Iran

Le réformateur Massoud Pezeshkian remporte la présidentielle

Le candidat réformateur Massoud Pezeshkian a remporté le second tour de la présidentielle en Iran, devant l’ultraconservateur Saïd Jalili, a indiqué samedi la télévision publique.

Massoud Pezeshkian a recueilli plus de 16 millions de votes contre plus de 13 millions à son adversaire, un ancien négociateur nucléaire, sur un total de 30 millions de bulletins dépouillés, selon les autorités électorales.

Les résultats finaux sont attendus dans la journée de samedi.

Les partisans de Massoud Pezeshkian, chirurgien cardiaque et député de longue date, sont descendus dans les rues de Téhéran et d’autres villes avant l’aube pour célébrer, alors que son avance sur M. Jalili grandissait.

Le scrutin est suivi avec attention à l’étranger alors que l’Iran, poids lourd du Moyen-Orient, est au cœur de plusieurs crises géopolitiques, de la guerre à Gaza au dossier nucléaire, dans lesquelles il s’oppose aux pays occidentaux, notamment les États-Unis, son ennemi juré.

M. Pezeshkian a déclaré après sa victoire qu’il « tendra la main de l’amitié à tout le monde ».   

Après un premier tour marqué par une forte abstention, quelque 61 millions d’Iraniens étaient appelés aux urnes vendredi dans les 58 638 bureaux de vote du pays.  

Arrivé en tête au premier tour, M. Pezeshkian plaide pour un Iran plus ouvert à l’Occident. M. Jalili est, lui, connu pour ses positions inflexibles face aux puissances occidentales.

M. Pezeshkian, 69 ans, a reçu le soutien des anciens présidents, le réformiste Mohammad Khatami et le modéré Hassan Rohani.  

Son rival, 58 ans, a notamment obtenu l’appui de Mohammad-Bagher Ghalibaf, le président conservateur du Parlement, sorti troisième avec 13,8 % des voix du premier tour.

L’élection, organisée à la hâte après la mort du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi dans un accident d’hélicoptère le 19 mai, se tient dans un contexte de mécontentement populaire face notamment à l’état de l’économie frappée par des sanctions internationales.

La participation au premier tour il y a une semaine avait atteint 39,92 % des 61 millions d’électeurs, son niveau le plus bas en 45 ans de République islamique.

Deux visions

Des figures de l’opposition en Iran et au sein de la diaspora ont appelé au boycott du scrutin, jugeant que les camps conservateur et réformateur représentent deux faces de la même médaille.

Mais pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, les électeurs avaient bien un « choix » à faire, au vu des « visions totalement différentes » des candidats, a-t-il affirmé à l’AFP après avoir voté dans l’est de la capitale.

Lors de deux débats télévisés, les candidats ont abordé les difficultés économiques du pays, ses relations internationales, le faible taux de participation aux élections et les restrictions imposées à l’internet par le gouvernement.

« Les gens sont mécontents de nous », les responsables, a déclaré M. Pezeshkian. « Lorsque 60 % de la population ne participe pas [à une élection], cela signifie qu’il y a un problème » avec le gouvernement, a-t-il argué.

M. Pezeshkian, qui affirme sa loyauté à la République islamique, a appelé à des « relations constructives » avec Washington et les pays européens afin de « sortir l’Iran de son isolement ».

Négociateur dans le dossier nucléaire entre 2007 et 2013, M. Jalili s’était fermement opposé à l’accord conclu finalement en 2015 entre l’Iran et des puissances mondiales, dont les États-Unis, qui imposait des restrictions à l’activité nucléaire iranienne en échange d’un allègement des sanctions.

Les négociations sur le nucléaire sont actuellement dans l’impasse après le retrait unilatéral en 2018 des États-Unis, qui ont réimposé de sévères sanctions économiques à Téhéran.

M. Pezeshkian appelait pour sa part à régler la question persistante du port obligatoire du voile pour les femmes, l’une des causes du vaste mouvement de contestation ayant secoué le pays fin 2022 après la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict.

L’élection devrait toutefois avoir des répercussions limitées, le président n’ayant que des pouvoirs restreints : il est chargé d’appliquer, à la tête du gouvernement, les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui est le chef de l’État.

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