Ingrate mais essentielle, la diplomatie discrète

Les voyages dans le monde, les ambassades, les rencontres et les réceptions avec des dignitaires étrangers. De l’extérieur, le boulot de ministre des Affaires étrangères ou de diplomate a l’air bien glamour, mais le côté « chin chin » du travail n’est qu’une pointe de la valise diplomatique.

Le témoignage de l’ancienne otage Édith Blais à Tout le monde en parle dimanche était révélateur à ce sujet. La jeune femme a raconté avoir échappé, avec son compagnon d’infortune italien, à ses ravisseurs djihadistes après 450 jours de captivité dans le nord du Mali. Un soir, a-t-elle raconté, ils ont décidé de s’engouffrer dans le désert, espérant en sortir vivants et libres. Et ils le sont depuis près d’un an.

L’animateur Guy A. Lepage a demandé si ça voulait dire que le gouvernement canadien n’avait pas fait grand-chose. S’il écoutait l’émission, le ministre de l’époque, François-Philippe Champagne, a dû s’étouffer avec sa tisane.

Il n’est pas question de remettre en cause le récit de Mme Blais. Ce qu’elle a vécu est absolument atroce et sa résilience est exemplaire. Cependant, il apparait essentiel de rendre à César ce qui lui appartient.

Lorsque la nouvelle qu’Édith Blais était libre et en bonne santé a atteint Ottawa, des dizaines d’employés du gouvernement qui ont éclaté en sanglots. Des larmes de soulagement, mais aussi des larmes du devoir accompli.

C’est que pendant des mois, ils ont été nombreux, très nombreux – plus d’une cinquantaine, selon diverses sources – à travailler dans l’ombre d’arrache-pied dans l’espoir de voir la jeune femme rentrer vivante au pays. Des employés du cabinet du ministre Champagne et du premier ministre, du ministère des Affaires étrangères, des services consulaires, mais aussi d’autres ministères et agences gouvernementales, dont les forces armées et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Et ça, ce n’est qu’au sein du gouvernement fédéral.

Deux professeurs d’université québécois, David Morin et François Audet, qui connaissent bien la région où Mme Blais a été retenue, ont donné leur temps sans compter. Des ressources ont aussi été mobilisées à l’étranger. Que ce soit au sein de gouvernements étrangers, européens et africains ou de diverses polices secrètes.

Comme l’a très justement dit David Morin, qui accompagnait Mme Blais à TLMEP, c’est un « vrai dispositif » qui a été déployé pour mettre toutes les chances du côté de l’otage.

Cependant, personne ne peut sortir sur la place publique pour se vanter de tout le travail derrière la survie et la libération d’un otage ou d’une prisonnière politique.

Les tractations derrière ce genre d’évènements demandent beaucoup de doigté, d’instinct, de créativité. Il faut savoir quand mettre le dossier de l’avant sur la place publique et quand être discret. Il faut garder les proches de la victime informés sans tout dire. Un faux pas, une source grillée et la vie de l’otage peut être en danger.

On ne peut pas non plus se péter les bretelles quand les choses tournent bien. Révéler son modus operandi équivaudrait à mettre en danger d’autres Canadiens à l’étranger. Ou encore la vie des otages d’autres pays qui sont toujours aux mains de leurs ravisseurs.

Même chose quand ça tourne mal. Très mal. Comme ç’a été malheureusement le cas de deux Canadiens aux Philippines qui ont été décapités par l’organisation extrémiste islamiste Abou Sayyaf en 2015. Dans des cas comme celui-là, le gouvernement est immédiatement montré du doigt, mais n’a pas le loisir de se défendre. Il doit encaisser les coups, tout en tirant des leçons pour améliorer ses actions futures.

Non, l’art de la démocratie discrète n’en est pas un qu’on affiche dans les musées, mais c’est un art essentiel pour un pays qui compte plus de 4 millions de ses citoyens à l’étranger. Pandémie ou non. Une fois de temps en temps, on doit saluer ceux qui le pratiquent et qui y laissent beaucoup de nuits de sommeil.

Voilà, c’est fait.

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