyé à la maison, où il est mort deux jours plus tard.

« On n’a pas vraiment de commentaires à faire à ce sujet-là. C’est un peu une surprise pour nous. Il va y avoir une enquête à l’interne », a commenté la porte-parole de l’IUCPQ, Valérie Lefrançois.

Le Bureau du coroner va lui aussi mener une enquête sur les circonstances de sa mort, a confirmé un porte-parole.

* Yves est un nom fictif. L’homme a préféré ne pas être nommé, car il a une entreprise et craint d’être pris pour cible sur les réseaux sociaux.

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