Cinquième vague

Le « pic » en vue, Québec assouplit les mesures

Dès lundi, les écoles primaires et secondaires rouvriront et le couvre-feu sera levé

Jugeant que la province peut s’attendre à un pic du nombre d’hospitalisations « dans les prochains jours », Québec met fin à une série de restrictions. Les écoles primaires et secondaires pourront rouvrir dès lundi, le couvre-feu sera levé le même jour, et le 16 janvier sera le dernier dimanche de fermeture obligatoire des commerces. Le passeport vaccinal sera toutefois étendu aux grandes surfaces.

« Malgré le fait qu’on ne fait pas les tests de la même façon, on a la confirmation de la part des experts que le nombre d’infections, le nombre de cas se stabilise. Selon les experts, on a atteint il y a quelques jours un pic au niveau des nouveaux cas », a d’emblée déclaré le premier ministre en conférence de presse à Montréal, avant d’ajouter : « On peut s’attendre dans les prochains jours à atteindre le pic du nombre d’hospitalisations. »

Quelques heures plus tôt, de nouvelles projections diffusées par l’Institut national de santé publique du Québec montraient en effet que le pic du nombre de nouveaux cas et d’hospitalisations pourrait être atteint dans le Grand Montréal « d’ici le 17 janvier ».

Or, ces modélisations doivent être interprétées avec prudence, car des simulations plus pessimistes de l’organisme prédisent au contraire « que les cas et les nouvelles hospitalisations pourraient continuer d’augmenter pour encore quelques jours/semaines », une augmentation qui pourrait justement être propulsée par le retour à l’école prévu lundi. D’ailleurs, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, lui, a indiqué qu’il ne publierait pas ses projections « compte tenu de l’incertitude des données ».

« Il reste que le pic, il est très haut », a reconnu M. Legault en n’excluant pas que les hospitalisations continuent d’augmenter. Selon lui, la prochaine fin de semaine pourrait même « être la plus dure dans le réseau de la santé », pour ensuite atteindre un plateau.

Quant au couvre-feu, M. Legault a reconnu que la mesure « a choqué beaucoup de personnes », jurant toutefois avoir pris la meilleure décision possible pour « freiner la montée exponentielle du nombre de cas ». Il a du même coup annoncé que les grandes surfaces de 1500 mètres carrés et plus devraient exiger à compter du 24 janvier le passeport vaccinal à deux doses, puis « éventuellement » à trois doses. Les épiceries et les pharmacies en seront exclues.

Un retour sur les bancs d’école « sécuritaire »

Le retour dans les écoles sera bel et bien « sécuritaire », a assuré le directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau. Selon lui, les éclosions de COVID-19 dans les écoles sont le reflet de la contagion communautaire. « Il n’est pas démontré que le milieu scolaire, dans le contexte de la COVID, est un milieu qui va accentuer les éclosions et la transmission communautaire », a-t-il affirmé.

S’il est « vraisemblable » de croire qu’une bonne proportion des enfants ont déjà été infectés par la COVID-19, l’immunité collective chez les enfants « n’est pas un objectif », a aussi expliqué le DBoileau, précisant que les masques N95 ne seraient pas distribués au personnel de l’ensemble des écoles, sauf dans certains contextes, comme les classes spécialisées.

Toutefois, selon l’épidémiologiste Nimâ Machouf, les écoles « ne sont pas prêtes à rouvrir, surtout en matière de qualité de l’air ».

« En une semaine, on ne peut pas penser que les classes seront réellement organisées. Et ça va créer beaucoup d’insécurité chez les parents. »

— Nimâ Machouf, épidémiologiste

À ses yeux, la réouverture des écoles serait légitime « si le gouvernement changeait de cap et choisissait de laisser courir le virus, en assumant ». « Mais à ce moment, il faudrait bien expliquer ce choix aux gens, le dire très honnêtement. Ce n’est pas ce qu’on voit du tout », soutient-elle.

Le Dr André Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, estime toutefois que cet exercice « serait risqué ». « Vivre avec le virus, d’après moi, c’est plutôt apprendre aux gens à l’éviter, pas le contracter. Le contraire serait très risqué selon moi », juge-t-il, appelant surtout à implanter des « mesures bien calculées » en fonction du contexte épidémiologique.

Face au délestage dans les hôpitaux, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a appelé au « courage » des gens qui sont en attente d’une opération, par exemple pour un cancer. « On n’est pas rendus là encore », a-t-il toutefois assuré au sujet du niveau 5 de délestage. En quelques jours, le réseau de la santé est passé de 20 000 à 15 000 employés absents, dit le ministre.

François Legault, lui, est aussi revenu sur la contribution santé qu’on envisage d’imposer aux gens qui ne sont pas vaccinés contre la COVID-19. L’objectif n’est pas de « faire mal aux personnes qui sont mal prises », a-t-il assuré, citant les itinérants ou les personnes ayant des problèmes de santé mentale. « Mais pour les personnes qui choisissent de ne pas se faire vacciner, il y a un prix à payer. »

45 morts, 117 hospitalisations

Le Québec a rapporté jeudi 45 morts et une augmentation de 117 hospitalisations (443 nouvelles entrées et 326 sorties), pour un total de 2994 patients hospitalisés, une tendance en hausse de 53 % en une semaine. De ce nombre, 272 personnes se trouvent aux soins intensifs, une hausse de 9 personnes.

Les 45 morts de plus portent la moyenne quotidienne à 40. La tendance est ainsi en hausse de 107 % sur sept jours. À ce stade, 85,3 % de la population a reçu une dose, 78,1 % a reçu deux doses et 26,5 % en a trois.

Le cas de Stéphanie Noiseux

Christian Dubé a réagi jeudi à la situation de Stéphanie Noiseux, rapportée dans La Presse le jour même. La femme de 34 ans atteinte d’un cancer a vu son opération reportée en raison du manque de places dans les hôpitaux. « C’est le genre de chose qu’on n’aime pas qui arrive présentement. Si j’avais un message pour Mme Noiseux, c’est de s’armer de courage pour encore quelques jours », a dit le ministre. « On comprend que c’est difficile », mais il n’y a pas « un médecin » qui reporte des opérations de « gaieté de cœur ».

Confusion autour du vaccin de Moderna pour les 12 à 29 ans

Le gouvernement a été questionné en point de presse sur le fait que seul le vaccin de Moderna est offert en pharmacie, alors que le Comité sur l’immunisation du Québec et le Comité consultatif national de l’immunisation, au fédéral, l’autorisent pour les gens âgés de 12 à 29 ans, mais recommandent plutôt le vaccin de Pfizer. « Je vais regarder, c’est la première fois que j’entends ça », a répondu Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux. Le Dr Luc Boileau, directeur national de santé publique, s’est dit surpris. Plus tard, Christian Dubé a écrit sur Twitter qu’une personne âgée de 12 à 29 ans pouvait recevoir une injection de Moderna « après avoir été informée du risque légèrement plus élevé de myocardite avec ce vaccin ». Le ministre a affirmé que le gouvernement « avait prévu le coup », en fournissant le vaccin de Pfizer en centre de vaccination.

— Florence Morin-Martel, La Presse

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