Valérie Plante et Denis Coderre

Un match revanche bien différent

Si Valérie Plante et Denis Coderre s’affrontent à nouveau cette année, dans ce qui a toutes les allures d’un match revanche, leurs stratégies de campagne ont toutefois nettement changé depuis 2017. Maintenant connue du grand public, la première doit « montrer de la hauteur », pendant que le second doit « adoucir son image ».

« En 2017, le problème de Mme Plante était qu’elle n’avait pas de notoriété. Sa campagne avec “l’homme de la situation” avait attiré beaucoup d’attention, mais cette fois, elle doit montrer de la hauteur, prouver qu’elle a droit à un deuxième mandat », lance la spécialiste en gestion municipale à l’UQAM Danielle Pilette.

Selon l’experte, les thèmes abordés par Projet Montréal jusqu’ici reflètent justement ce souci de crédibilité. « On est beaucoup plus dans les besoins généraux de la population, dont le logement, l’accès à la propriété, l’environnement, que sur la qualité de vie ou la mobilité active en particulier, comme ç’avait été le cas il y a quatre ans. Le parti vise des objectifs plus universels », analyse-t-elle.

Après une absence de plusieurs années, Denis Coderre, lui, veut refaire son image, affirme l’analyste politique Justine McIntyre. « Il essaie de présenter une photo adoucie, qui se rapproche de certaines valeurs progressistes partagées par une majorité de Montréalais, même si, au fond, sur le plan de ses propositions, ce n’est pas très différent de 2017 », lance l’ancienne cheffe du défunt parti Vrai changement pour Montréal, qui avait été fondé en 2013 pour soutenir la candidature de Mélanie Joly.

« Le grand risque pour Denis Coderre dans cette campagne, c’est de se présenter sous une lumière négative. Il ne veut pas être perçu comme un mauvais perdant, mais comme un gagnant et un ancien maire qui veut reprendre sa place. »

— Justine McIntyre, analyste politique

D’ailleurs, le chef d’Ensemble Montréal semble déjà beaucoup moins présent sur les réseaux sociaux qu’il ne l’était il y a quatre ans, observe Danielle Pilette. « On se dirige vers une campagne plus traditionnelle pour lui. Il sera plus présent sur le terrain qu’en 2017, on peut s’y attendre », prévoit-elle.

Attaques « peu élégantes »

Selon la fondatrice de Milagro atelier de relations publiques et stratège en communication, Martine St-Victor, le style actuel de la campagne municipale – plutôt agressif – ne sert personne. « Les nombreuses attaques qu’on voit entre les deux principaux candidats sont vraiment peu élégantes. Et ça, bien franchement, ce n’est pas du tout attrayant pour les électeurs », rappelle-t-elle.

« Pour moi, c’est vrai à tous les niveaux. Tant au municipal qu’au provincial ou au fédéral, ce genre de politique où il y a des attaques personnelles n’attire pas du tout les gens vers les isoloirs. Il faut faire de la politique différemment, et surtout, il faut faire les campagnes électorales différemment. »

— Martine St-Victor, fondatrice de Milagro atelier de relations publiques et stratège en communication

Ce constat, Mme St-Victor est loin d’être la seule à le faire, car dans le milieu des communications, on prévient depuis des années qu’avec le rajeunissement de l’électorat, la politique doit s’adapter.

À la mi-août, alors que la campagne fédérale prenait à peine son envol, nombre de spécialistes avaient sonné l’alarme en demandant aux chefs de parti d’éviter les attaques croisées. « Les campagnes sales qui viennent d’une autre époque commencent à faire leur temps. J’ai le sentiment que les Canadiens s’attendent à autre chose, soit à des propositions beaucoup plus concrètes en ces temps d’après-pandémie où le quotidien a été très difficile », avait alors expliqué à La Presse le professeur au département de marketing de HEC Montréal Jean-Jacques Stréliski.

Si, à une autre époque, l’attaque politique directe pouvait être particulièrement payante, il semble en effet qu’elle le soit de moins en moins, mais qu’au contraire, elle engendre davantage de cynisme que de votes.

Martine St-Victor prévient au passage que certains gestes très simples peuvent créer beaucoup d’exaspération chez les électeurs. « Je pense par exemple au fait qu’ils ont commencé à placer des affiches électorales avant même la fin des élections fédérales. La loi les y autorisait, c’est certain, mais ç’aurait été quoi d’attendre quelques jours ? Je l’ai remarqué sur le terrain : cette décision de ne pas avoir attendu, ç’a été un turn-off pour bon nombre de citoyens », avance-t-elle.

« Ce sont de petites choses comme ça qui peuvent faire en sorte que, en fin de compte, le taux de participation soit bas », insiste la spécialiste, en appelant les candidats à mener une campagne d’idées d’abord.

L’« abordabilité » au cœur des promesses des chefs

Coderre promet l’ajout de 50 000 logements tandis que Plante veut freiner les hausses de loyer imposées aux petits magasins

Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal et chef d’Ensemble Montréal, promet l’ajout de 50 000 logements dans la métropole au cours des quatre prochaines années, dont 10 000 logements sociaux.

M. Coderre a pris cet engagement vendredi matin, alors qu’il dévoilait la vision de son parti en matière d’habitation, en conférence de presse.

Selon le candidat, Montréal a besoin d’un « remède de cheval » pour affronter la crise du logement.

« Si on veut faire pression à la baisse sur les prix et travailler sur l’abordabilité de la ville, il faut construire, il faut augmenter l’offre. Et c’est exactement là-dessus qu’on veut travailler. »

— Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal et chef d’Ensemble Montréal

Denis Coderre affirme que le Règlement pour une métropole mixte de la mairesse Valérie Plante est un échec, et que, s’il est élu, il présentera un nouveau règlement qui exigera 15 % de logements sociaux et communautaires dans les nouveaux projets résidentiels de 25 appartements et plus.

Rappelons que Projet Montréal, parti de Mme Plante, a promis la construction de 60 000 logements en 10 ans, en assurant qu’un mécanisme permettrait que ces logements demeurent abordables pendant 40 ans.

Vendredi, Denis Coderre a assuré qu’il ne voulait pas se lancer dans une « guerre de chiffres » avec son adversaire. Mais dans la foulée, il a accusé Projet Montréal de ne pas avoir été à la hauteur des attentes au cours des quatre dernières années.

Le développement de l’offre de logements doit passer par une « densification douce », a répété M. Coderre, qui a donné quelques exemples : la construction de nouveaux édifices comportant un plus grand nombre d’étages et l’ajout d’étages à des plex déjà existants, dans plusieurs quartiers de la ville, notamment. « Quand on parle de densité, on ne parle pas juste de construire de hautes tours au centre-ville », a-t-il souligné.

En fin de journée, le responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante, Robert Beaudry, a accusé M. Coderre de vouloir revenir en arrière en matière d’habitation. « Il veut donner un chèque en blanc aux promoteurs immobiliers pour développer encore plus d’offres de luxe. Qui va bénéficier à qui, au final ? Aux acheteurs étrangers, aux Airbnb, aux mieux nantis de la société. Et qui va faire encore plus pression sur les loyers à la hausse », a lancé M. Beaudry.

Freiner la hausse des loyers commerciaux

Un peu plus tôt, la mairesse sortante et cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, s’est attardée de son côté au sort des commerçants : elle propose que la Ville et le privé investissent des millions de dollars pour permettre à des associations de détaillants d’acheter certains locaux commerciaux de Montréal.

L’objectif : mettre un frein aux importantes hausses de loyer imposées aux petits magasins.

Valérie Plante a affirmé qu’elle voulait « assurer l’abordabilité à long terme » des rues commerciales montréalaises avec un fonds public-privé de 100 millions.

« C’est un sujet auquel on tient. On l’a fait pour le logement abordable et, maintenant, on le fait pour les locaux commerciaux. »

— Valérie Plante, mairesse sortante et cheffe de Projet Montréal

« On voit bien que quand les quartiers deviennent plus populaires, nécessairement, ça met de la pression sur les commerces », a ajouté Mme Plante, précisant que la Ville revendiquait aussi un encadrement plus serré des baux commerciaux.

La formation politique présentait vendredi en matinée ses engagements en matière de commerce de détail. La conférence de presse se tenait chez Harricana, magasin de chapeaux et de fourrures recyclées.

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