Incendies de forêt en Colombie-Britannique

L’inquiétude monte d’un cran

Aucune accalmie ne se dessine à l’horizon en Colombie-Britannique, où l’état d’urgence a été décrété, mardi, devant l’intensité des incendies de forêt. Plus de 32 000 personnes se tiennent prêtes à évacuer leur résidence, dont les habitants de Sun Peaks, village au nord-est de Kamloops. La Presse s’y est rendue.

Sun Peaks — Nancy Greene fait « pleinement confiance » aux pompiers qui combattent l’incendie du mont Embleton, à sept kilomètres de chez elle.

Mais l’optimisme a ses limites : l’ex-championne olympique a déjà placé ses médailles dans sa voiture, au cas où il faudrait partir en vitesse.

Car Sun Peaks est sous le coup d’une « alerte d’évacuation », ce qui signifie que ses habitants pourraient à tout moment recevoir un « ordre d’évacuation », comme ç’a été le cas pour ceux du village voisin de Whitecroft, plus près de l’incendie.

C’est l’inquiétude qui la taraude, davantage que la peur, explique la femme aujourd’hui âgée de 78 ans, dont la fougue sur les pentes lui a valu le surnom de Tiger (tigre en français).

« Je sais qu’on aura assez de temps pour partir si nécessaire », dit-elle, s’exprimant en français.

Mais « ce serait une tragédie » si l’incendie s’approchait du village qu’elle a contribué à bâtir avec son mari, Al Raine, qui en est d’ailleurs le maire.

« Même s’ils sauvent le village, mais que les forêts sont brûlées, qui va venir en vacances ? »

— Nancy Greene, ex-olympienne et résidante de Sun Peaks

Car Sun Peaks est d’abord et avant tout un lieu de villégiature.

« Le tourisme, c’est 90 % de l’économie » du village de 1100 habitants, indique Al Raine, s’exprimant lui aussi en français.

L’hiver, c’est le ski ; l’été, c’est le vélo de montagne et le golf.

« Ici, d’habitude, c’est plein de monde », lance-t-il en montrant la rue enfumée, mais quasi déserte, où boutiques et restaurants se voisinent.

Des touristes aux pompiers

Déserté par les touristes, Sun Peaks vit ces jours-ci au rythme des pompiers forestiers, qui sont logés et nourris dans les établissements du village.

Une soixantaine de combattants du feu sont mobilisés contre l’incendie du mont Embleton, qui s’est déclenché le 9 juillet, toujours hors de contrôle et qui couvre une superficie de 920 hectares (9,2 km2).

« C’est de la grosse intensité », lance Jules G. Gallant, pompier forestier de Baie-Comeau croisé à la sortie d’un café, où il était venu se sustenter avant de rentrer au Québec.

L’équipe dont il fait partie, dépêchée en renfort par la Société de protection des forêts contre le feu, venait de terminer sa mission.

« C’est rare qu’on fasse une run de feu où on dort à l’hôtel ; d’habitude, on dort dans des camps. On a été vraiment choyés. »

— Jules G. Gallant, pompier forestier québécois

Cette présence est d’ailleurs rassurante, aux yeux du maire de Sun Peaks.

« Tant qu’il y a les pompiers, on est entre bonnes mains ! »

Deuxième coup dur

L’incendie qui paralyse Sun Peaks depuis une douzaine de jours est un autre coup dur après la pandémie de COVID-19, qui avait, elle aussi, touché les commerçants.

« C’est assurément difficile », affirme Marty Ciesiolka, qui possède deux restaurants dans le village.

L’un d’eux a pu continuer de fonctionner notamment parce qu’il fournissait les lunchs pour les pompiers québécois dépêchés sur place.

« Juillet et août, ce sont habituellement les mois les plus importants pour les affaires », explique-t-il, ajoutant cependant que la situation est pire pour les habitants du village évacué de Whitecroft.

« Moi, c’est mon entreprise qui est à risque, mais eux [à Whitecroft], c’est leur maison, c’est leur vie. »

— Marty Ciesiolka, restaurateur à Sun Peaks

D’ailleurs, l’évacuation de Whitecroft, dont la plupart des habitants travaillent à Sun Peaks, lui a fait perdre trois employés, dit-il.

Pas d’accalmie à l’horizon

Même si les habitants de Sun Peaks affichent une certaine confiance, ils savent qu’ils n’en ont pas fini avec les incendies de forêt, qui sévissent plus tôt, cette année.

La dernière fois qu’un incendie a menacé Sun Peaks, c’était en 2003, avant même la création officielle de la municipalité, se souviennent Nancy Greene et son mari.

« On était restés avec les pompiers et un chef cuisinier pendant 10 jours », alors que la poignée de résidants de l’époque avaient été évacués, raconte Al Raine.

« Mais en 2003, les feux avaient commencé au début d’août et ça avait duré jusqu’à la mi-septembre, ajoute Nancy Greene. Là, ça a commencé au début de juillet. »

L’absence de nuages à l’horizon n’augure d’ailleurs rien de bon.

« Il faut qu’il pleuve, et qu’il pleuve sans éclairs, mais il n’y a pas de pluie prévue », dit Nancy Greene.

« Il faut au moins trois jours de pluie », renchérit son mari.

L’ex-olympienne sous-entend, sourire en coin, qu’il faudrait peut-être une intervention divine.

« Ici, à la montagne, on skie le dimanche, mais je demanderais à mes amis qui, eux, vont à l’église, de penser à nous. »

Les avantages de l’état d’urgence

La Colombie-Britannique a déclaré l’état d’urgence, mardi, face à l’évolution des incendies de forêt qui ravagent la province. « Nous ferons face à des conditions climatiques très difficiles dans les prochains jours », a prévenu le ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, Mike Farnworth, dans un communiqué. L’état d’urgence donne davantage de moyens aux autorités locales, provinciales et fédérales pour faire face aux brasiers qui font rage dans la province, explique le gouvernement, évoquant la possibilité d’« évacuations massives ». Près de 300 incendies de forêt font rage dans la province, dont 22 se sont déclenchés dans les deux derniers jours. Plus de 5700 personnes sont sous le coup d’un ordre d’évacuation et 32 000 autres ont été avisées de se tenir prêtes à une évacuation. En tout, 3180 pompiers et autres effectifs sont mobilisés pour combattre les flammes, dont 135 provenant de l’extérieur de la Colombie-Britannique.

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