CF Montréal

« Il va falloir libérer ou échanger des joueurs »

Partisans du CF Montréal, attachez votre tuque (ou plutôt, resserrez votre casquette). D’ici la fin de son calendrier, l’équipe risque de procéder à la libération ou à l’échange de joueurs.

C’est ce qu’a dévoilé le président de l’équipe, Gabriel Gervais, lors d’une rencontre médiatique mercredi. « C’est clair que d’ici la fin de l’année, il y aura des salaires qui pourront être libérés pour 2025. »

« Notre alignement est plein. On n’a pas beaucoup de marge de manœuvre sur la masse salariale. Donc pour faire rentrer des joueurs, il va falloir en libérer ou en échanger. On veut faire évoluer l’équipe à court terme selon nos besoins, parce qu’on veut maximiser notre rendement, on veut faire les séries, mais sans nuire à notre stratégie à long terme ».

L’accent du CF Montréal risque d’être mis surtout sur les rachats de contrats et les prêts. « Si on échange des joueurs, ça ne nous aide pas particulièrement, parce que ça nous force à remplir des postes dans l’effectif », explique Gabriel Gervais.

On peut deviner que le milieu Victor Wanyama compte parmi les candidats potentiels à un rachat. En tant que joueur désigné, le Kényan compte pour 683 750 $ sur la masse salariale. Son salaire réel est toutefois de 1,8 million. C’est beaucoup, considérant ses maigres trois départs.

Départs et arrivées

Lors des deux derniers mois, tous les joueurs du CF Montréal ont été rencontrés par la direction. Pendant ces « conversations franches », certains joueurs ont dévoilé vouloir quitter l’équipe.

« On veut des joueurs qui veulent être ici, résume Gabriel Gervais. Si un joueur vient ici, mais n’a pas la volonté de s’embarquer dans le projet, on ne veut pas le garder. On va chercher à bouger [les joueurs qui veulent quitter], maintenant ou à la fin de l’année. »

Les contrats de plusieurs joueurs, dont Ruan, Joaquin Sosa, Ariel Lassiter et Gabriele Corbo, se termineront à la fin de la présente saison. Le CF Montréal est déjà en pourparlers avec certains d’entre eux en vue d’une éventuelle prolongation de contrat.

L’équipe risque toutefois de perdre des joueurs à « certaines positions-clés ». Pour pallier la chose, elle tentera d’embaucher de nouveaux joueurs dès la prochaine fenêtre des échanges.

Ces départs attendus ne concernent toutefois pas le Québécois Mathieu Choinière, qui demeure dans les plans. L’équipe possède une option qui lui permet de prolonger le contrat du Québécois d’un an à la fin de la présente saison, et elle compte bien l’utiliser. En mai, plusieurs rumeurs circulaient selon lesquelles Choinière avait demandé une transaction. Des rumeurs que le principal intéressé n’a jamais niées.

« Mathieu est un joueur étoile. L’entraîneur sait qu’il peut compter sur lui », commente Gabriel Gervais. « Je ne vais pas négocier publiquement. Tout ce que je peux dire, c’est que mon souhait et celui de l’équipe, c’est de garder Mathieu ici longtemps. »

Liste d’épicerie

En matière d’acquisitions visées, Gabriel Gervais demeure évasif. Souhaite-t-il obtenir un défenseur, un milieu, un attaquant ? « Je ne veux pas dévoiler mes cartes aux autres directeurs généraux, se limite-t-il à dire. Mais je pense qu’on peut s’améliorer partout sur le terrain, pour être honnête. »

Avec l’embauche de Corey Wray, le CF Montréal veut mieux cibler « les bons profils de joueurs » qui cadrent dans son style de jeu, c’est-à-dire un style intense, offensif. Ces joueurs devront « vouloir se mouiller le maillot pour le club », démontrer de la grinta, dixit Gabriel Gervais.

L’amélioration de la défensive représente aussi un besoin criant, que la solution vienne de l’interne ou de l’externe. Depuis le début de la saison, 46 buts ont été accordés.

« On a beau essayer de tout pratiquer lors de l’entraînement, ça vient de la détermination des joueurs sur le terrain de ne pas se faire compter. C’est quelque chose que l’on doit absolument corriger, sinon, on ne fera pas les séries. On ne peut pas continuer avec une moyenne de deux buts concédés par match. »

Le verre à moitié plein

Malgré une récolte de 2 victoires en 16 matchs, le CF Montréal cogne aux portes des séries. Il n’accuse qu’un point de retard sur le Toronto FC, présentement détenteur du dernier rang pour y accéder.

« Avec le retour des blessés, celui des joueurs qui participaient à la Copa América et l’arrivée de Corey pour renforcer notre équipe sportive, nous envisageons la saison avec beaucoup d’enthousiasme », assure Gabriel Gervais.

Les joueurs ont dû traverser une « courbe d’apprentissage » avec l’arrivée de l’entraîneur Laurent Courtois, explique-t-il. En vertu de ses performances, l’équipe aurait pu accumuler « facilement 10 points de plus », selon le président. Il nomme les duels contre Chicago, Miami, Orlando ou les Red Bulls de New York lors desquels l’équipe aurait pu gagner.

Dans les circonstances, le travail de Laurent Courtois est « très satisfaisant ».

« J’ai confiance en lui, assure Gabriel Gervais. Maintenant, il nous faut un niveau de concentration supérieur, il faut que les leaders de l’équipe prennent les choses en main et qu’on n’échappe plus de matchs. »

Il reste 12 matchs au calendrier du CF Montréal cette saison. Pour atteindre les séries, le Bleu blanc noir devra terminer la saison avec environ 50 points, estime Gabriel Gervais. Elle devra donc amasser plus de deux points par partie.

« C’est possible pour l’équipe d’accomplir quelque chose de spécial cette année », conclut le président.

CF Montréal

« Restructurer » le sportif pour mieux avancer

« Un pas de recul » en se « retroussant les manches ». Voici, en somme, où le CF Montréal en est dans la « restructuration » de sa direction sportive, selon Gabriel Gervais.

Le président, qui dirige aussi ce département à titre intérimaire depuis le départ d’Olivier Renard, s’affaire aujourd’hui à repenser du tout au tout sa façon de le faire fonctionner. Comme il l’a fait avec l’important volet des affaires du club depuis son arrivée, a-t-il ajouté au fil de sa conférence de presse de près d’une heure au Centre Nutrilait, mercredi matin.

Ainsi, même le poste de directeur sportif, tel qu’on l’a connu pendant près de cinq ans avec Olivier Renard, pourrait être voué à disparaître : Gervais veut « définir l’organigramme à mettre en place ».

« Il y a toutes sortes de nomenclatures utilisées, justifie-t-il. On va établir un profil clair d’une personne qui va venir bonifier notre équipe, qu’on l’appelle directeur sportif, technique ou autre. L’important, c’est de définir ses responsabilités et ses tâches. »

« Je ne vais pas me presser à aller chercher quelqu’un sans bien avoir compris la structure globale qu’on veut mettre en place. »

Pour l’épauler dans cette redéfinition du département, le président du CFM est allé chercher les services de Corey Wray, qui possède une expertise de 18 saisons en MLS, notamment avec le Toronto FC et plus récemment avec le Crew de Columbus.

À noter que Wray est entré sur l’écran radar de Gervais après avoir demandé, puis reçu une liste de noms recommandés par la MLS.

« Il entre comme consultant pour les prochains mois, a indiqué le président. Pour nous aider à traverser maintenant le mercato. Regarder l’effectif. Les bonnes pratiques. Nous aider à définir toute la structure qu’on veut mettre en place avec des postes-clés, les bons profils pour les joueurs du système de jeu qu’on veut jouer. Cet arrangement avec Corey est favorable pour les deux parties. »

Au départ de Renard, l’ancien DS avait parlé d’un changement de cap vis-à-vis de la direction sportive depuis l’arrivée de Gervais : il n’avait plus les coudées franches pour « opérer » à sa guise, devant maintenant faire passer toutes ses décisions potentielles par le conseil d’administration présidé par Joey Saputo. L’éventuelle personne embauchée pour s’occuper de l’aspect sportif aura-t-elle un peu plus de marge de manœuvre ?

Elle pourra « opérer à sa guise », a répondu le président, reprenant les mots de notre question. « Les décisions sont prises en équipe, que ce soit dans les affaires ou le sportif. Dans les décisions importantes, c’est sûr qu’on s’appuie sur le conseil d’administration. »

Pas de changement à la philosophie

On n’y est pas encore, évidemment. Mais si la restructuration du sportif dirigée par Gervais engendre les mêmes résultats que celle des affaires du club, les partisans du CF Montréal auront de quoi se réjouir. Sous sa gouverne, le club a investi dans l’expérience client au stade Saputo, ce qui a « porté ses fruits », dit-il.

Il est vrai que le stade est essentiellement plein à tous les matchs cette saison. Le club ajoute sans arrêt de nouveaux partenaires, dont des fleurons québécois comme Air Transat, ce qui indique que Québec inc. a embarqué dans le projet.

Entre-temps, en revanche, c’est l’investissement dans le sportif qui a écopé. La masse salariale est demeurée l’une des plus basses de la MLS. La philosophie du club à ce chapitre pourrait-elle changer au terme de cette restructuration ?

Non, assure Gervais, surtout parce que l’action de « dépenser des gros montants ne garantit pas le succès ». Mais oui, le CF Montréal « est prêt à investir si ça concorde avec [sa] philosophie ».

Pour éviter tout doute, le président du club en a d’ailleurs fait l’énumération claire, en début de conférence de presse : sa philosophie consiste à « former des jeunes joueurs, s’appuyer sur l’Académie, avoir une saveur locale ». Elle se base aussi sur « la vente des joueurs, sur une collaboration étroite avec Bologne, sur un jeu offensif, de construction, de possession de balle, [sur l’idée d’avoir] notre propre culture de soccer ».

« On est toujours à la recherche de résultats, on veut être compétitifs. Et surtout, des jeunes qui veulent être ici, faire partie de notre projet, et qui sont prêts à mouiller le maillot pour le club. La fameuse grinta, il faut qu’ils la montrent. »

Sur ce dernier point, Gervais croit qu’une « sérieuse prise de conscience individuelle et collective » est nécessaire chez le groupe actuel.

« Présentement, il y a beaucoup de roulement dans l’effectif, et on n’est pas confiants que tous les joueurs vont nous donner les performances qu’on attend d’eux. »

Une équipe déjà en place

C’est « dans l’ADN » du président, anciennement chez Deloitte, de vouloir prendre le temps d’étudier de fond en comble la situation avant d’agir. Après avoir pris en charge les affaires du CF Montréal, il a ainsi « mis des gens en place en qui [il a] beaucoup confiance », dit-il.

Pour le sportif, déjà, Daniel Pozzi, un employé du club depuis 15 ans, s’occupe maintenant de tout ce qui touche la masse salariale et les règles de la MLS, comme le faisait Vassili Cremanzidis avant son départ. Pozzi est également directeur aux opérations de la première équipe.

Corey Wray se joint à une équipe déjà composée de Raffaele Frassetti, dépisteur en chef, et Luca Saputo, le « pont de collaboration » avec Bologne, le club sœur de l’Impact en Italie, qui a les moyens d’analyser, sur place, pas moins de 1500 matchs par année pour le recrutement de joueurs.

« Les méthodes de recrutement » et « l’équipe de dépistage », justement : voilà quelques aspects à améliorer « absolument » dans l’avenir chez le CFM, selon Gervais.

La fin de l’équipe réserve…

Non, le CF Montréal ne prévoit toujours pas de faire son entrée en MLS Next Pro, le circuit de clubs-écoles des équipes de la MLS. Et ce, même s’il vient d’annoncer que son équipe réserve sera dissoute à la fin de la présente saison.

« D’un point de vue opérationnel et financier, dans notre situation, ça n’a pas de sens [d’aller en MLS Next Pro], a dit Gabriel Gervais. On va miser sur la jeunesse, sur la signature de jeunes joueurs qui pourront incorporer la première équipe. On va utiliser l’avenue des prêts avec la USL et la Première Ligue canadienne, qui a bien fonctionné pour nous. »

Ainsi, après la saison 2024 de Ligue1 Québec, le CF Montréal se retrouvera sans aucun club-école pour faire le pont entre son Académie et sa première équipe.

Pas de « projet d’envergure » au stade Saputo

On en est encore au point mort quant à de potentielles rénovations majeures au stade Saputo : le CF Montréal attend de savoir quel est le plan du Parc olympique avant de se lancer dans un « projet d’envergure ».

« On parle d’un hôtel, rappelle Gabriel Gervais. [On attend] de savoir quelle est la vision stratégique. Il y a une PDG qui a été nommée, on l’a rencontrée, on a eu une bonne discussion avec elle. Mais il n’y a pas eu d’évolution depuis l’annonce [des rénovations] au Stade olympique. »

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