Élection partielle dans Mississauga–Lakeshore

Un test pour Poilievre et Trudeau

Ottawa — Un nombre record de 22 candidats brigueront les suffrages lors de l’élection partielle qui aura lieu le 12 décembre dans la circonscription de Mississauga–Lakeshore, en Ontario. D’autres candidats pourraient s’ajouter à cette longue liste. La date limite pour manifester son intention est fixée au mardi 22 novembre.

Cette situation pourrait d’ailleurs forcer Élections Canada à utiliser un bulletin de vote spécial pour y faire entrer tous ces noms. Au moins 17 des candidats confirmés sont indépendants. Ils font partie d’un groupe qui souhaite dénoncer l’abandon de la promesse de Justin Trudeau de réformer le mode de scrutin après sa victoire en 2015.

Un autre candidat, le chef du Parti Rhinocéros, Sébastien CoRhino, est aussi sur les rangs pour les mêmes raisons. Ils ont tous la même agente officielle, Kieran Szuchewycz. Le tout est conforme aux règles, a-t-on indiqué chez Élections Canada.

Le précédent record – 21 candidats – a été établi aux dernières élections fédérales, en septembre 2021, dans la circonscription de Saint-Boniface–Saint-Vital, dans la région de Winnipeg. Même s’il vit à Rimouski, Sébastien CoRhino était également candidat. Il avait réussi à convaincre une quinzaine de personnes de briguer les suffrages, encore une fois pour dénoncer la volte-face de Justin Trudeau quant à la réforme du mode de scrutin.

En général, une élection partielle suscite peu d’intérêt. Mais celle qui bat son plein dans Mississauga–Lakeshore fait déjà exception à cette règle. Et ce n’est pas uniquement en raison du nombre record de candidats.

D’abord, cette élection partielle sera la première à avoir lieu depuis que Pierre Poilievre a été élu chef du Parti conservateur, en septembre. Ensuite, cette élection partielle se déroule en Ontario, province qui compte le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes. Et finalement, elle se tient dans un contexte économique difficile où l’inflation fait des ravages et où une récession se profile à l’horizon.

Les convervateurs et l'Ontario

Cette élection partielle, qui a été déclenchée à la suite de la démission, au printemps, du député libéral Sven Spengemann, sera essentiellement une bataille entre le Parti libéral et le Parti conservateur.

Depuis qu’il est aux commandes de son parti, M. Poilievre mitraille le gouvernement Trudeau de questions au sujet de la hausse du coût de la vie et de la hausse prévue de la tarification du carbone au printemps. Il l’accuse d’avoir alimenté l’inflation en augmentant les dépenses d’une manière démesurée au moment où les chaînes d’approvisionnement étaient durement touchées par la pandémie.

Cette élection partielle permettra de déterminer si le discours de Pierre Poilievre, qui a su motiver les militants conservateurs durant la course au leadership qu’il a remportée haut la main, séduit aussi les électeurs d’une circonscription située en banlieue de Toronto.

Les stratèges conservateurs sont conscients qu’ils doivent faire des gains en Ontario, notamment dans la zone du « 905 », s’ils veulent prendre le pouvoir aux prochaines élections. Ils doivent arracher une trentaine de sièges aux libéraux. À l’heure actuelle, les conservateurs détiennent 37 des 121 sièges que compte la province aux Communes, contre 76 aux libéraux et 5 au NPD.

Le policier Ron Chhinzer, qui compte une vingtaine d’années de service au sein du Service régional de la police de Peel à Mississauga, porte les couleurs du Parti conservateur dans cette élection partielle.

En Ontario, les frontières des circonscriptions fédérales (121 circonscriptions) sont presque les mêmes que celles des circonscriptions provinciales (124 circonscriptions) et portent souvent le même nom. Sur la scène provinciale, le Parti progressiste-conservateur a mis la main sur la circonscription de Mississauga–Lakeshore en 2018. Le député Rudy Cuzzetto a d’ailleurs été réélu avec 45 % des voix aux élections provinciales en juin. La candidate libérale Elizabeth Mendes est arrivée deuxième en récoltant 36,76 % des suffrages.

Sur la scène fédérale, toutefois, cette circonscription est un véritable bastion libéral. Depuis 1993, le Parti conservateur a détenu cette circonscription une seule fois, de 2011 à 2015, quand Stephen Harper a finalement réussi à former un gouvernement majoritaire en remportant de nombreux sièges en Ontario.

Un retour en politique

Les libéraux de Justin Trudeau ont recruté l’ancien ministre des Finances de l’Ontario dans le gouvernement libéral de Kathleen Wynne, Charles Sousa, pour conserver Mississauga–Lakeshore. M. Sousa tente ainsi un retour en politique, mais sur la scène fédérale, après avoir perdu son siège à Queen’s Park (Mississauga–Lakeshore) en 2018.

« Nous ne tenons rien pour acquis durant cette élection partielle. Mais nous avons un bon candidat », a affirmé cette semaine une source libérale, sourire en coin.

Quand il était ministre des Finances de l’Ontario, M. Sousa a souvent critiqué le refus du gouvernement Trudeau d’augmenter davantage les transferts aux provinces pour la santé. Ses critiques pourraient revenir le hanter au moment où les tensions sont vives entre Ottawa et les provinces sur cette question.

Si cette élection partielle constitue un test pour le chef conservateur Pierre Poilievre, cela est aussi vrai pour Justin Trudeau. Car une victoire conservatrice pourrait alimenter les discussions chez les libéraux au sujet de son avenir, même s’il a déjà signifié son intention de solliciter un quatrième mandat aux prochaines élections.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.