Ateliers virtuels

Un chef dans notre cuisine

La pandémie a plongé le monde dans le virtuel, et les cours de cuisine ne font pas exception. Plus besoin de se déplacer pour assister à un atelier. Pâtisserie, mixologie, cuisine italienne, israélienne ou végétarienne : une foule d’ateliers sont désormais accessibles en ligne, en direct dans votre cuisine.

Par un petit lundi soir de janvier, le chef Antoine Corriveau (ancien du Saint-Amour à Québec, finaliste à l’émission Les chefs en 2015) anime un atelier en direct du « studio » d’Ateliers & Saveurs. Une douzaine d’élèves, chacun dans sa cuisine, exécutent en simultané les plats prévus au menu de la soirée : saltimbocca de veau à la mozzarella fraîche, à la sauge et au prosciutto, légumes grillés et tiramisu.

Depuis septembre, les activités d’Ateliers & Saveurs, une école de cuisine pour grand public qui a pignon sur rue à Québec et à Montréal, se déroulent exclusivement en ligne. L’entreprise a commencé à offrir cette formule au printemps, d’abord aux entreprises, mais ce n’est qu’à l’automne que la mixologue et copropriétaire Fanny Gauthier dit avoir senti sa clientèle prête à faire le saut. « Je pense que les gens ont peut-être été tannés de faire du pain en mars et avril et ils se sont dit : allons ajouter plus d’items à notre culture culinaire, lance-t-elle. Les cours de cuisine, ça plaît parce que ce sont des recettes qui sont faciles, accessibles, qui ne prennent pas trop de temps non plus. »

Avec une dizaine d’animateurs (sur les 40 que compte d’ordinaire l’équipe), Ateliers & Saveurs propose chaque semaine quelques ateliers de cuisine, de mixologie et de dégustation de vin, tous en direct, par l’entremise de la plateforme Zoom.

À moins que le cours comprenne une boîte-repas, les participants doivent eux-mêmes se procurer au préalable les ingrédients nécessaires. « Tous nos cours étaient axés sur l’accessibilité au niveau des produits et là, ça l’est encore plus, souligne Fanny Gauthier. Si j’ai des gens à Rouyn, au Bic et à Montréal, ils doivent pouvoir trouver les ingrédients. »

Une flopée de choix

Contraintes de devoir fermer leur espace physique, plusieurs entreprises ont emprunté la même voie. À Québec, Héloïse Leclerc, de La Touche Héloïse, a déplacé sur Zoom (et sur YouTube en différé) ses ateliers-conférences virtuels qui portent sur des thèmes aussi variés que savoir cuisiner le poisson, les épices, les algues ou la cuisine chinoise. C’est moi le chef !, un organisme qui souhaite transmettre le plaisir de la cuisine aux enfants, offre maintenant des ateliers en ligne, certains même dans le cadre d’activités parascolaires organisées par les écoles. Le restaurant montréalais Manitoba a lui aussi lancé une offre d’ateliers culinaires avec son chef Jean-Philippe Matheussen, qui comprend un panier d’ingrédients pour deux et une bouteille de vin. Le premier atelier s’est déroulé vendredi dernier, mais quatre autres sont à prévoir dans le cadre du volet gastronomique du festival Montréal en lumière.

Flairant l’appétit des entreprises pour les activités de renforcement d’équipe en cette ère de télétravail, d’autres comme La Guilde culinaire et Signé Gourmand ont élaboré une offre pour les entreprises. La demande dépasse la seule période des partys de bureau, indique Patricia Dionne, qui est à la tête de Signé Gourmand, entreprise qui a vu le jour à la fin de 2019 et qui compte parmi son équipe d’animateurs la nutritionniste bien connue Hélène Laurendeau, le chroniqueur culinaire et ancien propriétaire de la boutique Les Touilleurs François Longpré et le critique gastronomique Jean-Philippe Tastet.

Signé Gourmand propose autant des 5 à 7 que des ateliers plus formels avec une entrée, un plat principal et un dessert. Ils sont présentés en direct, mais tous ne cuisinent pas en simultané.

« Ce que les gens recherchent le plus, c’est bizarre à dire, mais ce n’est pas nécessairement de cuisiner. C’est le divertissement, le contenu, apprendre quelque chose, mais dans la légèreté. »

— Patricia Dionne

« Les gens ne voyagent pas, ne vont pas au restaurant, ne peuvent pas recevoir leurs amis. C’est ce qu’on essaie de recréer aussi, cette idée festive autour de la bouffe. C’est comme écouter Food Network, mais en gang », ajoute-t-elle.

Les ingrédients d’un bon atelier

« Ce n’est pas si simple de faire de bons ateliers, remarque Hélène Laurendeau, qui, en plus des ateliers qu’elle anime pour Signé Gourmand, met régulièrement en ligne des capsules vidéo sur Facebook dans lesquelles elle présente des recettes simples à exécuter. Il faut que le contenu soit pertinent et il y a un défi de communication. On n’a aucune idée si les gens sont bien équipés. » Ou si, comme le raconte Fanny Gauthier, ils ont mangé toutes leurs framboises avant la tenue de l’atelier !

Même s’ils ont plus de temps pour cuisiner, Hélène Laurendeau constate que les gens sont toujours à la recherche de plats simples. Et c’est ce qu’elle veut démontrer. Que la cuisine, ce n’est pas compliqué. L’une de ses capsules qui a récolté le plus de visionnements, d’ailleurs, est celle où elle présente sa recette de soupe à l’orge mondé. Selon elle, la recette doit servir de prétexte seulement, de point de départ. « Il y a tellement de connaissances à transmettre sur les aliments. Je suis toujours étonnée de voir les questions que les gens m’envoient. »

À l’image de la vidéo sur demande, certaines entreprises ont quant à elles préenregistré des ateliers qu’elles offrent en visionnement à la pièce ou sur abonnement. Signé Gourmand a exploré ce terrain, mais n’a pas poursuivi, faute d’une demande suffisante. Ricardo Cuisine aussi s’y est mis avant les Fêtes en proposant trois ateliers de pâtisserie animés par Isabelle Deschamps Plante. L’entreprise ne compte toutefois pas poursuivre dans cette voie. Ces ateliers demeurent en ligne, mais l’offre ne sera pas bonifiée.

Pour ceux qui ont adopté le virtuel, ce sera probablement une formule qui va rester. « On va reprendre le physique parce que le contact humain, on en a besoin, affirme Fanny Gauthier. On a vu cet engouement l’été dernier. Mais on va garder cette formule du virtuel parce qu’il n’y a plus de limites géographiques pour nous. Les gens n’ont pas à se déplacer, à trouver une gardienne. »

« On va suivre le marché, dit Patricia Dionne. La pandémie ne finira pas demain matin. Beaucoup disent qu’ils vont travailler en mode hybride. On va s’adapter. Maintenant, on est capables de faire les deux. »

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