Chef de file

Reconnu pour ses idées novatrices, Fady Dagher sera le prochain patron du SPVM

Le chef du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Fady Dagher, a été choisi mercredi après-midi pour diriger le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

La Presse a pu confirmer l’information, d’abord publiée par Radio-Canada. La mairesse Valérie Plante l’annoncera officiellement ce jeudi après-midi.

M. Dagher est connu pour avoir repensé son service de police afin de donner davantage de place aux relations avec les citoyens dans le travail des agents.

« On change le mandat et la mission du travail policier », avait-il résumé en 2021, en annonçant un plan pour intégrer les policiers aux communautés dans lesquelles ils travaillent. « Le policier n’est pas un travailleur social, mais il doit être un acteur social. »

« Cela fait 15 ans que je cherche à diminuer les préjugés des policiers envers les populations vulnérables, mais aussi les préjugés des populations vulnérables envers la police. J’ai essayé les formations magistrales, ça ne marche pas », affirmait-il en 2020 dans le cadre d’un grand reportage de La Presse.

À l’époque, il proposait à ses patrouilleurs longueuillois de s’immerger dans la réalité d’individus souvent marginalisés – femmes voilées, gens brisés par des problèmes de santé mentale ou familles avec un enfant autiste, par exemple – afin de comprendre leur réalité. Le « Projet Immersion » avait défrayé la chronique et fait largement connaître M. Dagher. « Si on continue à miser uniquement sur la répression, on fonce dans un mur », disait-il.

Des policiers inquiets

La Presse a communiqué avec plus d’une vingtaine de policiers actifs du SPVM, quelques-uns à la gendarmerie, la plupart aux enquêtes. Quelques réactions sont positives, mais la plupart sont mitigées ou prudentes. On s’inquiète et on se questionne particulièrement dans les boîtes d’enquêtes et au groupe Éclipse, spécialisé dans la collecte de renseignements sur le crime organisé et la surveillance des débits de boissons (« établissements licenciés »).

« Ça tire beaucoup à Montréal ces temps-ci, ce n’est pas le temps de faire de la police communautaire. Il faudra être répressif durant un certain temps. »

— Témoignage d’un enquêteur du SPVM sous le couvert de l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux médias

« Il a de très bonnes idées sur papier, mais le hic, c’est que ça prendrait 2000 policiers de plus. Beaucoup de policiers craignent qu’il n’oriente les ressources vers du travail autre que policier. Par contre, s’il sait garder un équilibre entre répression et communautaire, ce sera bien. Je trouve qu’il est un excellent communicateur, ce qui n’a vraiment pas été le cas de tous les chefs. Malheureusement, à la fin, il ne changera pas grand-chose. Il sera pris avec un budget extrêmement serré pour des enjeux complexes dans un contexte de plus en plus lourd », ajoute l’enquêteur sous le sceau de la confidentialité.

« Je ne connais pas tous les candidates et candidats qui ont postulé, cependant Fady est un très bon candidat, qui connaît bien les réalités de Montréal. Il est authentique, transparent et a un leadership mobilisant. J’encourage tout le personnel civil et policier du SPVM à poursuivre son excellent travail avec l’arrivée de ce nouveau chef », a déclaré à La Presse Sylvain Caron, directeur du SPVM jusqu’en avril dernier.

Moins d’argent pour revenir au SPVM

C’est un retour aux sources pour M. Dagher, qui a travaillé au SPVM pendant 25 ans, de 1992 à 2017. Durant cette cette période, il a gravi presque tous les échelons de l’organisation, de simple agent à assistant-directeur de Marc Parent et de Philippe Pichet, en passant par la tête du poste de quartier de Saint-Michel. À l’état-major, il a piloté des dossiers chauds comme la gestion de la santé mentale lors des interventions policières, la lutte contre la radicalisation et le profilage racial.

Il est aussi titulaire d’une maîtrise en gestion des affaires de McGill.

Le policier n’était pas sur l’écran radar des observateurs de la scène policière au cours de cette course à la direction. Et pour cause : « Je ne poserai pas ma candidature », avait-il clairement affirmé au 98,5 FM, au début du mois de novembre, lorsque questionné sur son intérêt pour la direction du SPVM.

Pas plus tard qu’en décembre 2021, Fady Dagher avait d’ailleurs signé un renouvellement de contrat de huit ans au SPAL qui lui rapportait environ 300 000 $ par année.

M. Dagher renonce donc à d’excellentes conditions pour revenir à un poste qui sera moins rémunéré, à la tête d’un service de police dans lequel il a œuvré durant 25 ans.

Il y a quelques semaines, le SPAL a annoncé l’embauche d’un ancien directeur général adjoint de la Sûreté du Québec, Patrick Bélanger, en tant que directeur adjoint aux enquêtes.

Sa nomination est un revers cuisant pour l’apparente favorite de la course, l’actuelle cheffe intérimaire Sophie Roy, qui devra céder son siège. Elle menait le SPVM depuis le départ du chef Caron, plus tôt cette année.

Le policier de carrière est né en Côte d’Ivoire de parents d’origine libanaise. Il devient donc le premier immigrant et premier membre d’une minorité visible de l’histoire à diriger la police de Montréal.

Une nomination à confirmer

La nomination de M. Dagher doit encore être approuvée par les élus municipaux ainsi que par le gouvernement du Québec.

« Le comité exécutif, le conseil municipal ainsi que le conseil d’agglomération devront tous se prononcer, d’ici le 22 décembre, sur cette nomination », a indiqué mercredi le cabinet de la mairesse Plante. « Ultimement, le Conseil des ministres du Québec devra approuver ce choix, une étape qui devrait avoir lieu en janvier. L’entrée en poste suivra. »

La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, a réagi positivement à la nouvelle.

« Nous tenons à remercier M. Dagher pour tout le travail accompli durant les cinq dernières années et nous lui souhaitons le meilleur pour la suite », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

« Avec le travail de son équipe et le concours de l’ensemble du corps policier, M. Dagher a contribué à implanter une vision de concertation unique au Québec qui est, selon nous, LA vision d’avenir, dont l’agglomération de Longueuil est devenue la porte-étendard, a continué la mairesse. Il laisse par ailleurs un service de police en santé, avec une relève solide et un bilan enviable sur le plan de la criminalité sur le territoire. »

« S’il est nommé directeur, Fady Dagher devra opérer un virage au SPVM avec des actions concrètes pour mettre fin au profilage racial et social systémique, aux abus policiers, et aux décès de citoyens lors d’interventions policières », a pour sa part déclaré à La Presse la responsable des communications de la Ligue des droits et libertés, Elisabeth Dupuis.

— Avec Caroline Touzin et Alice Girard-Bossé, La Presse

Les directeurs du SPVM depuis 2015

Philippe Pichet a été directeur du SPVM de 2015 à 2017. Il a perdu ses fonctions lors de la crise de confiance qui a secoué le corps de police. C’est Martin Prud’homme qui a pris la relève comme directeur par intérim de 2017 à 2018. Par la suite, Sylvain Caron a été à la tête du corps policier pendant trois ans. L’accumulation de plusieurs facteurs l’a incité à prendre sa retraite avant la fin de son mandat, soit le 22 avril dernier. C’est la directrice adjointe aux enquêtes criminelles du SPVM, Sophie Roy, qui a assuré l’intérim. Elle a été la première femme à diriger la police montréalaise.

— Alice Girard-Bossé, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.