Mondial féminin

« On va y croire quand ça va avoir lieu »

Après l’annonce de son annulation, le Mondial féminin sera finalement reporté à plus tard cet été

Rare bonne nouvelle pour les meilleures hockeyeuses de la planète : le Championnat du monde 2021 aura finalement lieu. La Fédération internationale de hockey sur glace a annoncé que le tournoi serait présenté au mois d’août dans un lieu qui doit toujours être confirmé.

Initialement, l’évènement devait s’amorcer au cours des prochains jours en Nouvelle-Écosse, mais à la surprise générale, le gouvernement provincial a annoncé la semaine dernière qu’en raison de la situation sanitaire, il n’était plus question qu’un rendez-vous de cette envergure ait lieu sur son territoire.

La Fédération internationale (IIHF) a confirmé que la nouvelle mouture du tournoi aurait lieu au Canada. Selon nos informations, l’Alberta serait la province privilégiée. Les installations de Red Deer et d’Edmonton, où s’était déroulé le Mondial masculin junior, en décembre et janvier derniers, pourraient être utilisées.

Jointe quelques minutes après que fut tombée la nouvelle du report du tournoi, la gardienne québécoise Ann-Renée Desbiens a parlé d’un « baume » sur la déception des derniers jours. La formation canadienne était en plein camp de sélection, justement en Nouvelle-Écosse, et s’apprêtait à disputer son dernier match intraéquipe lorsque l’annulation subite du Mondial a été annoncée. À ce moment, aucun plan B n’avait été évoqué.

Desbiens affirme que ce dénouement est « certainement une bonne nouvelle ». Cela n’empêche pas qu’« on va y croire quand ça va avoir lieu ». Dans tous les cas, « là, on a un peu plus hâte de reprendre l’entraînement ! », dit-elle en riant.

Prudence

Difficile de reprocher à la gardienne sa prudence. Car la semaine dernière, le ciel lui tombait sur la tête, et sur celles de toutes les joueuses qui devaient prendre part au tournoi, en fait.

Le Mondial 2020, prévu lui aussi en Nouvelle-Écosse, était déjà passé à la trappe, victime, comme bien des évènements internationaux, de la pandémie de COVID-19. Hormis une série de matchs hors concours entre le Canada et les États-Unis l’an dernier – la série « rivalité » –, il s’est aujourd’hui écoulé plus de deux ans depuis le dernier grand rendez-vous international, à savoir le Mondial 2019.

On comprend donc à quel point la gifle de l’annulation du Mondial 2021 a été violente, d’autant que les indicateurs étaient favorables et que la préparation de l’équipe canadienne allait bon train.

Interrogées par La Presse plus tôt cette semaine, quatre des Québécoises qui étaient au camp ont raconté le désarroi et l’incrédulité qui ont saisi les joueuses lorsque leurs entraîneurs les ont réunies pour leur annoncer la triste nouvelle.

De retour à la maison, chacune a tenté d’absorber le choc comme elle le pouvait. Desbiens est rentrée dans sa région d’origine, Charlevoix, afin de faire le vide avant de rentrer à Montréal pour reprendre l’entraînement. Lauriane Rougeau s’est quant à elle réfugiée dans les Laurentides pour « échapper à ce qui se [passait], se changer les idées ».

Comme bien d’autres, rien ne les attendait à la maison, puisqu’elles avaient prévu de passer les prochaines semaines en tournoi dans les Maritimes.

Préparation

Les joueuses canadiennes avaient investi temps et énergie dans leur préparation. D’abord dans un premier camp d’entraînement à Calgary, en janvier, puis dans un autre à Halifax, en mars. Elles étaient alors une trentaine, puisque les joueuses d’âge universitaire qui évoluent aux États-Unis ne pouvaient se joindre à elles à ce moment. Le groupe complet de presque 50 joueuses a finalement été réuni pour le camp de sélection, tenu à haute intensité.

Celles qui ont participé à chacune des étapes ont arrêté de compter les journées d’isolement, à la maison ou à l’hôtel, et les multiples tests de dépistage de la COVID-19 rendus nécessaires par les déplacements entre les provinces. Pendant les camps, un bus les transportait de l’hôtel à l’aréna.

« Ça a fait beaucoup de déjeuners et de soupers livrés dans des boîtes. Mais c’était l’effort à faire pour qu’un évènement connaisse du succès en temps de pandémie. Il faut croire que ce n’était pas assez… »

— Ann-Renée Desbiens

Évoquant sans filtre une « énorme déception », Ann-Sophie Bettez affirme s’être soumise à une inévitable « remise en question » en faisant le chemin d’Halifax vers Montréal.

« À un moment donné, quand tu es déjà à terre et que tu te fais frapper de nouveau, c’est de plus en plus difficile de te relever, illustre-t-elle. Ça fait 14 mois qu’on n’a pas joué le moindre match, on s’est entraînées chaque jour pour performer sur la scène internationale, et finalement une autre claque est arrivée… »

Lauriane Rougeau se navre elle aussi que « chaque fois qu’on pense qu’on fait un pas en avant, on recule de trois ». Tout ce que ses consœurs et elle désirent, rappelle-t-elle, c’est « une chance de jouer », en écho à l’absence de ligue professionnelle américaine de haut niveau.

Optimiste, elle ajoute qu’il fallait « garder la tête haute » et croire que l’IIHF et Hockey Canada trouveraient une solution – ce qui est finalement arrivé.

Au jour le jour

Comme d’autres, Bettez prône la prudence, malgré la bonne nouvelle de vendredi. « On vit un peu au jour le jour, dit-elle. Je vais faire les meilleures choses pour être dans le meilleur état possible pour la suite, tant sur le plan physique que sur le plan mental. »

La suite, selon toute vraisemblance, n’est pas idéale pour l’équipe canadienne, qui est au nombre de celles que l’IIHF n’a pu accommoder pleinement sur le plan logistique.

Le plan initial prévoyait que le Mondial serve de tremplin pour déterminer l’équipe olympique en vue des Jeux de Pékin, en 2022. Comme c’est le cas à la fin de chaque cycle olympique, les athlètes choisies devaient s’établir à Calgary en septembre afin d’y travailler ensemble jusqu’aux Jeux.

Le championnat en août implique donc que la centralisation s’amorce un mois plus tôt, ce qui n’est pas sans impact pour celles qui ont des obligations en dehors du hockey.

Mère d’un petit garçon, Mélodie Daoust souligne que la situation « complique les choses » pour elle.

« Je préfère regarder le côté positif, soit le fait qu’on va avoir un mois de préparation supplémentaire avant les Jeux. »

— Mélodie Daoust

« C’est important de comprendre la réalité d’autres pays et de s’adapter », ajoute-t-elle. L’IIHF n’avait pas l’embarras du choix, puisqu’elle devait caser son tournoi entre les Jeux d’été de Tokyo et les matchs de qualifications, à l’automne, de certaines équipes qui n’ont pas encore leur billet pour Pékin. On s’est donc rabattu sur la période du 20 au 31 août.

Cette conclusion constitue tout de même un soulagement, convient Daoust.

« C’est tellement difficile d’être dans l’inconnu, de ne jamais savoir à quoi s’attendre ou quand sera le prochain match… On était dans le néant. Avoir enfin une date, ça va aider les joueuses à se concentrer. Avec la résilience qu’il y a dans ce groupe, je ne suis pas inquiète. C’est emballant ! »

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