Mini-budget

Les caisses tintent à Québec

Recettes en hausse, allègements financiers et nouvelle société d'État au menu

Québec — Au moins deux milliards de dollars de plus que prévu en recettes fiscales regarnissent les coffres de l’État, fruits d’une croissance économique qui, selon les prévisions révisées de Québec, doit franchir le cap des 6 %. Comme une marge de manœuvre est apparue, le mini-budget du gouvernement Legault offrira des allégements financiers à des parents et à des bas salariés, tout en concrétisant une « nouvelle vision économique » avec la création d’une société d’État consacrée au développement de l’hydrogène vert.

Le déficit anticipé pour l’année en cours, qui avait été fixé à 12,3 milliards en mars, sera révisé à la baisse. Québec garde le cap sur un retour à l’équilibre budgétaire en 2027-2028.

Le ministre des Finances, Eric Girard, dévoilera ce jeudi la traditionnelle mise à jour économique et financière du gouvernement, un exercice que le premier ministre François Legault présente cette année comme un « mini-budget ».

Il faut dire que les paramètres ont bien changé depuis le dépôt du budget en mars. D’abord, le déficit prévu pour l’an dernier, se terminant le 31 mars, s’est avéré beaucoup moins élevé que prévu, passant de 15 à 10 milliards de dollars.

Ensuite, tous les indicateurs pour l’année en cours sont au vert depuis le printemps, plus encore que ce qui avait été anticipé.

Selon le plus récent rapport mensuel des opérations financières du ministère des Finances, le déficit après trois mois d’exercice, d’avril à juin, s’élevait à 359 millions seulement. En entrevue avec La Presse, Eric Girard disait récemment que le déficit serait inférieur aux 12,3 milliards prévus. Il en sera de même, toujours selon ses dires, pour le « déficit structurel », celui qui restera après la crise sanitaire, qui avait été fixé à 6,5 milliards par an. Rappelons que plus le déficit structurel est léger, plus les efforts en vue de retrouver l’équilibre budgétaire sont aisés.

Dans son budget de mars, Eric Girard a prévu une hausse du produit intérieur brut (PIB) réel de 4,2 % pour 2021. Or, la croissance économique est supérieure aux prévisions. On sera au-delà de 6 % dans le mini-budget. Un point de pourcentage supplémentaire par rapport au pourcentage inscrit au budget représente environ 1 milliard de dollars de plus en recettes fiscales pour le gouvernement.

Québec s’aligne toujours sur les prévisions moyennes du secteur privé. Et les prévisionnistes anticipent maintenant une croissance supérieure à 6 %. La Banque Nationale prévoit une hausse du PIB réel de 6,5 % pour cette année ; la Banque Scotia, 6,8 % ; Desjardins, 7 %.

Le gouvernement a tout de même déjà augmenté ses dépenses récemment, ajoutant à cette colonne 1 milliard de dollars avec son plan pour le retour d’infirmières dans le réseau public. Mais au net, le solde budgétaire est meilleur que prévu.

Frais de garde, crédit pour solidarité et travailleurs

Dans son mini-budget, Eric Girard confirmera une bonification du crédit d’impôt pour frais de garde, ce qui allégera la facture des milliers de parents dont les enfants fréquentent une garderie privée non subventionnée. L’objectif est que le coût s’approche du tarif de 8,50 $ par jour en vigueur dans les centres de la petite enfance (CPE) et les autres services de garde subventionnés.

Il y aura également un coup de pouce aux Québécois frappés par la hausse du coût de la vie. Le gouvernement veut aider les Québécois à faibles revenus, ce qui pourrait passer par une bonification du crédit d’impôt pour solidarité.

Québec annoncera de nouvelles mesures conçues pour inciter les 60 à 69 ans à rester sur le marché du travail ou à y retourner.

Il entend mettre en place des mesures incitatives pour recruter davantage d’enseignants qualifiés, ce qui pourrait prendre la forme d’un allégement des droits de scolarité pour ceux qui font une maîtrise qualifiante.

L’hydrogène vert dans la ligne de mire

Le mini-budget sera également l’occasion de concrétiser la « nouvelle vision économique » du gouvernement que François Legault a présentée à Shawinigan le 12 novembre, la veille du conseil général de son parti.

Le gouvernement veut en outre développer de nouvelles énergies propres et dévoilera bientôt une stratégie de l’hydrogène vert et des bioénergies. Eric Girard réserve des moyens financiers pour cette stratégie et doit confirmer la création d’une nouvelle société chargée de développer cette filière, la Société québécoise de l’hydrogène vert. Il y a bien des débats pour déterminer qui du ministère de l’Économie ou de celui des Ressources naturelles en aura la responsabilité ; le premier était en voie d’obtenir gain de cause. En coulisses, on a également évoqué une forme de garde partagée, un modèle qui serait plutôt inusité.

L’hydrogène est en développement à travers le monde. En ce moment, il est produit à 98 % à partir d’énergies fossiles – ce qu’on appelle de l’hydrogène gris. L’hydrogène vert est fait à partir de l’électrolyse de l’eau ou de la biomasse. Son intérêt est grandissant en raison des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avec la création d’une société d’État, Québec veut accélérer le développement de la filière.

Le spectre d’une hausse des taux d’intérêt

Ce ne serait pas le seul volet économique du mini-budget. Québec doit également répondre à la pénurie de main-d’œuvre. Il veut ajouter 100 000 travailleurs qualifiés dans des secteurs névralgiques au cours des prochaines années : la construction, les technologies de l’information et le génie.

Eric Girard se gardera de pécher par excès de confiance. Car il y a un nuage à l’horizon : la possibilité d’une hausse des taux d’intérêt.

La Banque du Canada, qui vient de maintenir son taux directeur à 0,25 %, prévoit une remontée entre le printemps et le début de l’automne 2022 en raison de la vigueur de la reprise et de la hausse de l’inflation.

Cela ferait gonfler le service de la dette du Québec, qui, à 9 milliards de dollars par année, est le troisième poste budgétaire du gouvernement. Un point de pourcentage supplémentaire des taux d’intérêt représenterait une facture de 2 milliards.

— Avec Denis Lessard, La Presse

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