Meurtre d’Alex Lévis Crevier à Laval

« Ça aurait pu être n’importe qui »

L’ambiance était lourde et marquée par l’inquiétude et la tristesse au lendemain du meurtre d’Alex Lévis Crevier, troisième victime innocente d’une série d’homicides

« C’était le locataire parfait. Il faisait comme partie de la famille. » La propriétaire du logement d’Alex Lévis Crevier, abattu pendant qu’il faisait de la planche à roulettes en soirée à Laval-des-Rapides mercredi, se souviendra longtemps du jeune homme et de sa joie de vivre. Mais avec les récents évènements de violence, sa famille et elle songent sérieusement à déménager.

« Je me rappelle encore sa réaction quand il a eu l’appartement ici. C’était comme si je lui avais dit qu’il avait gagné le million. Alex commençait sa vie. Il venait d’avoir un téléphone, une nouvelle job en construction. C’était quelqu’un de tellement gentil, de bien intentionné. C’était le locataire parfait. Il faisait comme partie de la famille », confie Solie Garneau en entrevue.

La mère de famille louait depuis quelques mois déjà un appartement à Alex Lévis Crevier, un jeune de 22 ans qui, en se rendant chez sa sœur qui habite tout près mercredi soir, a été abattu par balle. « Dès ce matin, j’avais comme un mauvais feeling. J’ai failli écrire à sa sœur. Je lui ai demandé par texto s’il était correct. Je n’avais pas de réponse. Je l’ai senti. Il répondait toujours à ses messages », confie Mme Garneau.

Elle dit envoyer beaucoup de force et de soutien aux proches du jeune défunt, « qui n’aurait jamais dû partir si tôt ». « C’était une personne avec un cœur gros de même. Je leur souhaite de l’amour. »

Dans l’appartement, tout est encore en ordre : le casque du jeune homme est posé là, des verres ici, comme s’il y était toujours. « Tout ça fait peur. Ça aurait pu être moi, ça aurait pu être n’importe qui. Mon amie reste à côté, et souvent je me promène le soir avec mon bébé parce qu’il ne peut pas dormir, raconte Mme Garneau. Il y a une école primaire à côté, le quartier est bourré d’enfants. »

«  Je ne me sens même plus en sécurité, je ne veux même plus vivre ici. »

— Solie Garneau, propriétaire du logement qu’habitait Alex Lévis Crevier

Son conjoint, Kevin Thales, ne trouve pas non plus les mots. Mais il espère que les choses changeront, et bientôt. « Ce sont les armes à feu, le problème, point. Ça prend un changement, une réforme, une forme de révolution. On n’a plus besoin d’armes dans nos sociétés, c’est juste inutile. Depuis que je suis petit, ça a toujours été ça, le problème », lance le natif de Montréal-Nord, qui dit avoir été témoin de plusieurs drames humains liés à la violence armée.

Par l’entremise des réseaux sociaux, les proches d’Alex Lévis Crevier ont également exprimé leur tristesse et leur choc, jeudi. « Notre bébé, je t’aime », a écrit son père, sous une photo publiée par sa mère, où proches et amis envoyaient leurs condoléances et leur soutien. « J’ai un deuil à vivre et mes enfants ont besoin de moi », a aussi écrit sa sœur, Roxanne, sur Instagram.

« Trois minutes plus tôt, c’était nous »

Dans le quartier, l’ambiance est lourde. Chaque passant que croise La Presse se fait la même réflexion : ça aurait pu être nous. « On comprend que c’est un cas isolé, mais ce n’est pas rassurant pour autant. Trois minutes plus tôt, c’était nous, on se serait fait descendre », confie Manuela Banfi, qui demeure à Laval-des-Rapides depuis 33 ans.

« En entendant les coups de feu, comme beaucoup de gens, j’ai pensé que c’était le crime organisé ou un règlement de comptes. Quand j’ai vu qu’on parlait de crimes au hasard, j’ai été surpris. C’est dur à prévenir, ce genre de crime. Et c’est totalement gratuit, surtout », lance de son côté Pierre Prud’homme.

Plus loin, à l’angle de la 1re Rue et du boulevard Clermont, là où le pire s’est produit pour le jeune homme, Michel a sorti son balai et du produit nettoyant. Il nettoie les traces de sang qui restent sur le trottoir. « Ça fait 15 ans que j’habite ici. C’est un quartier tranquille. On ne pense jamais à ça », lance-t-il. « Au début, on pensait que c’était des bruits de rénovation. Je suis même sorti sur la terrasse, innocemment, avant de comprendre », se remémore-t-il, le visage défait.

« Honnêtement, c’est vraiment nouveau dans ce quartier. On n’est vraiment pas habitués à ça. Il sortait juste pour faire du skateboard, c’est fou. Et c’est vraiment triste. Surtout, on sent que c’est juste le début. C’est ça qui nous effraie un peu », ajoute un autre jeune croisé dans la rue. Avec des amis, il compte offrir tout le soutien qu’il pourra aux proches d’Alex Lévis Crevier.

Ce dernier était la troisième victime de la série d’homicides survenue depuis mardi. Il se déplaçait en planche à roulettes lorsque le crime a été commis, en début de soirée, mercredi. Selon toute vraisemblance, comme les deux autres victimes d’ailleurs, il aurait été visé de manière totalement aléatoire.

Deux victimes mardi soir

André Fernand Lemieux

La première victime à avoir été tuée par balles mardi soir était André Fernand Lemieux, le père du boxeur québécois David Lemieux. La mort soudaine de l’homme de 64 ans a provoqué une onde de choc dans le monde de la boxe. Dans une publication Instagram, David Lemieux n’a pas eu besoin de beaucoup de mots pour exprimer sa tristesse : « R.I.P. dad », a-t-il écrit. Le message était accompagné d’une photo de son père tenant son fils, Xander, que Lemieux et sa compagne, la plongeuse Jennifer Abel, ont accueilli au printemps.

— La Presse

Mohamed Salah Belhaj

La deuxième victime, Mohamed Salah Belhaj, était agent d’intervention de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost. L’homme de 48 ans a succombé à ses blessures après avoir été atteint par balle mardi soir. « C’était un collègue formidable et travaillant », dit Nadine Giasson, qui travaillait avec M. Salah Belhaj depuis des années. « C’est une perte immense pour moi et mes collègues. […] Je l’appréciais beaucoup. » Nombre de ses collègues avaient changé leur photo de profil sur Facebook jeudi pour une bannière où l’on peut lire « Pavillon Albert-Prévost (HSCM) Sans Mo », en référence au diminutif de la victime. Dans les commentaires, M. Salah Belhaj est décrit comme un homme gentil, agréable et drôle, un collègue attentionné et travaillant. M. Salah Belhaj laisse dans le deuil sa femme et deux enfants de 6 ans et 4 ans. — Frédérik-Xavier Duhamel, La Presse

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