Paris Police 1900

Ces femmes qui poussent à la roue

Lancée en France sur Canal+ et à compter du 8 avril sur nos écrans, la série Paris Police 1900 met en vedette Evelyne Brochu dans le rôle de Marguerite Steinheil, courtisane forcée de devenir moucharde. En entrevue, la comédienne explique pourquoi ce personnage réel était une de ces femmes « qui poussent à la roue ».

On appelait cette période la Belle Époque. Parenthèse européenne de calme entre la fin du XIXe siècle et 1914, où le changement de siècle donnait un sentiment de modernité. Or, la légèreté ambiante occultait une autre réalité.

Paris et la France sont secoués par l’affaire Dreyfus. Des agitateurs antisémites et antimaçonniques, tel le journaliste Jules Guérin, multiplient les attaques, verbales et physiques, contre leurs ennemis. Des meurtres sordides sont commis. Les femmes, sans pouvoir, souffrent en silence.

C’est dans ce climat surchauffé que le président Félix Faure meurt dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil, le 16 février 1899 à l’Élysée.

Ainsi s’amorce la fiction historique Paris Police 1900, dans laquelle la comédienne Evelyne Brochu incarne Marguerite Steinheil. Cette femme est aspirée dans un indescriptible déploiement policier destiné à faire échec à l’insurrection larvée. En parallèle, on suit l’enquête d’un policier ambitieux, Antoine Juin (Jérémie Laheurte), à la suite de la découverte d’un cadavre dans une valise flottant sur la Seine.

« Marguerite vit à une époque où les femmes n’ont pas de compte en banque, pas le droit de vote et où elles peuvent être emprisonnées sur un seul mot de leur mari », nous dit Mme Brochu à propos de son personnage. « Il y a chez elle un mélange de vulnérabilité et de force. Vulnérabilité de par le fait de la situation des femmes de l’époque. Et force de par sa modernité. »

La comédienne adore se plonger dans un tel personnage.

« Les femmes fortes, intelligentes, débrouillardes, les femmes de cœur et impulsives, c’est toujours excitant à jouer. Elles vont dans des zones audacieuses et dangereuses où l’on ne va pas nécessairement dans la vie. »

— Evelyne Brochu

Dans l’ambiance très noire et très dure de la série, Marguerite a un « côté canaille » qui permet de désamorcer certaines situations, laisse entendre la comédienne. « Elle a beaucoup d’humour et d’audace. Autour d’elle, les situations sont, oui, dangereuses, mais elles sont aussi surprenantes et intrigantes. Marguerite n’était pas une femme convenue et ne cherchait pas à entrer dans le moule ou le cadre. À chaque époque, ce sont des femmes comme elle qui poussent un peu à la roue. »

Tout en précisant qu’il faut respecter « le personnage que l’auteur a créé », la comédienne dit en avoir appris davantage sur Marguerite en lisant l’ouvrage Madame S, de Sylvie Lausberg, historienne et psychanalyste belge, selon qui Mme Steinheil est montrée du doigt depuis 120 ans alors qu’elle cherchait à vivre librement.

Marketing de la haine

Faut-il faire des parallèles entre la violence faite à certains groupes et individus à l’époque et les périodes d’agitation d’aujourd’hui, comme on a pu en voir aux États-Unis ?

« Je pense que c’était le désir de l’auteur de montrer que la roue tourne, mais qu’elle n’avance pas tant que ça. On entend encore des choses horribles de nos jours. »

— Evelyne Brochu

Au cœur de la série, elle note ce qu’elle appelle le « marketing de la haine », où la publication de journaux, tel l’hebdomadaire L’antijuif de Jules Guérin, permet de « se faire un capital pseudopolitique ».

Toujours à l’écran, les mots et certains gestes de Guérin sont « à glacer le sang », dit Evelyne Brochu, avant d’ajouter : « Les parties les plus horribles de l’histoire sont les plus véridiques. »

Ce qui est aussi véridique, et moins tragique, ce sont les gestes, les mots, le vocabulaire des personnages. La recherche faite en amont du tournage a impressionné Evelyne Brochu. « Tous les objets, les codes sociaux sont respectés. Ils ont fait d’immenses recherches pour s’assurer que les façons de tenir notre chapeau, d’enlever nos gants, de boire notre thé, d’allumer nos cigarettes, de prendre le téléphone et même de s’injecter de l’héroïne soient véridiques. »

La première saison de Paris Police 1900 compte huit épisodes. Une deuxième saison est dans les cartons.

À compter du 8 avril sur l’Extra d’ICI Tou.tv

Prochain projet

Sans donner de détails, Evelyne Brochu indique qu’elle sera de la distribution d’un film américain qui sera tourné à l’été à Québec. Il s’agit d’une comédie à laquelle d’autres acteurs québécois doivent participer.

Tournée prévue

Faisant suite à la sortie de l’album Objets perdus, le spectacle que devait donner Evelyne Brochu l’an dernier a été reporté à cause de la pandémie. Mais il est toujours sur les rails. « Nous sommes en train de réécrire la tournée [12 dates], dit-elle. Celle-ci aura lieu avec le même band que celui de l’album et Mani Soleymanlou assure toujours la mise en scène. On prend le temps, car on veut faire le show dont nous rêvions. »

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