À propos de Cathleen

À propos d’Antoine marque un moment charnière pour Cathleen Rouleau : une première série comme auteure et surtout, un premier rôle principal comme actrice. On pourrait croire qu’après avoir mené un projet à bout de bras pour sortir d’une période difficile, l’humoriste voudrait profiter des projecteurs pour faire mousser sa carrière, mais non. Après 10 minutes de conversation, elle lance même une phrase qu’on entend rarement en entrevue : « Je n’ai pas envie de parler de moi. »

Cathleen Rouleau n’a pas envie de s’épancher parce qu’elle souhaite promouvoir le « message d’ouverture » d’À propos d’Antoine, une comédie dramatique semi-autobiographique qui relate le quotidien de Julie, une actrice qui tombe amoureuse de Marc (Claude Legault), un producteur de spectacles qui élève son fils lourdement handicapé. L’offrande du Club illico est directement inspirée du parcours de Cathleen Rouleau, qui forme un couple avec l’homme d’affaires Sylvain Parent-Bédard, président-fondateur de l’Agence ComediHa! et père d’Antoine, un adolescent polyhandicapé, autiste, déficient intellectuel, non verbal et épileptique.

La série de 10 épisodes montre comment la jeune femme gère son nouveau quotidien chaotique, presque entièrement articulé autour d’Antoine (qui joue son propre rôle à l’écran), et comment elle trouve sa place au sein d’une belle-famille tissée serré composée d’un fils cadet hyper curieux (Édouard-B. Larocque), d’une grand-mère TDAH de type verbomoteur (Micheline Bernard), de deux oncles aux antipodes (Sylvain Marcel et Hugues Frenette) et d’une ex-conjointe en tout point parfaite (Fanny Mallette).

« Je sais que c’est ma face qu’on voit, mais ce n’est pas ça qu’il faut retenir, indique Cathleen Rouleau entre deux bouchées de salade. Je veux toucher les gens. Je veux qu’ils voient Antoine, qu’ils voient l’histoire d’une famille. Je veux qu’ils soient chamboulés, renversés, ébranlés. Je veux qu’ils soient transformés. »

« Les gens handicapés existent, câline ! Il faut qu’on en parle davantage. Il faut qu’ils puissent vivre avec nous. Comme société, on n’est pas organisé pour soutenir les personnes vulnérables. Pas assez, du moins. »

— Cathleen Rouleau

Élan brisé

Bien qu’elle préfère orienter la discussion vers Antoine, Cathleen Rouleau accepte de s’ouvrir, avec générosité, doit-on préciser, sur elle-même. À propos d’Antoine l’évoque à quelques reprises par l’entremise du personnage de Julie au cours des premiers épisodes : les choses n’ont pas toujours été faciles pour l’humoriste, surtout lorsqu’elle a quitté Montréal – et son copain de longue date – pour Québec et Sylvain Parent-Bédard.

Diplômée du Cégep de Saint-Laurent en art dramatique, Cathleen Rouleau a joué dans une demi-douzaine de pubs télévisées, décroché des rôles dans quelques séries de fiction et obtenu des contrats de chroniqueuse et d’animatrice, mais l’élan qu’elle sentait depuis sa sortie de l’École nationale de l’humour en 2006 s’est brisé. Et tranquillement, le téléphone a cessé de sonner. « Chaque année, je faisais Le Grand Rire, les galas… Je faisais beaucoup de scène à Montréal… Mais quand j’ai commencé à sortir avec Sylvain [Parent-Bédard], tout s’est étrangement arrêté. Ça a été dur, tout ça. »

Cathleen Rouleau raconte s’être ensuite lentement « détachée du milieu ». Désillusionnée, mais déterminée à prendre en main sa destinée, la touche-à-tout a ensuite poursuivi, en 2018 et 2019, une formation en scénarisation, durant laquelle elle s’est lancée dans l’écriture d’À propos d’Antoine, après avoir jeté aux poubelles son précédent projet, une série intitulée Le Show Must Go On. « C’était sur moi et mes problèmes de carrière. Mais ce n’était pas important. Je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup de matière. Et puis, on s’en fout de quelqu’un qui cherche à percer. »

La création d’À propos d’Antoine est venue « plus naturellement ». « J’avais des histoires devant les yeux tous les jours. Des fois, c’est absurde, c’est drôle, c’est touchant… Il fallait que j’en parle. »

Pas amère

Cathleen Rouleau insiste : elle n’éprouve aucune amertume envers l’industrie de l’humour. Le regard qu’elle y pose est seulement moins « innocent » qu’avant. « Je suis arrivée en humour avec beaucoup de naïveté, avoue-t-elle. J’étais très “tout le monde est beau, tout le monde est gentil”. Et effectivement, l’humour, c’est une belle grande famille, mais c’est aussi une belle grande famille affamée. On a tous besoin de manger, de vivre. Mais on est vite oublié. Les choses vont vite, vite, vite. Aussitôt qu’on disparaît un tout petit peu, quelqu’un d’autre prend notre place.

« Je n’avais plus envie de jouer cette game de réseaux sociaux, de vidéos… Je n’avais pas envie de plonger dans l’arène pour dire : “Regardez-moi ! Regardez-moi !”, poursuit-elle. Je voulais travailler, mais je n’avais pas envie de faire n’importe quoi sur l’internet pour qu’on me remarque et qu’en fin de compte, quelqu’un m’engage. Je voulais masser mon projet, le tricoter, le peaufiner. Je voulais bâtir quelque chose. »

Le vrai du faux

Cathleen Rouleau peine encore à croire qu’À propos d’Antoine ait rallié d’aussi grosses pointures, du réalisateur Podz (19-2, Mafia inc.) aux comédiens. Elle nomme également son script-éditeur, Benoit Pelletier, duquel émanerait « la sensibilité » du feuilleton. « Ce sont des Formules 1. Quand tu n’es personne et que tu vois tous ces gens se mobiliser autour de ton projet, tu fais : “Wow !” »

Pour conserver une part de mystère, Cathleen Rouleau refuse de décortiquer chaque scène d’À propos d’Antoine en séparant le vrai du faux. Elle révèle toutefois qu’un employé aux guichets d’une foire de Québec a réellement refoulé sa famille pendant 30 minutes parce qu’il refusait de consentir au fait qu’Antoine était vraiment handicapé sans pouvoir consulter de papiers officiels. « Ils ont fini par nous laisser entrer en disant : “C’est bon pour aujourd’hui, mais la prochaine fois…” Et Sylvain a répondu : “Il n’y en aura pas, de prochaine fois !”»

Et comme Julie avec Marc au premier épisode, Cathleen Rouleau n’avait aucune idée qui était Sylvain Parent-Bédard la première fois qu’elle l’a rencontré. « J’étais dans une fête d’après gala au Grand Rire de Québec, il s’assoit à côté de moi, on parle du spectacle, d’humour… Après une heure et demie de conversation, je demande : “Tu fais quoi au juste dans le festival ?” Et il répond : “Le festival m’appartient.” »

La première saison d’À propos d’Antoine est offerte sur Club illico.

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