Accusations d’espionnage chez Hydro-Québec

L’avocat de l’accusé fustige Fitzgibbon

L’avocat de l’ex-employé d’Hydro-Québec accusé d’espionnage économique au profit de la Chine a demandé jeudi aux politiciens de rester en dehors du dossier. Il a cité les commentaires « malheureux » du ministre Pierre Fitzgibbon sur « les Chinois », qui lui rappellent l’internement des Canadiens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, a-t-il plaidé devant la cour.

Yuesheng Wang, ancien chercheur accusé d’avoir dérobé des secrets industriels d’Hydro-Québec au profit de la Chine, a assuré au tribunal jeudi qu’il ne comptait pas s’enfuir s’il était remis en liberté dans l’attente de son procès. Il a dit vouloir rester ici pour montrer qu’il n’est pas celui qu’on a dépeint depuis son arrestation.

« Je veux laver ma réputation. Je veux raconter mon histoire. »

— Yuesheng Wang

« J’ai confiance en la justice du Canada », a-t-il ajouté, au deuxième jour de son enquête sur remise en liberté, au palais de justice de Longueuil.

Son avocat, MGary Martin, a ensuite dénoncé devant la cour les propos du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, rapportés par le quotidien Le Soleil la semaine dernière. Le ministre s’était dit « pas tellement surpris » après l’arrestation de M. Wang. « On connaît les Chinois », avait-il affirmé.

MMartin y a vu « des incursions politiques » qui ont été « dites en dehors de la Chambre en plus ».

« Ça nous rappelle l’année 1942 au Canada, c’est très malheureux […] Il faut que ça reste en dehors du judiciaire », a-t-il plaidé. En 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement du premier ministre Mackenzie King a déplacé de force 22 000 Canadiens d’origine japonaise qui habitaient les régions côtières de l’ouest du pays pour les envoyer dans des camps, par crainte qu’ils appuient le Japon.

Ce commentaire de MMartin a fait bondir le procureur de la Couronne, MMarc Cigana. « Il n’y a aucune considération politique » dans ce dossier, a-t-il martelé après coup.

Une sommité en matière de batteries

L’accusé de 35 ans a par ailleurs nié toute relation avec le fabricant de batteries chinois Hina, où travaille maintenant son ancien directeur de thèse. Il a assuré que toute l’information qu’il avait pu transférer en Chine provenait de sources ouvertes. Il s’est montré évasif lorsque le procureur de la Couronne lui a parlé des règles d’Hydro-Québec sur les conflits d’intérêts ou de l’interdiction pour les chercheurs d’utiliser une adresse de courriel personnel pour envoyer des documents de la société d’État.

M. Wang, qui gagnait un salaire annuel de 120 000 $ chez Hydro-Québec, a reconnu avoir postulé auprès d’institutions chinoises ces dernières années pour y trouver un emploi. Une chose tout à fait normale pour un scientifique de son niveau, a souligné son avocat.

« Monsieur ne travaille pas dans le sirop d’érable. Il travaille dans un domaine mondial. C’est la raison pour laquelle on est allé le chercher pour venir ici. »

— Me Gary Martin, avocat de Yuesheng Wang

« Ce n’est pas anormal qu’il puisse solliciter des postes ailleurs, étant la sommité en matière de batteries au lithium », a-t-il ajouté.

Risque de fuite

Du côté de la Couronne, MMarc Cigana a demandé que l’accusé demeure détenu d’ici à son procès, faisant valoir qu’il avait peu d’attaches au Canada et qu’il pourrait facilement prendre la fuite. Même si on lui confisque son passeport, le risque demeure, selon lui.

« Est-ce que vous êtes convaincu que s’il se présente au consulat général de Chine, on va lui refuser un passeport ? Pourquoi croire qu’il ne se ferait pas remettre un nouveau passeport ? », a demandé le procureur.

MCigana a souligné que M. Wang n’est pas accusé d’avoir agi « sous la direction » du gouvernement chinois ni « en association » avec lui, mais bien « au bénéfice » de la République populaire de Chine.

Il a ajouté que rien n’interdit d’appuyer le régime chinois, mais qu’il est interdit au Canada de le faire en volant des secrets industriels au détriment des intérêts économiques du Canada.

Il a assuré que la preuve démontrerait que M. Wang a eu un comportement criminel qui s’écarte de façon marquée de ce qu’on attend d’un fonctionnaire au Canada.

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