Célébrités

Gina Lollobrigida, la belle Romaine

Oui, Gina était belle. Très belle. Pour la peine, elle sera condamnée à apparaître sur grand écran en décolleté ou en nuisette.

Un jour de septembre 1954, alors que Marilyn Monroe tourne Sept ans de réflexion à New York, l’agent de la star organise un rendez-vous avec Gina Lollobrigida, dont il s’occupe aussi aux États-Unis. Contre toute attente, la blonde est beaucoup plus intimidée que la brune. « Sais-tu qu’ici ils m’appellent la Lollobrigida d’Amérique ? » confie l’Américaine à son homologue italienne.

De fait, « Lollo », comme on la surnommait, était alors une superstar qui faisait rêver la terre entière. Les plus jeunes ne s’en rendent pas compte, mais les quinquas et plus le savent : avec la disparition de la comédienne, survenue le 16 janvier à l’âge de 95 ans, ce n’est pas un fantasme ni un modèle qui disparaît mais une époque. La seule évocation de son nom invite à la nostalgie d’un cinéma populaire et élégant, glamour et intelligent, comme l’est ce Notre-Dame de Paris dans lequel elle incarne une inoubliable Esméralda.

Physique avantageux

Dans Pain, amour et fantaisie, elle est une paysanne tout feu tout flamme. Fille de maréchal des logis chargée de recruter des soldats (dont Gérard Philipe), avec Fanfan la tulipe elle électrise le Festival de Cannes en 1952. C’est à partir de ce moment précis que sa carrière décolle, et tant pis si les avis laudateurs restent au ras des pâquerettes. Même un grand monsieur comme Vittorio De Sica (le réalisateur du Voleur de bicyclette, tout de même !) cédera au commentaire déplacé : « Si les infirmes sont physiquement diminués, Gina, elle, est physiquement majorée. »

Parce que oui, Gina Lollobrigida était belle. Très belle. On peut passer à autre chose ? Apparemment, non.

Quels que soient le rôle, l’interprétation, l’actualité, l’antienne revient à chaque interview et à chaque portrait : celle qui fut dauphine au concours Miss Rome 1947 a une plastique impeccable. Pour la peine, elle sera condamnée à apparaître sur grand écran en décolleté ou en nuisette.

« Je crois que je suis assez sexy habillée, je n’ai pas besoin de me déshabiller », lâche-t-elle enfin un jour. Et elle arrête tout, change de vie, revient à ses premières amours nées lorsqu’elle était aux Beaux-Arts. Du dessin, qu’elle pratiquait avec assez de brio pour vendre ses esquisses aux GI américains après-guerre, elle passe à la photographie et à la sculpture.

Pour qu’elle revienne à l’écran et sorte de sa réserve romaine où des œuvres monumentales partagent l’espace avec des oiseaux de taille (paons, cigognes...), il faut au minimum un Luigi Comencini (pour être la fée bleue des Aventures de Pinocchio) ou une Agnès Varda (pour être l’épouse de Jean-Paul Belmondo dans Les cent et une nuits de Simon Cinéma). Et, plus tard, sans doute de gros besoins financiers, car il est peu probable qu’elle ait accepté un rôle récurrent dans le feuilleton Falcon Crest pour le seul plaisir de jouer.

De mauvais coups

Pourtant, de l’argent, Gina Lollobrigida en avait. Du discernement, moins. Notamment avec les hommes. Sa jeunesse aurait pu laisser augurer le contraire : à 16 ans, lassée des gifles d’un père menuisier, elle avait claqué la porte du foyer familial. Mais à 21 ans, tout se gâte. Elle tombe amoureuse d’un médecin yougoslave, Milko Skofic, qui abandonne le serment d’Hippocrate pour devenir son manager. Leur mariage tiendra 22 années, au cours desquelles Gina en verra de toutes les couleurs. Le père de son fils, baptisé Milko Jr., lui parle mal, la tient en laisse. Pas assez, cela dit, car Gina Lollobrigida part à Hollywood, où l’herbe machiste n’est pas plus verte. Elle croise la route du milliardaire Howard Hughes, qui la séquestre des semaines dans une chambre d’hôtel ! Quand elle réussit à s’enfuir, elle rentre sagement au bercail.

Son fils envoyé au pensionnat pour, selon lui, privilégier sa carrière ne lui parlera pas pendant 20 ans, avant de lui annoncer qu’elle est grand-mère d’un petit Dimitri. Tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’en 2006 l’ex-star des fifties convole avec un jeune entrepreneur immobilier qui lui fait signer n’importe quoi pour accaparer sa fortune. L’affaire se termine au tribunal. Et recommence en 2009 avec Andrea Piazzolla, 32 ans, soi-disant jardinier. Désormais octogénaire, Gina est prête à lui donner tout son amour... et plusieurs millions d’euros.

Son fils et son petit-fils interviennent et portent plainte pour abus de faiblesse. Il faudra attendre 2018 pour que la Cour de cassation impose un tuteur à celle qui déclarait en 2007 : « Le bon Dieu m’a tellement donné d’un côté qu’Il ne pouvait pas, en plus, me donner l’amour. » À présent, il ne serait pas illégitime qu’elle Lui demande enfin des comptes.

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