Déploiement des tests rapides

« Un beau bordel » dans les écoles

Québec — Les directions d’école ont l’impression de gérer « un beau bordel » avec le déploiement de tests rapides de dépistage de la COVID-19 dans quatre quartiers chauds du Grand Montréal. Une situation « chaotique » avec une quatrième vague qui touche particulièrement le réseau scolaire. Les partis de l’opposition accusent le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’être « systématiquement un coup en retard ».

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), Kathleen Legault, décrit le déploiement des tests rapides dans des écoles de Montréal-Nord, Saint-Michel et Parc-Extension, à Montréal, ainsi qu’à Chomedey, à Laval, comme étant « profondément choquant ». Et pourtant, son association est favorable à cet « outil supplémentaire qui va nous permettre de garder les élèves à l’école ».

« Nous n’avons pas eu le temps de former le personnel », déplore-t-elle. La formation vidéo destinée au personnel scolaire « volontaire » qui fait passer les tests a été envoyée tardivement, la semaine dernière.

« Dans un contexte de pénurie [d’enseignants], où nos équipes sont déjà sous pression, on n’a pas toujours le personnel supplémentaire disponible pour faire [passer] ces tests. »

— Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

Aucun incitatif financier ou personnel supplémentaire en soutien n’est prévu pour les écoles.

Un test rapide qui prend du temps

Si on parle d’un test « rapide », l’effectuer prend tout de même un certain temps. Selon le protocole qui a été soumis aux directions d’école, on fait passer un test de dépistage aux enfants qui présentent des symptômes en cours de journée. L’enchaînement des étapes pour le faire prend jusqu’à 40 minutes.

Les écoles n’ont toujours pas reçu de formulaires pour communiquer avec les parents dans une autre langue que le français et l’anglais, dans le cas d’un résultat positif, ou simplement pour prévenir une famille que son enfant a subi un test de dépistage de la COVID-19. Dans certains quartiers de Montréal, « c’est un enjeu », explique Mme Legault.

« C’est un obstacle au fait que les parents puissent consentir de façon éclairée. Certains parents ne parlent pas la langue et font confiance à l’école. Ils signent tous les documents qu’on leur envoie sans les comprendre », poursuit-elle.

Québec espère que les tests rapides distribués dans les écoles des quartiers où le taux de contamination à la COVID-19 est élevé et où la couverture vaccinale est plus basse permettront de déceler les élèves symptomatiques et de prévenir des éclosions.

Une école sur cinq touchée

À l’heure actuelle, la quatrième vague d’infections à la COVID-19 touche particulièrement le réseau scolaire. Plus d’une école sur cinq compte au moins un cas actif.

En date du 10 septembre, le ministère de l’Éducation rapportait que 657 des quelque 3000 écoles de la province étaient touchées, soit 66 de plus que la semaine précédente.

Dans ce contexte, les partis de l’opposition accusent le ministre Jean-François Roberge d’agir dans une « improvisation chronique » dans le déploiement des tests rapides dans les écoles. Le « bordel » décrit par l’AMDES « était écrit dans le ciel », tonne la critique libérale en matière d’Éducation, Marwah Rizqy. Elle souhaite que les parents reçoivent des tests rapides à la maison et qu’on leur explique comment les utiliser, afin de réduire la pression dans les écoles.

« Il y a des limites à attendre de vivre le problème pour chercher une solution. Le rôle d’un ministre, c’est d’anticiper, et Jean-François Roberge est systématiquement un coup en retard », affirme Christine Labrie, de Québec solidaire.

« Encore une fois, c’est un exemple patent de l’improvisation chronique au ministère de l’Éducation. On aurait pu former et rémunérer les membres du personnel qui ont des horaires coupés, par exemple dans les services de garde. On aurait aussi pu demander de l’aide à ceux qui ont donné leur nom sur la plateforme “Répondez présent”, le “Je contribue” du réseau de l’éducation. Il s’agit de solutions simples, mais efficaces », déclare à son tour la députée péquiste Véronique Hivon.

Non admissibles à la vaccination, les moins de 10 ans enregistrent une forte hausse des cas depuis quelques semaines, soit 25 % depuis une semaine. C’est nettement plus qu’à pareille date l’an dernier, où l’on recensait en moyenne 13 cas par jour. Toutefois, peu de ces cas dégénèrent en hospitalisations et aucun n’a entraîné la mort du patient.

La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE) demande au gouvernement Legault de former dès maintenant du personnel dans toutes les écoles du Québec pour administrer des tests rapides avant que la situation s’aggrave dans de nouvelles régions.

Tendance à la hausse

En mêlée de presse lundi, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé que « la Santé publique nous recommande d’utiliser [les tests rapides] en complément aux tests PCR », analysés en laboratoire.

« Si votre enfant ne se sent pas bien le matin, il faut le garder à la maison. Il faut aller faire un test régulier. Ce n’est pas une bonne idée d’envoyer votre enfant à l’école, même dans ces quatre quartiers [où des tests rapides sont déployés], en disant que l’école fera les tests », a affirmé M. Roberge.

Globalement, le Québec continue à observer une augmentation des cas de COVID-19. La province a rapporté depuis une semaine 5053 nouveaux cas, en hausse de 14 % par rapport à la précédente. Le rythme des hospitalisations a aussi augmenté. Au cours de la dernière semaine, 24 personnes devaient être hospitalisées chaque jour, contre 20 la précédente. Ainsi, on dénombre actuellement 227 personnes hospitalisées, soit 67 de plus que la semaine dernière. Du nombre, 75 se trouvent aux soins intensifs, soit 11 de plus que semaine dernière.

La majorité des nouveaux cas et des hospitalisations surviennent chez les non-vaccinés. On recense en moyenne 517 nouveaux cas par jour chez ceux n’ayant pas encore été vaccinés, contre 158 chez les pleinement vaccinés. En tenant compte de leur poids dans la population, les non-vaccinés affichent un taux de 250 nouveaux cas par million d’habitants par jour, contre 26 pour les doubles vaccinés.

Malgré la forte hausse des cas, les décès demeurent peu nombreux pour le moment. Le Québec a rapporté 11 décès depuis une semaine, dont un lundi, en légère hausse par rapport à la précédente.

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