Mauvaise conduite

Quelle est l’équipe que j’aime… sans véritable raison particulière ?

Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence

Guillaume Lefrançois

Le travail de journaliste m’a mené à un certain détachement face aux équipes des grandes ligues professionnelles, donc j’ai bien de la difficulté à en identifier une des dernières années. Dans les sports individuels, par contre, j’avoue que Potito Starace ne me laissait pas indifférent, principalement en raison de son prénom. En fait, il n’y avait pas mal que ça, son prénom. Starace n’a jamais gagné de tournoi en simple et a participé à quatre finales, dans les plus ou moins prestigieux tournois de Valence, Kitzbühel, Casablanca et Umag. On le disait spécialiste de la terre battue, mais sa fiche de 129-115 ne devait pas trop faire trembler Rafael Nadal. En fait, c’était surtout en double qu’il s’est illustrait, ayant remporté six titres. En 2018, on a toutefois compris pourquoi le bon Potito ne gagnait jamais : il était mêlé à des histoires de matchs truqués, qui lui ont valu une suspension de 10 ans de la part de l’Unité d’intégrité du tennis.

Mathias Brunet

Les magazines Pif Gadget ont bercé mon enfance. J’attendais fébrilement chaque semaine leur arrivée en kiosque, directement de Paris. Ils m’ont presque appris à lire. À l’époque, dans les années 70, l’AS Saint-Étienne régnait en roi et maître sur le foot en France. On y faisait de nombreuses références dans mon magazine favori. Sans que je les aie vus jouer (l’internet n’existait évidemment pas, et j’avais accès à trois ou quatre chaînes de télé… en noir et blanc), Dominique Rocheteau et Michel Platini étaient devenus mes idoles. J’étais fasciné par cette équipe en vert. Pif Gadget avait même publié une bande dessinée mettant en vedette Rocheteau et quelques stars de l’équipe, pris dans une histoire rocambolesque. Quelques décennies plus tard, en 2017, le hasard a voulu que mon fils aîné, alors membre de l’Académie de l’Impact, ait la chance d’affronter le club de l’AS Saint-Étienne de son groupe d’âge lors d’un match du tournoi international U14 de Sens, en Bourgogne. Les contraintes professionnelles (je ne vous aurais pas abandonnés à l’aube des séries de la LNH) m’ont empêché de traverser l’Atlantique et d’assister à ce match… remporté par l’Impact. J’aurais sans doute eu les yeux embués.

Simon Drouin

J’imagine que c’était une façon de me démarquer de mon grand frère, avec qui je partage toujours une passion pour le sport. Il soutenait les Nordiques de Peter Stastny, j’appuyais les Bruins de Raymond Bourque. Il encourageait les Dodgers de Kirk Gibson, je me tournais vers les Cards de Vince Coleman et Willie McGee. Les Raiders de Los Angeles ? Je répliquais avec les 49ers de San Francisco. Il est resté fidèle aux Eskimos, devenus l’Équipe de football d’Edmonton. J’applaudissais pour ma part les… Rough Riders d’Ottawa. Pourquoi déjà ? Aucune idée. Ils étaient nuls, le parc Lansdowne semblait toujours désert et je ne me souviens d’aucun de leurs joueurs des années 80. À peine ai-je réalisé qu’ils avaient été dissous en 1996. Ne me parlez pas des Renegades ni du Rouge et Noir.

Frédérick Duchesneau

Dès l’achat de mes premiers paquets de cartes sportives, j’ai eu un coup de foudre pour les Padres de San Diego. L’époque, au début des années 80, de l’uniforme brun, orange et jaune, à l’image des horribles papiers peints et canapés d’alors. Pourquoi ? Je ne sais trop. Mais probablement en raison de leur caractère unique. Outre l’uniforme, il y a le nom, à consonance espagnole du début à la fin. Tout cela renforcé depuis par la situation géographique de la ville, dans son coin et tout près du Mexique. Une organisation de perdants, j’en conviens. Les Padres sont l’une des six franchises du baseball majeur à n’avoir jamais gagné le championnat. Mais, comme l’ont chanté Les Colocs, le fait qu’ils soient des losers – historiquement, du moins, puisqu’ils ont enfin un bon club – ne me les rend que plus sympathiques encore. Sinon, j’aime beaucoup les Timbers de Portland dans la MLS. Avec leur foule bien présente. Et, contrairement à mon collègue Alexandre Pratt, j’adore la grande majorité des équipes de petits marchés de la NBA. Du Magic au Jazz, en passant par les Pacers et les Bucks.

Jean-François Tremblay

Laissez-moi vous parler des Sharks de San Jose. Quand j’étais encore enfant, j’avais trois petits personnages de joueurs de hockey en plastique. Un du Canadien, un des Bruins et un des Sharks. Ils personnifiaient ce qui représentait à mes yeux, à l’époque, l’avenir du hockey : Gilbert Dionne, Joé Juneau et Pat Falloon. Je n’avais aucune véritable raison d’aimer les Sharks, mais je les aimais. J’aimais Pat Falloon. J’aimais que ma ligue préférée prenne de l’expansion. J’aimais l’audace de la couleur turquoise. Quelle jolie couleur ! J’aimais le logo de ce requin qui cassait un bâton. J’avais une panoplie de casquettes et de pantalons de jogging aux couleurs de l’équipe. Ma mère savait que c’était un incontournable de ma garde-robe. Je me distinguais de tous mes amis de l’école Saint-Norbert habillés de Bulls ou de Hornets. J’ai eu l’occasion il y a quelques années d’entrer dans le vestiaire des Sharks, et j’y ai découvert un groupe agréable et généreux de ses bonnes citations. Bref, je n’ai pas été déçu.

Richard Labbé

Les Angels de la Californie. Au milieu des années 80, chaque samedi après-midi du printemps, ce qui était à l’époque le Canal 10 (l’ancêtre de TVA) présentait des matchs de baseball… de la Ligue américaine. Jamais les Expos, évidemment, mais souvent un solide Brewers-Mariners ou un bon Angels-White Sox. C’est dans ce contexte, et souvent en revenant de l’école du samedi (j’avais des maths à rattraper), que je dînais en regardant ces matchs, et très souvent, c’était les Angels de la Californie en action, fouillez-moi pourquoi. Parce que j’avais un gant signé Rod Carew, et parce que j’aimais le logo, un gros A rouge, je me suis surpris à aimer ces Angels, que je regardais chaque samedi, probablement en compagnie d’un public télévisuel d’environ 80 personnes pour tout le Québec. Vous comprendrez donc toute l’émotion que j’ai vécue quand, environ 30 ans plus tard, j’ai enfin mis les pieds dans le stade des Angels à Anaheim, en compagnie de mes fils, qui vont hériter de mon gant Rod Carew quand je serai mort. Les chanceux.

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