Le SPVM décrète l’état d’urgence

Les horaires de travail des policiers montréalais seront suspendus

Pour la première fois en plus de 20 ans, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a décrété, à minuit dans la nuit de dimanche à lundi, l’état d’urgence pour une période indéterminée, de façon à avoir un maximum d’effectifs en même temps pour faire face aux interventions liées à la crise de la COVID-19 et aux autres appels urgents.

Même des enquêteurs de différentes sections pourraient être mis à contribution et aider leurs collègues de la gendarmerie dans certaines situations.

Cette décision intervient à la suite de discussions entre les représentants de la direction du SPVM et de la Fraternité des policiers et policières de Montréal. Les superviseurs ont été mis au courant de cette décision vers 20 h 30 dimanche.

En vertu de l’état d’urgence, les horaires de travail réguliers des policiers sont suspendus.

Quarts de travail allongés

Selon nos informations, environ la moitié des effectifs policiers du SPVM effectueront des quarts de travail de 10 ou de 12 heures, de jour ou de nuit, de façon à permettre à la police d’avoir une importante force de frappe en même temps sur le terrain, durant chacun des quarts de travail.

Les premiers qui entreprendront les quarts de travail de 12 heures seront les patrouilleurs des postes de quartier et les membres des groupes d’intervention, à compter de 6 h mardi matin.

L’autre moitié des effectifs du SPVM, policiers et civils, effectueront du télétravail ou resteront disponibles, de façon à ce qu’ils puissent éventuellement relever des collègues qui pourraient être contaminés ou tomberaient au combat.

Il semble que même le directeur Sylvain Caron dirige les opérations fréquemment à partir de sa demeure depuis les derniers jours.

Les policiers pourraient être obligés de travailler durant des journées de congé. Les vacances pourraient éventuellement être annulées, mais ce n’est pas encore le cas à ce moment-ci.

« ça fait partie de nos tâches »

En revanche, des périodes de jours de repos consécutifs sont prévues pour permettre aux policiers de récupérer et éviter qu’un trop grand nombre d’entre eux soient mis hors combat comme c’est le cas dans les corps de police d’autres villes du monde touchées par la pandémie, affirme le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur.

« Ce n’est pas une surprise compte tenu de l’évolution et de l’épidémie au Québec. Les policiers, en tant qu’intervenants de première ligne, s’y attendaient. »

— Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal

« Il y a 350 couples de policiers au SPVM, 700 hommes et femmes. Ils ont de jeunes enfants. Cela a été l’un des enjeux des discussions puisque les garderies sont fermées et que les enfants ne peuvent être gardés par leurs grands-parents. Ce n’est pas facile, mais cela fait partie de nos tâches », a affirmé le chef syndical à La Presse.

Flexibilité et robustesse

L’état d’urgence est prévu à l’article 12 de la convention collective des policiers du SPVM et il se lit comme suit : 

« Il est toujours loisible au Directeur ou en son absence, à son remplaçant désigné, de déclarer un état d’urgence pour une période limitée. Le Directeur ou, en son absence, son remplaçant désigné, a alors le droit, durant cette période, de changer les heures de travail, de garder en devoir le policier en dehors de ses heures régulières, de changer, s’il y a lieu, toute période de vacances, de faire travailler le policier durant les jours de congé hebdomadaire avec rémunération équivalente à sa journée régulière de travail, et cela, durant toute la période d’urgence. Tout travail supplémentaire, durant cette période d’urgence, est rémunéré suivant le taux établi pour le travail supplémentaire. »

« C’est une mesure exceptionnelle face à une situation exceptionnelle. Cela nous permet d’avoir des quarts de travail de 12 heures, de délester certaines activités moins importantes et de mettre des policiers dans des plages de réserve. C’est une décision raisonnable dans les circonstances et le public sera mieux protégé », affirme l’inspecteur André Durocher, du SPVM.

La dernière fois que l’état d’urgence a été décrété au SPVM, c’était durant la crise du verglas, en janvier 1998.

« Tout le monde est fébrile de pouvoir être en première ligne et de venir en aide à la population », a confié à La Presse un policier qui a requis l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux médias.

Dimanche, le SPVM a diffusé un communiqué demandant à la population de collaborer et de respecter le décret adopté vendredi par le gouvernement Legault qui interdit tout rassemblement – sauf quelques exceptions – pour réduire les risques de contamination à la COVID-19.

Les policiers du SPVM entendent bien faire respecter ce décret.

« Des équipes spécialisées ont été réaffectées pour soutenir les efforts des patrouilleurs afin d’assurer le respect et la compréhension des mesures visant à protéger la santé de la population. La coopération dont font preuve les citoyens facilite grandement le rôle du SPVM, qui agit en soutien à la Direction de la santé publique de la Ville de Montréal », pouvait-on lire sur le communiqué publié par la police.

Celle-ci a indiqué dimanche après-midi qu’environ 80 appels de citoyens avaient été acheminés à son service dans le but de dénoncer des rassemblements illégaux.

Il y a quelques jours, le SPVM a annoncé la création d’équipes spécialement formées et équipées pour intervenir lors des appels avec risque de contamination à la COVID-19.

Jusqu’à maintenant, environ 1000 policiers du SPVM auraient reçu une formation pour porter le masque N95 utilisé normalement durant les interventions auprès d’une personne qui pourrait être infectée à la COVID-19.

D’après nos sources, jusqu’à 2500 policiers du SPVM pourraient être formés et équipés de ces masques.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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