Le ras-le-bol et les boucs émissaires

La Coalition avenir Québec (CAQ), toujours sensible à l’humeur de la majorité, a bien senti que la marmite commençait à déborder. Avec le départ d’Horacio Arruda, le premier ministre François Legault a trouvé une façon de faire baisser la température.

Mais le gouvernement doit ancrer ses décisions dans une logique de santé publique, et non pas céder au ras-le-bol populaire, même quand la population est à cran, comme en ce moment.

À cet égard, la contribution santé pour les non-vaccinés, annoncée mardi par le gouvernement, est une arme à manipuler avec doigté. Il est vrai qu’en refusant le vaccin, ceux-ci multiplient les risques d’être hospitalisés, ce qui met en péril le système de santé.

On comprend donc très bien le désarroi des patients atteints du cancer qui voient leur traitement reporté. On imagine la souffrance des patients qui attendent depuis des mois une opération… ou qui sont forcés de payer des milliers de dollars pour se faire opérer au privé.

Dans ce contexte exceptionnel, demander aux non-vaccinés de payer un tribut raisonnable peut s’expliquer. C’est une question d’équité. Tout le monde doit faire son effort de guerre.

Mais il ne faut pas que cela se fasse sur le dos des plus démunis. Itinérants, personnes avec des problèmes de santé mentale, personnes seules et isolées… au-delà du cliché du militant antivax, c’est aussi ça, le portrait des non-vaccinés. Leur coller une pénalité qu’ils n’ont pas les moyens de payer n’arrangera pas les choses.

Il ne faut pas qu’ils deviennent les boucs émissaires du ras-le-bol collectif.

Oui, tout le monde en a marre. Ceux qui pensaient que le pire de la crise était derrière, il y a quelques mois, ont déchanté d’un coup sec, démontre un sondage Léger, publié mardi. La satisfaction des Québécois face aux mesures sanitaires a aussi fondu de cinq points, depuis un mois, même si elle demeure à 65 %, un niveau qui ferait baver d’envie le premier ministre de l’Alberta.

Bien sûr, les tergiversations de la CAQ entourant les mesures sanitaires durant le temps des Fêtes ont certainement créé des déceptions et de l’incompréhension chez les Québécois qui contribuent au ras-le-bol.

Pensez au fiasco sur les tests rapides, au changement de cap à propos des services de garde ou encore aux changements entourant les festivités de Noël.

Au lieu de partys de 20-25 personnes, ce sont finalement des rassemblements à 10 qui ont été permis… avant qu’on ferme complètement le robinet et qu’on impose un couvre-feu dont l’utilité est difficile à prouver scientifiquement. Cette mesure a peut-être le mérite d’envoyer un signal fort aux jeunes sur la gravité de la situation, mais on s’explique mal pourquoi elle serait nécessaire chez nous et nulle part ailleurs.

On peine aussi à comprendre le véritable objectif de la fermeture des commerces le dimanche. S’agit-il de donner un répit aux commerçants aux prises avec la pénurie de main-d’œuvre ? Ou est-ce vraiment une mesure sanitaire ? Pourtant, si on souhaite réduire les contacts, ce n’est pas en forçant les gens à faire leurs emplettes tous en même temps le samedi qu’on atteindra ce but.

La population a besoin de meilleures explications, de plus de clarté.

Avec le départ d’Horacio Arruda, le gouvernement se donne une occasion de repartir sur de nouvelles bases, au moment où la population commence à être moins « docile » et plus critique de sa gestion de la pandémie.

Après 22 mois dans cette marmite, il est plus difficile pour le gouvernement de dire qu’il n’avait pas vu venir la COVID-19, comme lors de la première vague. Et après plus de trois ans au pouvoir, il est plus gênant de mettre le blâme sur le dos du gouvernement précédent.

Quoi qu’il en soit, la CAQ doit prendre garde de ne pas céder à la grogne populaire qui bouillonne. Ce n’est pas en tuant le messager ou en trouvant des boucs émissaires qu’on réglera les problèmes.

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