Autoroute 50

À la mémoire des vies perdues

Voici les dangers de l’autoroute 50 – surnommée « autoroute de la mort » – à travers l’histoire des croix de chemin qui la jalonnent.

Une famille décimée

Une croix blanche anonyme a été installée récemment à la hauteur du kilomètre 222 près de Grenville-sur-la-Rouge.

Une autre.

Elle a possiblement été placée là en hommage aux plus récentes victimes de l’autoroute 50 : une famille d’Ottawa décimée au printemps.

C’est du moins l’hypothèse du directeur du service de sécurité incendie de Grenville-sur-la-Rouge, Marc Montpetit. L’homme est une encyclopédie des drames qui ont frappé sa communauté au cours des 35 dernières années. Il s’est déplacé sur la scène d’à peu près tous les accidents de la route sur l’autoroute 50 depuis sa création. Trop pour en tenir le compte.

À part quand il est « dans le bois pour la chasse », le quinquagénaire ne rate aucun appel d’urgence. « Je n’en ai oublié aucun », dit-il.

Avant de laisser tomber : « Des enfants, c’est toujours plus difficile. »

Le 20 mai dernier, une berline circulant en direction est a dévié de sa voie et est entrée en collision avec la voiture de la famille ontarienne arrivant en sens inverse. À cette hauteur, rien ne sépare les deux voies : ni muret de béton, ni terre-plein, ni glissière à câbles haute tension.

Les deux voitures ont pris feu. Les deux occupants de la berline ont été sauvés des flammes. Mais dans l’autre véhicule, les parents – Erik Nattkemper et Lucie Kodousková – et leur fille n’ont pas survécu.

Leur jeune garçon – blessé dans l’accident – est devenu orphelin.

Arrivé sur les lieux en premier avec « l’opérateur du truck » et « le petit nouveau », le chef Marc Montpetit n’a pas laissé la recrue « arroser » les véhicules incendiés.

Même si un chef « ne fait pas ça d’habitude », c’est lui qui a pris le boyau. Il a confié d’autres tâches au « petit nouveau », un peu en retrait de l’action.

« Il y a des odeurs qu’on n’oublie pas, explique-t-il. En fait, tout reste. » Mieux vaut que les recrues entrent « tranquillement dans le métier », dit-il, guidées par les plus expérimentés.

Après leurs interventions, parfois encore sur la scène de l’accident, le chef pompier encourage son équipe « à jaser ».

« Le dernier [accident] avec les trois décès, on en a parlé un petit peu. Tu laisses décanter l’air. Quelques jours après, tu en reparles, dit-il. Ça peut prendre de l’aide psychologique. On n’est pas mieux que les autres. »

Car même pour ceux qui jouent au dur, feignant que cela ne les atteint pas, les scènes difficiles demeurent gravées pour toujours, poursuit-il. « C’est impossible de se préparer à ça, laisse-t-il tomber. Le corps humain est censé être en un morceau. »

À la hauteur de Grenville-sur-la-Rouge, l’autoroute devrait-elle être sécurisée avec un muret ? Cet homme d’action ne veut pas trop se mêler de « politique ».

Mais c’est certain qu’un muret empêcherait les face-à-face, dit-il sur le ton de l’évidence.

Le chef pompier n’est pas du type verbomoteur. Il prend un moment avant d’ajouter quelques mots : « Le dernier [accident impliquant la jeune famille], je ne pense pas que ce serait arrivé [avec un muret]. »

Il tient toutefois à laisser « la politique aux politiciens ».

Comme tous les gens interrogés pour ce reportage, il préfère emprunter la route 148, quitte à arriver moins vite à destination. La force d’impact est « pas mal plus forte quand tu roules à 100 hm/h [sur l’autoroute] qu’à 80/90 km/h [sur la route 148] », explique-t-il.

Quand il emprunte l’A50, le plus souvent, c’est pour sauver des vies.

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