« C'était comme un désastre naturel »

Les rescapés de la tempête qui a fait 22 morts dans la montagne pakistanaise racontent comment ils ont été piégés par la neige

À Murree, une station de montagne très touristique du Pakistan, le réveil était douloureux dimanche pour les rescapés de la violente tempête de neige qui a tué 22 touristes simplement venus, comme eux, admirer le paysage hivernal.

« On n’a eu aucune alerte des autorités, du gouvernement, de Google, des médias, des services météorologiques », lance Duaa Kashif Ali, une jeune femme de 18 ans originaire d’Islamabad, alors que la neige commençait à fondre.

« Les habitants nous ont aidés », raconte- t-elle à la sortie d’une maison d’hôte où elle a passé les pires heures de la tempête.

Quelque 100 000 visiteurs avaient afflué vendredi dans la petite ville à 2400 mètres d’altitude, située 70 kilomètres au nord-est de la capitale Islamabad. Le trafic était paralysé sur les étroites routes d’accès, régulièrement saturées même par beau temps.

En quelques heures, plus d’un mètre de neige a piégé de nombreux voyageurs dans leurs voitures. Les victimes, dont 10 enfants, sont mortes de froid ou intoxiquées au monoxyde de carbone respiré dans l’habitacle.

« Quand ils ont su […], les gens ont pleuré », témoigne Kashif Ishaq, 47 ans.

Derrière lui, de grosses machines sont à l’œuvre pour dégager les rues, recouvertes de glace, et libérer l’accès à Ratti Gali, coupé du monde pendant deux jours.

Lui et les 13 autres membres de sa famille ont abandonné leurs 3 voitures et marché 1,5 kilomètre jusqu’à ce petit village où ils ont trouvé refuge.

« Les locaux nous ont vraiment aidés », ils « ont proposé leurs services, leurs maisons, à manger au restaurant et des hôtels gratuitement », raconte-t-il.

Des tarifs abusifs

À Kuldana, une autre ville proche de Murree, 5000 personnes ont été accueillies dans une caserne de l’armée.

« C’était comme un désastre naturel, juge le major Muhammad Umar. Il n’y avait pas d’électricité, ni de gaz ou de téléphone, rien ne fonctionnait ».

Au chaud à proximité d’un radiateur au gaz, Arosh Yasir, 11 ans, raconte la nuit passée dans la voiture avant l’arrivée des secours samedi matin.

« La nourriture était froide et on ne pouvait ni avancer ni reculer. J’ai commencé à pleurer et à prier. »

— Arosh Yasir

De nombreux Pakistanais se sont plaints dimanche que les hôteliers et propriétaires de maisons d’hôte avaient aggravé le problème en pratiquant des tarifs abusifs, incitant certains à passer la nuit dans leur voiture.

Arosh dit que lui et sa famille sont allés au camp militaire car les hôtels étaient « soit pleins soit trop chers ».

Dimanche, avec le retour du soleil, les opérations de sauvetage ont laissé place aux réparations.

Plusieurs hommes escaladaient des pylônes électriques pour libérer les câbles gelés. Ailleurs, on tentait de redémarrer les moteurs de voitures tandis que les chasse-neige slalomaient autour d’autres véhicules, abandonnés sous de lourdes couches de neige.

Dans la neige, des petits tas de bouteilles et d’emballages marquaient les endroits où beaucoup ont passé la nuit.

Plusieurs médias pakistanais ont sévèrement critiqué les responsables locaux, notant que les services météorologiques avaient averti dès jeudi des risques de tempête – un sentiment partagé par ceux désireux, désormais, de redescendre de la montagne.

Pour Aafia Ali, venue de la métropole de Karachi, dans le sud du Pakistan, elle aussi réfugiée à Ratti Gali, il n’y a aucun doute : « Les responsables de tout ça, ce sont les gestionnaires de cet endroit. »

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