« On devrait probablement encore jouer »

Tampa — Bon, si vous lisez ce titre entre deux rôties à 7 h le matin, rassurez-vous : Jon Cooper ne pense pas réellement que ce match devrait encore être en cours.

Mais l’entraîneur-chef du Lightning de Tampa Bay a lancé un pavé dans la mare après la victoire de 3-2 en prolongation de l’Avalanche du Colorado contre son équipe, mercredi, dans le quatrième match de la finale. Cette victoire fait en sorte que l’Avalanche possède une avance de 3-1 et n’est plus qu’à une victoire de la Coupe Stanley.

Cooper, toujours posé, a fait un John Tortorella de lui-même – en version plus douce –, répondant à une seule question avant de mettre un terme au point de presse. L’entraîneur-chef du Lightning a essentiellement laissé entendre que le but gagnant de Nazem Kadri n’aurait pas dû être accordé.

« Vous comprendrez quand vous verrez le but gagnant. Mais on devrait probablement être encore en train de jouer », a lancé un Cooper émotif, après un long plaidoyer pour défendre le courage de ses joueurs.

Alors, Cooper avait-il des arguments pour soulever un tel doute ? À chacun d’en juger, car les pénalités pour avoir eu trop de joueurs sur la patinoire ne sont pas toujours des cas où c’est noir sur blanc. Le règlement lui-même prévoit une zone grise où un joueur peut sauter sur la patinoire quand celui qu’il remplace est à cinq pieds du banc. La décision est laissée au bon jugement des arbitres, et le Lightning n’aurait pas pu demander une contestation puisque les pénalités pour avoir eu trop de joueurs sur la patinoire ne font pas partie des jeux admissibles à une contestation.

Sur la séquence, on compte effectivement six patineurs de l’Avalanche. Le sixième est Nathan MacKinnon, que l’on voit rentrer au banc à la ligne bleue du Lightning. C’est donc dire que le joueur qui le remplace serait embarqué trop rapidement sur la patinoire au goût de Cooper.

Pour ajouter à la controverse, sur la version initiale du sommaire du match, qui a été imprimée et distribuée aux journalistes, six patineurs sont répertoriés pour l’Avalanche, en plus du gardien Darcy Kuemper. Sur une version subséquente de ce sommaire, en ligne, la situation a été rectifiée. Cela dit, le joueur en trop sur la version imprimée est le numéro 6, Erik Johnson, qui n’a rien à voir avec le jeu. Selon nos informations, cette erreur viendrait du système électronique de traçage des joueurs.

Il sera intéressant de voir comment la Ligue nationale réagira à la situation, car ce que sous-entendait Cooper peut être dommageable à l’intégrité du circuit. En début de nuit, cependant, la LNH a envoyé un communiqué affirmant qu’après consultation, les quatre officiels ont jugé qu’il n’y avait pas de pénalité.

Dommage pour Kadri

Cela dit, c’est à se demander si un but annulé n’aurait fait que repousser l’inévitable, car le Lightning semblait au bout de ses ressources. L’équipe floridienne a perdu les services d’Eric Cernak en début de deuxième période et a terminé la rencontre à cinq défenseurs. Mikhail Sergachev, qui se fait déborder par Kadri sur le but gagnant, approchait les 33 minutes de jeu et était sur la patinoire depuis 1 min 38 s quand Kadri a logé la rondelle dans le haut du filet.

Victor Hedman a d’ailleurs rappelé que le « long changement » (les équipes défendent la zone la plus loin de leur banc en première prolongation) a embêté le Lightning. « Si tu ne dégages pas la rondelle, tu te mets dans le pétrin. Ils ont réussi à nous faire le coup à quelques occasions et ils nous l’ont fait payer », a dit l’as de la défense de Tampa.

Toute cette histoire est évidemment bien dommage pour Nazem Kadri, le grand héros de cette soirée, finalement relégué au second ordre. Blessé à une main en finale de l’Association de l’Ouest contre les Oilers d’Edmonton, il est revenu au jeu mercredi, mais sa capacité à tirer des rondelles était incertaine. Jusqu’à son but !

« J’étais en assez bonne condition pour jouer, a simplement dit Kadri. Quant aux commentaires de Jon Cooper, je n’ai honnêtement aucune idée de quoi il parle. »

Pour Kadri, c’est un chapitre de plus à une saison où il a changé son identité dans la LNH. Auteur de 87 points en 71 matchs en saison, il poursuit ses succès en séries. Il est en train de démontrer qu’il y a bien plus de talent offensif en lui que ce que sa réputation d’agitateur laisse entendre.

L’impact qu’il a eu à son retour au jeu montre son importance chez l’Avalanche.

Il aura maintenant la chance d’en rajouter vendredi, si son équipe en finit avec le Lightning. En fait, ses coéquipiers et lui ont maintenant trois chances d’y arriver, dont deux à la maison.

Avalanche c. Lightning, vendredi (20 h) à Denver

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