Le monde en tourmente

On peut douter qu’il y ait eu dans l’histoire beaucoup de périodes où les gens s’interpellaient dans la rue pour se féliciter de la merveilleuse époque où ils vivaient.

Comme aujourd’hui, on s’est probablement toujours demandé comment on pouvait être heureux « avec tout ce qui arrive actuellement », les gens âgés se plaignant de ce que les jeunes ne respectent plus rien, ne retenant de leur jeunesse envolée que les beaux souvenirs.

Qu’il est facile d’oublier, par exemple, que la mythique décennie 1960 a été traversée par toute une série de violences, de la guerre du Viêtnam aux émeutes raciales américaines. Il y a eu également ce « détail » de l’histoire, cette trentaine de millions de victimes du Grand Bond en avant de Mao, en Chine, dont les Occidentaux ne savaient rien.

Information continue

L’augmentation de l’anxiété quant à l’état du monde actuel résulte en partie de la généralisation de l’information continue à l’échelle de la planète. Cela fait qu’un drame survenu à l’autre bout de l’univers, dont on aurait à peine entendu parler autrefois, nous touchera profondément sans qu’on n’y puisse rien.

Pire, la répétition des mêmes nouvelles, dans des médias dont nous sommes devenus totalement dépendants, fait que les tours jumelles du Word Trade Center ne sont pas tombées une seule fois, le 11 septembre 2001, mais des centaines d’autres fois où les images du drame sont repassées à la télévision.

Les crises climatique et sanitaire aidant, c’est comme si chacun se sentait désormais responsable – et coupable – de tous les malheurs du monde.

« Pour vivre heureux, vivez caché », dit la maxime. Plusieurs aspirent plutôt maintenant à vivre dans la lumière, citoyens modèles informés de tout ce qui se passe sur la planète.

Cela étant dit, tenant compte des dysfonctionnements qui s’accumulent en cette fin d’année 2022, il est difficile de ne pas penser que notre monde vit objectivement une période très dangereuse, le pire restant peut-être à venir.

Tout va mal !

Apparaissent plus menaçantes que jamais les visées de la Chine sur Taiwan, que les États-Unis se sont engagés à protéger. Cela inquiète d’autant plus que la superpuissance chinoise a sombré dans l’irrationnel avec la stratégie zéro COVID-19 de ce Mao moderne qu’est l’omnipotent et inquiétant Xi Jinping.

Pendant ce temps-là, la Corée du Nord nucléarisée, qui ne fait pas cela d’habitude sans l’aval implicite de son protecteur chinois, multiplie les tirs de missiles toujours plus près du Japon.

Réactionnaire, misogyne et presque nucléarisée, la République islamique iranienne est en proie à une agitation de nature révolutionnaire profondément déstabilisatrice que cette puissance moyen-orientale tentera de réprimer implacablement, avec les considérables moyens dont elle dispose chez elle et dans cette région du monde.

La Turquie d’Erdogan, une autre puissance régionale incontournable, est elle aussi de plus en plus agressive, ne craignant pas de faire chanter les membres de l’OTAN. Elle vient carrément de menacer de guerre sa voisine grecque, tout en continuant son vicieux combat, partout où elle le peut, contre les Kurdes et les Arméniens.

Et il y a, bien sûr, la mégatragédie slave à laquelle on assiste depuis presque un an, à la suite de la sauvage invasion de la nation-sœur ukrainienne par la Russie de Vladimir Poutine. On a l’air de s’installer dans une guerre de tranchées qui pourrait bien durer des années.

Les valeureux succès de son armée ne semblent pas inciter le président ukrainien à négocier pendant qu’il est en position de force. On s’inquiète d’un Zelensky tenant à récupérer la Crimée et qui a presque regretté que les missiles tombés sur une Pologne membre de l’OTAN n’aient pas été lancés par la Russie.

L’Europe en danger

Ce qui nous amène à cette Europe dont l’Ukraine et la Russie font partie, un continent profondément affecté par ce conflit, entre autres sur le plan énergétique.

L’hiver s’annonce en effet très angoissant pour ce continent de plus en plus divisé, avec la locomotive économique allemande en panne, tout comme le sécurisant couple franco-allemand, et l’effondrement économique du prestigieux Royaume-Uni.

Deux bonnes nouvelles sont à tout le moins arrivées, de justesse, du continent américain. Lula l’a finalement emporté sur Bolsonaro au Brésil, alors que Donald Trump essuyait, aux élections de mi-mandat, un revers politique diminuant ses chances de redevenir président en 2024.

C’est heureux car le retour au pouvoir de ce dernier dans un contexte international aussi volatile augmenterait substantiellement les risques que notre monde en tourmente bascule dans un drame dont on n’ose imaginer l’ampleur.

La performance honorable de Joe Biden ne saurait cependant faire oublier les doutes quant à un second mandat d’un président aussi âgé.

Mais gardons espoir. Les grandes périodes de crise comme celle que le monde traverse actuellement ont souvent coïncidé dans le passé avec l’émergence de nouveaux leaders à la mesure de ces défis historiques.

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