MaXXXine

Blonde ambition

Le cinéaste Ti West rend hommage au cinéma de genre des années 1980 avec MaXXXine, où sa sulfureuse muse, l’actrice Mia Goth, reprend son rôle d’ambitieuse actrice porno. Ce dernier volet très attendu de la trilogie X comblera-t-il les fans de la première heure ?

Avec X (2022), campé sur une ferme texane en 1979, et son antépisode Pearl (2022), qui se déroulait au même endroit en 1918, Ti West avait séduit les amateurs de cinéma de genre en revisitant le slasher, dont The Texas Chainsaw Massacre, de Tobe Hooper. Dire qu’il a placé la barre très haut pour MaXXXine, dernier volet de la trilogie mettant en vedette l’incomparable Mia Goth, relève de l’euphémisme.

Après avoir ébloui la galerie dans les rôles de Maxine et de Pearl, l’actrice mord de nouveau à belles dents dans celui de l’ambitieuse actrice porno texane et survival girl nouveau genre. Pour ce troisième volet, Ti West plante l’action en 1985, dans l’Amérique conservatrice de Reagan, au moment même où le traqueur nocturne Richard Ramirez commet des meurtres en Californie. Comme l’atteste les tablettes bien garnies du vidéoclub que gère un ami de Maxine (Moses Summey), il s’agit aussi de l’époque bénie de la cassette VHS. D’ailleurs, Ti West est même allé jusqu’à tourner MaXXXine avec des caméras des années 1980.

Six ans après avoir survécu au massacre de l’équipe de production avec laquelle elle devait tourner The Farmer’s Daughters, Maxine Minx désire devenir la prochaine Jamie Lee Curtis, actrice fétiche de John Carpenter. La chance sourit à la brunette devenue blonde – rappelons à quel point Pearl détestait les blondes ! – puisque la réalisatrice de l’heure (Elizabeth Debicki, lady Diana dans The Crown) vient de la choisir pour jouer aux côtés de la nouvelle reine de l’horreur (Lily Collins) dans la suite du film d’épouvante culte The Puritan.

Or Maxine, fille d’un prédicateur du petit écran (Simon Prast), est pourchassée par un détective louche (Kevin Bacon) qui menace de révéler au grand jour son passé sombre. Heureusement, son avocat (Giancarlo Esposito) veille sur ses intérêts. Au même moment, un tueur en série sataniste assassine les aspirantes actrices. Après le meurtre de son amie (la chanteuse Halsey), Maxine reçoit la visite d’un improbable duo d’enquêteurs (Michelle Monaghan et Bobby Cannavale).

Doté d’un budget plus élevé que les précédents volets, défendu par des acteurs plus connus, ponctué de tubes des années 1980 (ZZ Top, Animotion, Laura Branigan…), MaXXXine semble s’adresser à un plus large public. On pourrait d’ailleurs reprocher à Ti West d’avoir voulu épargner les cœurs sensibles. De fait, bien qu’il montre des scènes de crime dégoulinantes à souhait, dont certaines feront rigoler les spectateurs à l’humour noir, on ne saurait affirmer que ce dernier chapitre fasse réellement peur.

Grouillant de jubilatoires clins d’œil à la culture populaire et au cinéma de genre (dans une scène, Maxine, qui visite les décors de Psycho, d’Alfred Hitchcock, croit apercevoir Pearl à la fenêtre de la demeure des Bates), MaXXXine puise son inspiration dans différents genres et sous-genres. Sur le tournage du Puritan II, Ti West salue le folk horror (horreur folklorique), rappelant dans la foulée The Devils, de Ken Russell, et The Wicker Man, de Robin Hardy.

Bien sûr, le réalisateur rend une fois de plus hommage au slasher, sous-genre de l’horreur ayant connu son âge d’or dans les années 1980, notamment grâce à Wes Craven et à sa franchise Freddy. Avec ses scènes de nuit éclairées au néon, son atmosphère tour à tour anxiogène et sensuelle, l’ensemble évoque aussi avec bonheur le giallo, genre combinant le polar, l’horreur et l’érotisme, à la Dario Argento (Suspiria, Ténèbres).

Des trois films, le troisième volet, qui propose un récit plus classique et consensuel, ne s’avère certainement pas le meilleur, mais il n’en demeure pas moins tout aussi divertissant et ludique. À tel point que plusieurs réclameront sans doute à cor et à cri le retour de Maxine Minx ou, du moins, de nouvelles collaborations entre Ti West et Mia Goth, duo aussi infernal qu’irrésistible.

Drame d’horreur

MaXXXine

Ti West

Mia Goth, Elizabeth Debicki, Kevin Bacon

1 h 44

En salle

7/10

Beverly Hills Cop – Axel F.

À l’ancienne, comme on l’aime

Le détective de Detroit Axel Foley retourne une fois de plus à Beverly Hills. Cette fois-ci, il vient en aide à sa fille avocate après que son vieil ami Billy Rosewood lui a appris que le client qu’elle défend est au cœur d’un complot impliquant de dangereux individus.

Proposer une suite plusieurs années après le chapitre précédent est une question de risques et de bénéfices. Dans le cas de Beverly Hills Cop, le troisième était tellement raté – même selon Eddie Murphy – que produire un quatrième film ne pouvait que redorer le blason de la franchise. Puis la relancer – un cinquième volet est en développement.

Trente ans se sont tout de même écoulés entre les deux films. Heureusement, à 63 ans, Eddie Murphy semble toujours en grande forme. Et puisque son Axel Foley combat le crime avec les muscles de sa mâchoire plus que tout autre, l’âge est moins un facteur. Les artisans d’Axel F. ont d’ailleurs résisté à la tentation de suivre le courant des films policiers débordant d’action. Quelques poursuites bien orchestrées – dont trois dans d’hilarants petits véhicules – et des fusillades juste assez explosives suffisent à ponctuer un récit qui préfère mettre ses personnages en valeur.

Dès la première scène, on comprend qu’Axel ne s’est pas assagi. Il est encore le détective verbomoteur rarement sérieux qui aime mieux agir que réfléchir. Il ne vit toujours que pour son travail, au point d’avoir déménagé sa famille à Beverly Hills pour la protéger. Sa fille (Taylour Paige), avocate dans la trentaine, a coupé les ponts avec lui il y a longtemps. Mais lorsque Billy Rosewood (Judge Reinhold), maintenant détective privé, appelle son vieil ami pour lui dire que Jane – Saunders, elle a renié le nom Foley – est en danger, Axel prend le premier avion pour Los Angeles.

Comme dans le premier film, le policier sympathique mais obstiné mènera sa propre enquête et sera rapidement arrêté. Au poste, il renouera avec son meilleur ennemi John Taggart (John Ashton), maintenant chef de police, et fera la rencontre de Bobby Abbott (Joseph Gordon-Levitt). De la nouvelle génération, le jeune détective lui enseignera avec plus ou moins de succès que certaines façons de faire ne sont plus acceptables.

Surtout, Axel tentera de réparer sa relation avec Jane. C’est probablement la plus grande réussite du premier long métrage de Mark Molloy. Les conversations père-fille sont soigneusement écrites, les réactions réalistes, les émotions justes. Eddie Murphy et Taylour Page livrent des performances d’une impressionnante sincérité pour un film du genre.

Du reste, l’intrigue est bien ficelée, la nostalgie bien dosée et les chansons, rétros et récentes, ensoleillées comme L.A. N’ayez crainte, le compositeur Lorne Balfe reprend de belle façon les mythiques notes d’Alex F de Harold Faltermeyer.

Comédie policière

Beverly Hills Cop – Axel F.

V.F. : Le flic de Beverly Hills – Axel F.

Mark Molloy

Avec Eddie Murphy, Taylour Page, Joseph Gordon-Levitt

1 h 58

Sur Netflix

6,5/10

Et plus si affinités

Petits malaises entre voisins

Ensemble depuis 25 ans, des quinquagénaires reçoivent à dîner un jeune couple ouvert.

Lors du 27e Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, Et plus si affinités, d’Olivier Ducray et Wilfried Méance, a remporté le Prix du public et le Prix spécial du jury. Têtes d’affiche de ce remake, en plus polisson et plus profond, de Sentimental, du cinéaste espagnol Cesc Gay (le mélo Truman), Isabelle Carré et Bernard Campan y ont remporté les Prix de la meilleure interprétation féminine et masculine.

C’est d’ailleurs la perspective de renouer avec l’inoubliable couple de Se souvenir des belles choses (2002), magnifique drame de Zabou Breitman, qui séduit d’abord dans cette comédie qui rafraîchit avec panache le théâtre de boulevard. Certes, Carré et Campan ont repris à l’écran les rôles qu’ils avaient créés au théâtre dans La dégustation (2021), d’Ivan Calbérac, mais le résultat ne satisfaisait qu’à moitié. Dans Et plus si affinités, où les répliques font mouche, leur complicité crève l’écran. Qui plus est, avec Julia Faure et Pablo Pauly, ils forment un redoutable quatuor jouant au diapason.

Espérant passer une soirée tranquille, Xavier (Campan), prof de musique et musicien raté, apprend que Sophie (Carré), agente immobilière à la tête de sa propre agence avec qui il partage sa vie depuis 25 ans, a invité leurs voisins de palier pour dîner. En couple depuis deux ans, Adèle (Faure), psy pour animaux dans la quarantaine, et Alban (Pauly), pilote de ligne dans la trentaine, ont pour particularité de faire beaucoup de bruit durant leurs ébats et de pratiquer l’échangisme.

Pendant que le gigot menace de cramer et que le vieux chien Alto ronfle dans son coin s’engage un combat de coqs entre le ronchon Xavier et l’impétueux Alban. Le vin aidant, Sophie en révèle plus qu’elle ne le devrait sur son couple et Adèle se la joue sexologue. Plus le vernis craque, plus l’atmosphère s’échauffe. La nuit sera longue…

Deux ans après la comédie Jumeaux mais pas trop (2022), où un trentenaire blanc découvre qu’il a un frère jumeau noir, le tandem Ducray-Méance peut se targuer d’avoir signé le chaînon manquant entre Carnage (2011), de Roman Polanski, d’après la pièce de Yasmina Reza, et Le prénom (2012), d’Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte, d’après leur pièce du même titre.

Palpitant huis clos tourné à deux caméras à l’épaule, permettant ainsi des plans séquences fluides où l’on traque les acteurs dans leurs déplacements et retranchements, Et plus si affinités s’avère une surprenante radiographie de deux couples plus complexes qu’ils ne le paraissent et peut-être moins différents l’un de l’autre qu’ils ne le prétendent. Tandis qu’Olivier Ducray et Wilfried Méance entraînent leurs personnages vers une finale douce-amère, s’égrènent doucement quelques notes d’espoir.

Comédie

Et plus si affinités

Olivier Ducray et Wilfried Méance

Avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Julia Faure, Pablo Pauly

1 h 17

En salle

6,5/10

Première affaire

Présomption d’innocence

Une avocate parisienne spécialisée dans la fiscalité se retrouve à défendre un jeune homme accusé de meurtre à Reims.

Habitant chez ses parents, fiers immigrés algériens, fraîchement diplômée en droit, Nora Aït (Noée Abita) est l’incarnation parfaite de la jeune fille sage. Un soir qu’elle s’ennuie en boîte avec ses amis, elle reçoit l’appel de Me de Saint-Brieuc (François Morel), son patron. Elle doit immédiatement se rendre à Reims pour la garde à vue de Jordan Blésy (Alexis Neises), 18 ans, accusé du meurtre d’une amie de sa sœur.

Ayant roulé de Paris toute la nuit, Nora ne fait guère bonne impression auprès de son client, qui réclame une avocate plus âgée – elle n’a que 26 ans –, ni du policier norvégien responsable de l’affaire, Alexis Servan (Anders Danielsen Lie). Enivrée malgré tout par l’expérience, elle convainc Saint-Brieuc de la laisser défendre Jordan qu’elle croit innocent. Dès lors, Nora partage sa vie entre Paris et Reims. Et bientôt, Alexis fera aussi des allers-retours Reims-Paris.

Pour son premier long métrage, Première affaire, Victoria Musiedlak se serait inspirée de la transformation d’une jeune avocate de son entourage. Malgré quelques ellipses abruptes, le portrait qu’elle esquisse de Nora ne manque certainement pas de finesse. Ainsi la voit-on perdre graduellement sa candeur tandis qu’elle découvre les rouages d’un procès criminel, la violence faite aux femmes, le cynisme de ses pairs, les inégalités sociales et le sentiment d’injustice des proches de la victime.

Si elle explore l’aspect professionnel de manière plausible, la cinéaste fait montre de moins de subtilité en dépeignant la sphère intime du personnage. Alors qu’elle développe une complicité avec sa sœur aînée (Sonia Bendhaou), elle s’affranchit avec bruit et fureur de son père bienveillant (Chad Chenouga) et de sa mère exigeante (Saadia Bentaïeb).

Il est aussi regrettable que Victoria Musiedlak greffe au récit une intrigue amoureuse entre l’avocate et l’enquêteur (que 13 ans séparent dans la fiction et 20 ans dans la réalité), laquelle culmine en une réaction peu crédible de Nora. La romance prend tant de place que l’affaire criminelle, bien plus captivante, s’en trouve négligée et fait l’objet d’une conclusion hâtive.

D’une mise en scène totalement au service des acteurs, baignant dans la lumière froide de Martin Rit, qui crée également d’expressifs jeux d’ombre, Première affaire s’avère malgré tout porteur de belles promesses. Au-delà du talent indéniable de Victoria Musiedlak, c’est toutefois celui de la charismatique Noée Abita qui éclipse tout sur son passage. Face au bouleversant Alexis Neises et à l’imposant Anders Danielsen Lie, l’actrice, dotée d’un physique gracile, d’un visage mutin et d’un regard hypnotique, s’impose grâce à son jeu tout en dentelle.

Drame

Première affaire

Victoria Musiedlak

Noée Abita, Anders Danielsen Lie, Alexis Neises

1 h 38

En salle

6/10

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