Space Jam – A New Legacy

LeBron James contre l’algorithme

Dans Space Jam – A New Legacy, le basketteur LeBron James fait équipe avec les Looney Tunes pour faire face à un groupe de joueurs surpuissants manipulés par un être sordide. Si cette histoire vous est familière, c’est que vous avez vu Space Jam, sorti il y a près de 25 ans.

Il ne s’agit toutefois pas d’une suite, ni d’une nouvelle version (remake) ou d’une relance (reboot). Les Tunes font quand même référence au match qu’ils ont disputé avec Michael Jordan dans le passé. En fait, les clins d’œil, surtout visuels, n’arrêtent jamais. C’est peut-être ce que Space Jam – A New Legacy (Basket spatial – Une nouvelle ère, en version française) fait de mieux, en plus des séquences d’animation. Celles qui comprennent uniquement des personnages animés nous ramènent à l’époque des p’tits bonhommes le samedi matin. La succession de gags à une vitesse folle est indémodable. Les scènes dans lesquelles humains et cartoons jouent ensemble sont franchement impressionnantes grâce à des effets spéciaux qui en mettent plein la vue.

Mais avant d’arriver là, il faut se taper environ une demi-heure de « vie de famille » à la maison des James. Bien que le générique d’ouverture présente le joueur des Lakers de Los Angeles comme le roi du basket qui réussit tout ce qu’il entreprend, ses talents de père sont ensuite remis en question pendant de longues minutes. Il est dépeint comme étant exigeant et peu à l’écoute de son plus jeune fils, Dom (Cedric Joe). De manière très appuyée, on prodigue des leçons sur l’importance du travail acharné et de la persévérance ainsi que sur la nécessité de laisser les enfants tracer leur propre chemin. C’est lourd.

James est plutôt bon comédien pour un athlète, mais lui demander d’être acteur pendant si longtemps en ouverture du film n’était pas la meilleure idée.

Dragons, magiciens et Pierrafeu

On n’expliquera pas comment cela se passe, mais Dom est ensuite enlevé par un algorithme en manque de reconnaissance qui travaille dans les serveurs des studios Warner Bros. Al G. Rhythm (Don Cheadle) parvient à convaincre l’enfant de 10 ans, qui a développé son propre jeu vidéo de basket, d’affronter son père dans une partie qui déterminera le sort de leur famille. Les règles sont cependant inspirées du jeu de Dom, donc plus cool que celles du sport du rabat-joie James – un rôle qu’il s’amuse bien à jouer.

Plus amusant encore ? Les références évoquées plus haut. Puisqu’Al G. évolue dans l’univers numérique de Warner, tous ses différents mondes s’animent et s’intègrent au récit. On rencontre ainsi les dragons de Game of Thrones, les magiciens de Harry Potter, les agents de The Matrix, les superhéros de DC… King Kong, les Pierrafeu, le Géant de fer, Yogi l’ours et plein d’autres assistent à l’affrontement final. Oui, il s’agit d’un placement de produits éhonté, mais ça fait plaisir de voir tout ce beau monde ensemble.

Il y a aussi d’innombrables références à la culture populaire : réseaux sociaux, NBA, musique, célébrités, technologie… Les jeunes vont adorer ! En espérant, pour ceux qui verront le film en français, que la traduction est à la hauteur.

En salle et sur HBO Max dès ce vendredi

Comédie sportive

Space Jam – A New Legacy

Malcolm D. Lee

Avec LeBron James, Don Cheadle, Cedric Joe

1 h 55

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Roadrunner – A Film About Anthony Bourdain

Dans la tête du tourmenté Anthony Bourdain

Synopsis

Le chef, écrivain et animateur Anthony Bourdain a surpris tout le monde en mettant fin à ses jours en 2018 alors qu’il était admiré pour son approche authentique de la nourriture, de la culture et des voyages. Un documentaire revient sur sa vie.

On ne peut pas dire que Roadrunner – A Film About Anthony Bourdain montre l’homme derrière le personnage. Que ce soit comme chef ou comme auteur, Bourdain se démarquait par son authenticité, son intégrité et son refus des faux-semblants. Il était tout sauf un personnage…

Comme on dit dans sa langue maternelle, il était no bullshit. Or, on en savait très peu sur lui.

C’est la vie privée, ou du moins intérieure, du célèbre animateur de Parts Unkown que le réalisateur Morgan Neville tente de mieux comprendre dans le documentaire qu’il lui consacre. Bourdain le père, Bourdain l’ami, Bourdain l’amoureux de trois femmes et Bourdain le tourmenté qui a tragiquement mis fin à ses jours en 2018…

Le documentaire s’ouvre avec des images du globe-trotteur devant la mer. Avec sa voix hors champ et son élocution unique, Bourdain dit penser à la mort chaque jour…

C’est connu, Bourdain était un être d’excès et un bourreau de travail. Du jour au lendemain, il a mis fin à sa dépendance à l’héroïne. Quand il s’est mis au ju-jitsu, il s’est investi corps et âme dans cet art martial.

Avant de sortir le livre qui l’a révélé au monde, Kitchen Confidential, Bourdain se réveillait avec une seule idée en tête : s’allumer une cigarette, ouvrir son ordinateur et écrire… C’est ce qu’il confie dans son appartement new-yorkais de l’époque dans Roadrunner – A Film About Anthony Bourdain.

Avec les émissions, entrevues et reportages dont Bourdain a été la vedette pendant sa carrière, Morgan Neville avait un formidable bassin d’archives pour réaliser son film. La grande valeur ajoutée aux images du passé s’avère les entrevues avec ses proches : ses producteurs depuis le début, Lydia Teneglia et Chris Collins, son éditrice et agente, Kimberly Witherspoon, et ses nombreux amis.

Neville, comme il l’avait démontré dans son excellent documentaire 20 Feet from Stardom, sait faire parler les gens. Les entrevues avec les membres de l’équipe de tournage de Bourdain sont hyper intéressantes et révélatrices. On apprend à quel point le passage à la télé de Bourdain a été éprouvant pour lui. À un moment donné, il se décrit avec une certaine déception comme « un transfuge » (defector) de la cuisine.

Bourdain avait un esprit et un mode de vie rock’n’roll. Il comptait parmi ses amis Iggy Pop, Alison Mosshart et Josh Homme, à qui on doit la chanson du générique de Parts Unkown. Dans le film, ce dernier et Bourdain parlent de la difficile conciliation famille et travail à l’étranger.

Le dernier tiers du film se concentre sur les raisons qui ont poussé Bourdain à mettre fin à ses jours. Il y a une grande part de règlement de comptes envers l’actrice Asia Argento (avec qui Bourdain était en couple à sa mort). Il y a aussi des amis de Bourdain qui ont des remords. David Chang pleure à la caméra quand il raconte avoir reçu un courriel de Bourdain qui se désolait de ne pas être un bon père…

Il y a aussi une entrevue éclairante avec la mère de sa fille, Ottavia Busia. Et bien entendu, une autre avec son grand ami Éric Ripert, avec qui Bourdain était en tournage en Alsace quand il s’est suicidé.

À la fin de sa vie, le plus cool et humaniste des globe-trotteurs n’allait pas bien. C’est pourquoi ses tournages le menaient toujours plus loin. Sa relation amoureuse avec Asia Argento lui a aussi fait prendre des décisions qui ont dérouté son entourage.

Mais on ne vous en dit pas plus. Si vous pleurez toujours la mort d’Anthony Bourdain ou si vous regrettez de ne pas avoir suivi ses aventures de son vivant, regardez Roadrunner – A Film About Anthony Bourdain.

En salle dès ce vendredi

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) ou encore Tel-jeunes (1 800 263-2266). Un intervenant est disponible pour vous 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Documentaire

Roadrunner – A Film About Anthony Bourdain

Morgan Neville

Avec Anthony Bourdain, Éric Ripert, Ottavia Busia, David Chang, Josh Homme

1 h 58

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Chacun chez soi

Restez chez vous

SYNOPSIS

À court d’argent, Anna s’installe pour quelque temps chez ses parents, Catherine et Yann, avec son copain Thomas. Inquiète de les voir s’incruster, Catherine consulte son amie Mylène qui lui prodigue quelques conseils machiavéliques pour les chasser de la maison.

La comédie est un art dont la réussite n’est pas facile au cinéma. C’est encore plus le cas lorsqu’on aborde un phénomène qui n’est pas neuf. Comme celui des enfants qui retournent vivre à la maison. D’aucuns se rappellent le film Tanguy d’Étienne Chatiliez. Mais dans le cas de Chacun chez soi, le souvenir risque de s’effacer très vite.

Parce que ce film n’est pas drôle. En fait, il est un peu triste. Il est en effet triste de voir ces quatre personnages passer à travers un scénario farci de gags faciles, surfaits, sans substance ni imagination.

Tout tourne donc autour du retour à la maison d’Anna (Alice de Lencquesaing) et de son copain Thomas (Olivier Rosemberg) qui s’installent chez les parents de la jeune femme. Très vite, la fille tombe sur les nerfs de sa mère parce qu’elle porte ses vêtements et laisse des miettes dans le pot de Nutella. Même Thomas, qui n’aime pas le lit d’eau, rechigne.

Catherine (Michèle Laroque) prend alors tous les moyens pour les effrayer. Or, ils sont tous prévisibles : elle fait de l’exercice au milieu de la nuit, met du Tabasco dans le vin, vend les fringues de Thomas… C’est sans oublier le très anticipable concours de cris orgasmiques entre les deux couples, dont les chambres sont l’une au-dessus de l’autre.

Un peu détaché de tout le monde, Yann (Stéphane De Groodt) est si obsédé par le soin à apporter à ses bonsaïs qu’il hésite à partir en vacances. Lorsqu’il transporte l’un de ses chers arbres nains en voiture, il lui passe la ceinture de sécurité. Une mise en scène à raz les bonsaïs…

Ces quatre personnages centraux sont pour ainsi dire fades. Bizarrement, ce sont quelques personnages secondaires qui ont les meilleures répliques, à commencer par la survoltée et tyrannique Mylène (Laurence Bibot). Avec elle, on a enfin un peu de zeste !

Le manque d’idées est encore flagrant lors d’un passage dramatique sorti de nulle part et planté vers la fin du film. L’imbroglio est résolu aussi vite qu’il est apparu. Dommage.

Sans passion, sans originalité et sans ressort, le film est en plus très court, soit 83 minutes. Il faut voir dans cette durée un autre signe que tout ça a été construit sur un grand vide.

En salle dès ce vendredi

Comédie

Chacun chez soi

Michèle Laroque

Avec Michèle Laroque, Stéphane De Groodt et Alice de Lencquesaing

1 h 23

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