Festival de jazz numérique

« Faire ce qu’on n’a jamais fait »

Pour la première fois en 40 ans, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) ne réunira pas des milliers de spectateurs au centre-ville de Montréal. Or, l’évènement phare de Montréal aura lieu de façon numérique. Comment faire ce qui n’a jamais été fait ? Notre journaliste a pu visiter l’Astral où seront captées les prestations au programme du 27 au 30 juin.

Rapidement au début du confinement, l’équipe de programmation du Festival international de jazz (FIJM) a fait le deuil de la possibilité de rassembler des foules devant des spectacles et elle a commencé à réfléchir à un plan B.

« La première difficulté était de trouver le budget », indique Laurent Saulnier, vice-président principal, programmation, évènements culturels et festivals de l’Équipe Spectra.

Heureusement, les commanditaires principaux (TD et Rio Tinto) ont embarqué dans le projet de présenter un festival numérique.

Mais il n’y avait aucun précédent. « Comment transformer une salle de spectacle en service essentiel avec un protocole sanitaire ? Cela a été un long travail. L’équipe de production a été extraordinaire », souligne Laurent Saulnier.

Il fallait voir à une foule de détails. « Nous ne pouvions pas faire venir deux pianistes de suite, car désinfecter le piano prend plus de deux heures », illustre le programmateur.

Tous les artistes montréalais que le FIJM a sollicités pour sa présentation numérique ont dit oui. Nommons-en quelques-uns : la pianiste Marianne Trudel, le guitariste Jordan Officer, le trompettiste Jacques Kuba Séguin, ainsi que les chanteuses Dominique Fils-Aimé, Elisapie Isaac, Djely Tapa et Charlotte Cardin.

« Une raison pour laquelle nous voulions présenter quelque chose malgré tout, c’est pour donner de l’argent à des musiciens. La situation est dramatique pour eux. Nous n’en avons choisi qu’une vingtaine, mais c’est au moins ça. »

— Laurent Saulnier, vice-président principal, programmation, évènements culturels et festivals de l’Équipe Spectra

Si l’expérience numérique à l’Astral du FIJM est concluante, peut-être aura-t-elle des suites. « Quand on va savoir que nous sommes capables de le faire, tout sera possible. »

Pourquoi commencer le festival un 27 juin ? Pour souligner la Journée canadienne du multiculturalisme. « Pour nous, c’est super important », dit Laurent Saulnier.

Un printemps difficile

Que ce soit comme spectateur, comme journaliste puis comme programmateur, Laurent Saulnier n’a pas manqué une seule année du Festival de jazz. « C’est le premier été depuis 40 ans que je ne vais pas dans un festival. »

En temps normal, le FIJM fait travailler quelque 1000 personnes. Cet été, à peine quelques dizaines de personnes auront du boulot.

Depuis le 13 mars, « il n’y a aucune entrée d’argent » chez l’Équipe Spectra, qui appartient au Groupe CH, tout comme le promoteur evenko. « La crise est difficile pour tout le monde », dit Laurent Saulnier.

Depuis le début du confinement, il pense souvent aux gens qui carburent à la vie urbaine et nocturne. « Je ne sais pas comment le public vit ça. L’être humain est social. Il a besoin de voir du monde et de sortir. »

Trois mois sans aller au restaurant et sans voir de spectacles ? C’est trop long. Surtout pour Laurent Saulnier.

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