Choix personnel, choix collectif

On l’aurait cru triomphant, mais le trio de 17 h avait plutôt l’air de marcher sur des œufs, mardi, en donnant le coup d’envoi à la campagne de vaccination des enfants de 5 à 11 ans.

En point de presse, le premier ministre François Legault, le ministre de la Santé, Christian Dubé, et le DHoracio Arruda ont insisté sur le fait qu’ils ne voulaient surtout pas mettre de pression sur les enfants ni sur leurs parents.

Ils n’ont même pas fixé de cible à atteindre, « parce qu’on veut respecter le jugement des parents », a expliqué Christian Dubé.

« C’est un choix personnel », a dit François Legault.

« On ne veut pas mettre de pression pour que les parents prennent un choix éclairé », a renchéri le DArruda.

La stratégie est claire : ne pas effaroucher les parents réticents. Surtout, ne pas les culpabiliser. Les amener doucement à prendre la seule décision qui s’impose : faire vacciner leurs enfants.

L’enjeu est énorme. Parvenir à immuniser une bonne part des 650 000 enfants de 5 à 11 ans pourrait « changer la face de la pandémie au Québec », a laissé tomber le premier ministre.

Ça nous permettrait, enfin, de tourner la page. Cela dit sans vouloir exercer de pression sur quiconque, bien sûr.

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Allez savoir pourquoi, mais j’ai pensé à un panneau routier en suivant le point de presse du trio.

Sans doute le panneau routier le plus étrange du Québec. On y voit un enfant affalé dans la rue, les vêtements déchirés. Il vient d’être happé par une voiture. On lit : ATTENTION À NOS ENFANTS. C’EST PEUT-ÊTRE… LE VÔTRE.

Il y en avait partout, dans le quartier de mon enfance. Je me demandais ce que ça pouvait bien vouloir dire. Ce sont nos enfants ou les vôtres ? Il y a des choses qu’on devrait savoir ? Des tests de paternité à passer ?

Et puis, si on est bien certain que ce ne sont pas les nôtres, c’est bon, on n’a pas à faire attention ?

Bref, ce panneau à la syntaxe douteuse m’est revenu en tête, mardi soir. Attention à nos enfants. La COVID-19 frappera peut-être… le vôtre.

Et si ce n’est pas le vôtre, ce sera peut-être son voisin. Son camarade de classe. Sa petite sœur. Son meilleur ami. Vaccinez votre enfant pour les protéger, tous.

Faites-le même si vous ne vous sentez pas directement concernés. Vous l’êtes. Votre enfant aussi.

Tout le monde l’est.

Après tout, c’est ça, le principe de la vaccination : non seulement protéger l’individu, mais atteindre l’immunité collective afin d’enrayer la maladie au sein d’une population. C’est ce qu’on a fait avec la polio, la méningite et la varicelle.

Et c’est maintenant ce qu’il faut faire, sans hésiter, avec la COVID-19.

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« C’est un choix personnel », a dit le premier ministre.

Peut-être… mais pas seulement.

Beaucoup (trop) de gens semblent avoir oublié les immenses bienfaits de l’immunisation de masse. Ils estiment désormais que le vaccin est un choix purement individuel, qui ne concerne que leur propre santé – ou celle de leur enfant – un peu comme manger des légumes ou faire du sport.

Seulement 60 % des parents seraient prêts à faire vacciner leurs enfants. Il faut trouver un moyen de convaincre les 40 % qui restent. Le trio a raison : on n’y arrivera pas en les bousculant ni en les traitant d’idiots ou de complotistes.

Le gouvernement espère attirer les enfants avec des papillons géants, des libellules et des plantes tropicales. Fort bien.

Mais j’ai un peu de mal à croire que le fait d’aménager les centres de vaccination en jungles luxuriantes sera suffisant pour convaincre les hésitants.

Car ce sont, pour la plupart, des hésitants.

Pas des ignorants ni des égoïstes. Des parents qui veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Et qui hésitent. Ils craignent les effets secondaires d’un nouveau vaccin. Ils se disent que ça ne vaut pas la peine de prendre ce risque, puisque la COVID-19 est rarement grave, chez les enfants.

Vrai que les complications sont rares, mais elles existent. Pour le reste, les hésitants ont tort.

Pour protéger leurs enfants, ils font le choix de ne pas les faire vacciner sans se rendre compte que ce choix-là n’est pas sans risque. Absolument pas.

Au contraire : le risque de ne rien faire est beaucoup plus important que celui de relever sa manche.

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Même s’il ne s’agissait que d’un choix personnel, les parents auraient tout avantage à se précipiter à la clinique de vaccination.

Même s’ils ne le font pas pour la collectivité, ils devraient le faire, au plus tôt, pour le bien de leurs propres enfants.

D’abord, parce que les enfants n’en peuvent plus de la pandémie, des éclosions et des confinements. Les deux tiers des écoles du Québec comptent actuellement au moins un enfant infecté. Et les cas sont en hausse. Le vaccin peut aplatir la courbe.

Mais surtout, parce que la COVID-19 n’est pas qu’un rhume. Aux États-Unis, elle a tué plus de 400 enfants de moins de 10 ans. Elle en a envoyé des dizaines de milliers à l’hôpital.

Là-bas, la campagne de vaccination est déjà bien entamée. Aucun enfant n’en est mort. Aucun n’a subi d’effets secondaires graves.

Les études de Pfizer ont montré une efficacité de 90,7 % pour réduire les infections liées au coronavirus.

Autrement dit, le vaccin est sûr, efficace et disponible partout. Les parents ont le pouvoir d’éviter à leurs enfants le risque – faible, mais réel – de contracter une maladie grave. Tout ce que les petits auront à faire, c’est de prendre une grande respiration et de compter jusqu’à cinq.

Le choix, personnel et collectif, n’a jamais été plus clair.

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