Jardinage

Sortir les comestibles du potager

L’idée d’utiliser les plantes nourricières pour leur valeur ornementale fait son chemin depuis quelques années. L’aménagement comestible (ou foodscaping) s’invite dans les plates-bandes, en façade d’immeubles, dans les rues ou ruelles. Place aux aménagements gourmands !

Pourquoi planter des légumes à l’extérieur du potager ?

Quand on dispose d’un espace favorable au jardin, réunir les plantes comestibles au même endroit et à portée de main est certes facilitant pour la récolte et l’entretien. Toutefois, dans la mesure où elle obtient les conditions propices à son développement, une plante potagère poussera n’importe où, dans une plate-bande classique comme une saillie de trottoir.

Mais les plantes potagères sont peu esthétiques !

Il est vrai que certaines ont moins bonne mine après la récolte, mais plusieurs conservent un feuillage attrayant tout au long de la saison. Prenez le kale, le chou rouge, la bette à carde, l’épinard aztèque, la ciboulette et d’autres fines herbes.

Oui, mais on aime les fleurs…

Nous aussi ! Plusieurs sont une plus-value dans l’assiette : les bégonias, capucines, marguerites, hémérocalles, tagètes et agastache, pour ne nommer que celles-ci. Mais beaucoup de plantes potagères, notamment les haricots et les courges, ont une jolie efflorescence à laquelle succèdent leurs fruits. Quant au brocoli mauve, au chou rouge et au chou-fleur orange, ils éclipsent facilement bien des fleurs avec leurs fruits généreux et colorés.

Et la propreté ?

Rien dont un bon trempage dans une eau vinaigrée ne puisse venir à bout ! Si la terre est de mauvaise qualité, on pourra toujours hausser le niveau du sol en ajoutant une couche de terreau sain ou placer les végétaux dans des bacs surélevés.

L’idée d’intégrer légumes, fines herbes, fleurs comestibles, arbres et arbustes fruitiers là où l’espace le permet – au fond d’une ruelle ou en façade des maisons – n’est plus une idée saugrenue. Dans l’absence de terrain à investir, il y a toujours moyen de trouver une petite parcelle de terre à transformer en espace nourricier, démontre l’horticulteur et biologiste Albert Mondor dans Les plates-bandes gourmandes, dans lequel il propose des aménagements 100 % comestibles, à la fois esthétiques et gourmands.

Habiller un aménagement existant

Les faire pousser en contenant est une manière facile de les incorporer à un aménagement classique sans avoir à déménager ce qui est en place, souligne Albert Mondor. Les légumes feuilles et fines herbes se prêtent particulièrement bien à la culture en pots. On peut encore remplacer les fleurs annuelles par des végétaux « productifs », annuels ou vivaces, et planter des arbustes fruitiers de petites dimensions comme les camérisiers, bleuetiers, cassis ou gadeliers. La plupart des arbres et grands arbustes fruitiers se prêtent à une culture en façade de maison. Le pommier et le prunier exigeront toutefois plus de soins. Pour éviter la désillusion qui accompagne leur entretien, misez plutôt sur des fruitiers rustiques.

Verdir la ruelle

Végétaliser en arrière-cour est une façon, pour ceux qui n’ont pas accès à un bout de jardin, de se plonger les mains dans la terre. En faire un espace nourricier, un geste convivial et rassembleur autour de deux sujets porteurs : la bouffe et le jardinage.

Un plant de tomates s’adaptera à la ruelle avec suffisamment de soleil et une bonne terre. Dans ce contexte, il est cependant plus facile d’opter pour des végétaux qui exigent moins d’entretien et qui résistent à la pollution, souligne Marie-Andrée Asselin, des Urbainculteurs. La ruelle offre entre autres des conditions parfaites pour faire pousser des spécimens trop envahissants dans une petite cour, comme la menthe, le framboisier et l’hémérocalle. « Si on veut verdir un espace à peu de frais, ce sont de bonnes options, relève l’horticultrice qui déterre les rejets de ses framboisiers pour les planter plus loin. Les hémérocalles se divisent à l’infini. Petit à petit, je verdis ma ruelle ! »

Des écrans et couvertures mangeables

Pour cacher un mur moins esthétique, pour fabriquer un écran d’intimité, pour envelopper une tonnelle ou jardiner à la verticale, le choix ne manque pas chez les grimpants comestibles. Les haricots et le concombre libanais permettent notamment de se faire un refuge à l’abri des regards, tout comme la vigne à raisins, le houblon et le kiwi arctique.

Chez les vivaces, le kiwi arctique et la vigne à raisin grimpent jusqu’à cinq mètres. Le premier, en plus de son feuillage décoratif vert panaché de blanc et de rose, produit des petits fruits dont on ne fera qu’une bouchée, indique Marie-Andrée Asselin. Tous deux mettront quelques années à produire leurs fruits. Pour un résultat plus rapide et une aventure gustative, optez pour le houblon, qui peut atteindre six mètres en une année et produit des inflorescences odorantes.

À l’assaut des rues

La majorité des plantes potagères auront de la difficulté à pousser dans les carrés verts qui ceinturent les arbres en ville. L’ombre et le système racinaire sous un arbre mature sont des obstacles de taille. Oubliez l’idée d’y faire pousser des carottes et d’autres légumes racines ou des plantes gourmandes en eau et en lumière.

En ajoutant du compost et un peu de terre au besoin, on peut toutefois y faire pousser des couvre-sols gourmands comme l’asaret du Canada, le gaillet odorant et le géranium à gros rhizome, suggère Albert Mondor. Sous un jeune arbre s’ajoutent d’autres d’options comme la menthe, le persil, la mélisse, le fraisier alpin, la bette à carde et l’épinard.

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