Loyers « abordables » à 2225 $

Les critiques fusent

Les groupes de défense des locataires et plusieurs politiciens ont dénoncé mardi les critères « d’abordabilité » utilisés par le gouvernement fédéral, qui ont permis à des promoteurs immobiliers d’obtenir près de 5 milliards en prêts à faible taux depuis 2017.

La Presse révélait mardi que 20 constructeurs du Québec, et plus de 80 dans l’ensemble du pays, ont bénéficié de prêts avantageux de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Parmi les conditions requises pour les obtenir : maintenir une proportion de leurs appartements à un prix inférieur à 30 % du revenu médian des familles d’une région concernée, ce qui équivaut à 2225 $ par mois dans le Grand Montréal.

« On s’éparpille dans des programmes où l’abordabilité est définie de façon très élastique et qui, à tout coup, ne tiennent pas compte de la capacité de payer des gens », a déploré en entrevue Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Ce groupe de défense des locataires critique plusieurs volets de la Stratégie nationale du logement, un programme de 70 milliards mis sur pied en 2017 par le gouvernement de Justin Trudeau.

Le plus important morceau de cette Stratégie, dont La Presse faisait état mardi, s’appelle l’« Initiative Financement de la construction de logements locatifs » (IFCLL). L’IFCLL est dotée d’un budget de 25 milliards et vise à stimuler les mises en chantier d’appartements locatifs, si certains critères d’abordabilité sont respectés.

« L’IFCLL, c’est la pire [initiative], parce qu’on se base sur les revenus non pas des ménages locataires, mais de l’ensemble des ménages, souligne Véronique Laflamme. Or, dans la région métropolitaine de Montréal, le revenu des ménages propriétaires est deux fois plus élevé que celui des ménages locataires. »

La porte-parole du FRAPRU rappelle que plus de 240 000 ménages ont toujours des « besoins impérieux » en logement au Québec, parce qu’ils habitent dans des appartements trop petits, trop chers ou insalubres. Le revenu annuel de ces familles tourne autour de 17 000 $ par an, dit-elle.

De tous les programmes inclus dans la Stratégie nationale, un seul permet réellement de fournir des logements abordables aux familles, selon le FRAPRU. Il s’agit de l’Initiative pour la création rapide de logements, annoncée en 2020.

Tous les appartements construits grâce à ce programme de 2,5 milliards devront avoir un loyer inférieur à 30 % du revenu brut du ménage occupant – la définition généralement acceptée lorsqu’on parle de logements abordables.

Plante et Coderre réagissent

La mairesse sortante Valérie Plante, qui tente de se faire réélire, a critiqué les critères utilisés par la SCHL dans le cadre de l’IFCLL. « Le montant qui est fixé par le fédéral, c’est déconnecté, ça ne marche pas », a-t-elle lancé pendant un point de presse, mardi.

Mme Plante soutient « être venue en politique pour l’habitation » et espère que Montréal demeurera une ville abordable. « J’espère que ça va être la question de l’urne, parce que c’est aujourd’hui que ça se décide si on est en train de construire une métropole abordable pour nos enfants, nos petits-enfants et les générations à venir. »

Le candidat à la mairie Denis Coderre estime de son côté que Montréal pourrait utiliser son « statut de métropole » pour mieux encadrer et stimuler la construction de logements locatifs. S’il est élu, il promet d’ériger 50 000 appartements d’ici quatre ans, incluant 10 000 logements sociaux. « Quand on va le faire, ça va être en collaboration avec l’ensemble des joueurs. »

En entrevue avec La Presse, M. Coderre propose d’utiliser une trentaine de terrains appartenant à la Ville de Montréal pour « doper l’offre » de logements, grâce à « une densité douce et intelligente ».

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a lui aussi réagi à notre enquête sur Twitter. « Un loyer de 2225 $ par mois pour les familles à Montréal, c’est abordable selon Justin Trudeau. Ça n’a pas de sens. Des milliers de familles peinent à trouver un logement abordable. »

Même réaction pour la députée bloquiste de Beauport-Limoilou, Julie Vignola. « Il y a une différence entre logement abordable et logement social. Abordable pour une personne gagnant 25 000 $ par an n’est pas la même chose que pour une personne gagnant 250 000 $ ou même pour une personne gagnant la moyenne montréalaise de 88 000 $. »

La présidente de la SCHL a refusé d’accorder une entrevue à La Presse sur l’IFCLL, sous le prétexte que Justin Trudeau n’a pas encore formé son nouveau cabinet. L’ancien ministre responsable de la SCHL, Ahmed Hussen, a quant à lui défendu ses programmes dans un courriel envoyé la semaine dernière par une attachée de presse.

— Avec la collaboration de Philippe Teisceira-Lessard, La Presse

Appel à tous

Que pensez-vous de la situation du logement dans la grande région de Montréal et dans l’ensemble du pays ? Quelle solution proposeriez-vous ? Que pensez-vous du programme Initiative Financement de la construction de logements locatifs (IFCLL) de la SCHL ?

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