Musique

Le printemps des Cowboys

Avec un film qui sort dans 70 salles au Québec et un nouvel album qui comprend pas moins de 23 chansons, les Cowboys Fringants apporteront beauté et joie dans notre début de printemps… en attendant leur retour en salle. Nous les avons rencontrés.

« J’ai hâte que la COVID finisse et que les shows recommencent ! nous dit le chanteur des Cowboys, Karl Tremblay. Depuis 25 ans, nous, on fait de deux à trois partys par semaine ! C’est ça, notre métier : on traîne notre fête un peu partout, et les gens viennent fêter avec nous. »

Mais même si les salles de spectacle viennent de rouvrir, pas question de repartir sur la route dans les conditions actuelles, disent en chœur les quatre membres du groupe.

« Les Cowboys, c’est un show qui se joue devant une salle pleine », assure Jean-François Pauzé, auteur-compositeur du groupe.

Karl complète : « Pas devant des tiers de salle et pas en portant le masque, mais avec du monde debout, qui peut bouger, boire une bière. » « Sinon ce n’est pas un show des Cowboys », ajoute la multi-instrumentiste Marie-Annick Lépine, qui espère que la vaccination débloquera les choses « plus vite qu’on pense ».

« On s’ennuie aussi de faire de la création entre nous », dit le bassiste Jérôme Dupras.

« On a l’air d’avoir été très actifs, mais le tournage du film, c’était 4 jours, pour l’album, on a été 10 jours en studio… sur un an, ce n’est pas beaucoup ! Le travail collectif nous manque. »

— Jérôme Dupras, bassiste

Et ça paraît. Quand nous avons rencontré le quatuor dans la grande salle de réunion de sa maison de disques cette semaine, les blagues, les éclats de rire et les réparties ont fusé pendant toute l’entrevue. Leur plaisir de se retrouver – ils se sont peu vus depuis un an, sauf Marie-Annick et Karl, évidemment ! – était vraiment réjouissant, malgré l’ombre des variants qui planait.

Le film

Leur tournée Les antipodes, du nom de leur 10e album studio lancé à l’automne 2019, était bien entamée quand la pandémie a tout arrêté en mars 2020. Une pause forcée qui leur a permis de faire avancer deux projets. « On avait vraiment beaucoup de spectacles prévus et on n’était pas censés avoir du temps ! », lance Marie-Annick.

Il y a d’abord le film musical L’Amérique pleure, qui a été offert en vidéo sur demande pendant le temps des Fêtes – et qui a été téléchargé plus de 26 000 fois ! Mais le film qui a été tourné en octobre en cinéma numérique 4K est fait pour le grand écran et connaîtra vendredi prochain une grande sortie dans 70 salles au Québec.

« C’est une première, cette formule, pour un band québécois. C’était un gros tournage de quatre jours, avec un plateau de 60 personnes, dont un studio mobile. »

— Jérôme Dupras, bassiste

« Toute la musique a été enregistrée live dans la forêt, avec très peu de retouches en studio », précise Marie-Annick.

Le groupe y interprète 16 chansons dans différents lieux du Centre-du-Québec, et les prestations sont entrecoupées d’images grandioses de la nature québécoise qui ont été saisies par le réalisateur Louis-Philippe Eno. Le résultat est aussi spectaculaire que mélancolique.

« C’est sûr qu’on n’a pas mis de l’avant le côté party, souligne Jean-François. Ç’aurait été un peu n’importe quoi de reproduire Le shack à Hector devant une belle forêt ! »

« Avec le titre du film, L’Amérique pleure, c’était certain qu’on ne misait pas sur l’humour », renchérit Marie-Annick. « On a choisi de belles chansons, qui se faisaient bien dans un cadre extérieur et avec des instruments plus acoustiques. »

L’album

L’album Les nuits de Repentigny, qu’ils ont enregistré l’automne dernier « sans se mettre aucune pression », est plus léger. Il réunit 23 chansons qui n’avaient pas réussi à se frayer un chemin jusqu’à un album et que Jean-François avait accumulées dans ses dossiers.

« Il y avait bien des affaires, confirme celui qui a reçu le prix de l’auteur-compositeur de l’année de la SOCAN en 2020. Tellement qu’on a mis un holà à un moment. »

« Il y a des chansons qui ont été coupées de l’album de chansons coupées ! », rigole Karl. « Je ne pense pas que vous allez les entendre un jour, celles-là ! », s’amuse Jean-François.

« Nos albums, on essaie de faire en sorte qu’ils se tiennent du début à la fin, et si certaines chansons ne cadrent pas, ça ne veut pas dire qu’elles ne sont pas bonnes ! », explique Marie-Annick, qui précise que quelques chansons ont aussi été terminées pour le disque.

« Oui, des petits couplets qui étaient moins achevés… », avance Jérôme. « Des petits textes complets aussi ! », rétorque Jean-François en riant. « On a décidé d’assumer pleinement, ajoute-t-il. Même les trucs de 1995 moins achevés et naïfs où tu vois que c’est nos balbutiements. On a dit : on les met pareil et on se gâte. »

À point nommé

Les chansons des Antipodes, en particulier Sur mon épaule et L’Amérique pleure, qui a été choisie Chanson de l’année au gala de l’ADISQ en 2020, ont beaucoup accompagné le public pendant la pandémie.

« Un concours de circonstances, dit Jean-François. L’album n’a pas été écrit pour une pandémie, mais il est arrivé de façon presque prémonitoire. »

Mais leur immense popularité a fait que le groupe est même en lice dans la catégorie Artiste de l’année aux Juno. « D’après moi, The Weeknd doit avoir une couple de sueurs ! », s’amuse Jean-François.

« On est très contents de cette nomination », tient à préciser Marie-Annick, qui estime que Les nuits de Repentigny tombe à sa manière aussi à point.

« Les trois quarts du disque, c’est de l’humour, et les gens en ce moment ont besoin de printemps, de sourire. Ils ont grand besoin de rire. » Et comment.

Le film L’Amérique pleure sera en salle le 9 avril.

L’album Les nuits de Repentigny est offert sur les plateformes d’écoute en continu et en format CD. Il sera offert en vinyle le 23 avril.

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