Sortir du Québec, rayonner à l’étranger

Le virage exportation d’Investissement Québec

Depuis des années, le Québec multiplie les démarches pour attirer des investissements étrangers dans le but de stimuler l’activité économique. Il y a deux ans, le gouvernement a toutefois entrepris de déployer des efforts équivalents en sens inverse pour soutenir nos entreprises afin qu’elles augmentent leurs exportations et qu’elles rayonnent davantage à l’étranger. Une stratégie qui porte ses fruits.

Depuis juin 2020, Investissement Québec (IQ) a intégré les équipes d’Export Québec du ministère de l’Économie et de l’Innovation au sein de sa propre structure, dans sa nouvelle division Investissement Québec International (IQI), présidée par Hubert Bolduc, ex-PDG de Montréal International.

Encore fortement impliqué dans l’attraction d’investissements étrangers au Québec, Hubert Bolduc est aussi maintenant responsable de faire rayonner davantage nos entreprises à l’étranger, une nouvelle approche qui commande une nouvelle démarche.

« On a décidé de donner une impulsion à nos exportations en nous concentrant sur nos 600-700 entreprises qui sont leaders dans les ventes à l’extérieur du Québec. Idéalement, on veut que les exportations québécoises représentent 50 % de notre produit intérieur brut, alors qu’elles sont actuellement à 47 % du PIB. On parle donc d’augmenter de 20 milliards nos ventes à l’étranger », m’explique Hubert Bolduc.

Résultats probants

Depuis qu’IQI a mis en branle cette nouvelle stratégie, les résultats ont été probants, estime Guy LeBlanc, PDG d’Investissement Québec. Pour mesurer sa performance, la société d’État calcule les ventes fermes additionnelles que les entreprises soutenues par ses services à l’exportation ont réalisées.

« En 2019-2020, les ventes fermes additionnelles à l’exportation se sont chiffrées à 940 millions. L’année suivante, elles ont totalisé 1,2 milliard. En 2021-2022, on a atteint les 2 milliards. Et cette année, on vise la marque des 3 milliards de ventes fermes additionnelles », anticipe Guy LeBlanc, rencontré il y a deux semaines au Salon international de l’aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni.

« Avec notre plan de relance des exportations qu’on a lancé en 2021, on a décidé de faire moins de missions commerciales, mais de proposer davantage de services adaptés aux clients, on fait plus du cas par cas », m’explique pour sa part Marie-Ève Jean, qui est devenue, en juin 2020, la première vice-présidente, exportations, d’IQI.

Marie-Ève Jean a été responsable de l’intégration de la soixantaine de spécialistes d’Export Québec du ministère de l’Économie et de l’Innovation au sein de la nouvelle entité d’IQI et c’est elle qui supervise le trafic entre le Québec et le reste du monde.

« On a des équipes à Montréal et à Québec qui chapeautent les grandes régions géographiques du monde et on a des directeurs des services économiques au sein de nos délégations générales à l’étranger vers qui on dirige des entreprises clientes.

« Ces directeurs économiques sont responsables des équipes d’attachés commerciaux du ministère des Relations internationales qui proviennent des pays où sont situées nos délégations. Ils connaissent très bien le marché et ils ont développé un précieux réseau de contacts », indique la vice-présidente.

Connaissance du marché

Elle-même ancienne déléguée générale du Québec à Munich, Marie-Ève Jean connaît bien le travail de terrain et est capable d’en mesurer l’efficacité. L’an dernier, IQI a été impliqué dans 3200 dossiers d’accompagnement d’entreprises québécoises dans leurs démarches pour rayonner à l’étranger.

« Le but ultime, c’est de créer de la valeur pour les entreprises, de diversifier leurs marchés et de les accompagner dans leur internationalisation », me précise Marie-Ève Jean.

Pour réaliser cette ambition, IQI s’appuie sur le réseau des 34 bureaux de représentation du Québec établis dans 19 pays. À eux seuls, les États-Unis comptent deux délégations générales, à New York et à Los Angeles, trois autres délégations, à Boston, à Chicago et à Atlanta, ainsi que des bureaux ou antennes à Washington, à Houston, dans la Silicon Valley et à Philadelphie.

« Les États-Unis accaparent 70 % des exportations québécoises. C’est un marché qui restera important en raison du resserrement de la chaîne d’approvisionnement. Mais on veut que nos entreprises exportent partout dans le monde. »

— Marie-Ève Jean, première vice-présidente, exportations, d’IQI

Dans toutes ses délégations, IQI peut donc compter sur de nombreux répondants qui ont une fine connaissance du marché.

« C’est un secret malheureusement trop bien gardé, observe Hubert Bolduc. Il y a quelques années, je suis au Consumer Electronics Show de Las Vegas lorsque je croise Eric Boyko, PDG de Stingray. Il me demande ce que je fais là et je lui explique que j’accompagne la délégation du Québec.

« Il me demande si on a un bureau de représentation au Japon. Je lui réponds que oui, et trois semaines plus tard, il était à Tokyo avec nos délégués commerciaux », relate Hubert Bolduc.

Des stratégies d’internationalisation

IQI a développé plusieurs stratégies d’internationalisation pour accompagner les entreprises qui souhaitent élargir leur empreinte industrielle ou commerciale.

« Une entreprise peut vouloir réaliser une implantation commerciale en ouvrant à l’étranger un entrepôt de transit pour sa marchandise et une autre peut chercher à ouvrir une usine pour servir un marché précis, comme vient de le faire Lion Électrique aux États-Unis.

« Mais on offre d’autres services à partir de Montréal. On a mis sur pied une équipe qui fait la vigie de tous les marchés publics auxquels de nombreuses entreprises québécoises pourraient participer. Pas moins de 50 000 appels d’offres sont lancés chaque jour dans le monde », souligne Marie-Ève Jean.

Guy LeBlanc confirme qu’une importante entreprise montréalaise a récemment obtenu un contrat de 300 millions dans le cadre d’un de ces appels d’offres qu’IQI lui a transmis.

Une autre façon pour IQ de connecter nos entreprises au reste du monde est d’organiser des rencontres avec des partenaires potentiels, comme cette journée qui a réuni, en mai dernier, dans un hôtel du centre-ville de Montréal, quelque 25 architectes internationaux à la recherche de nouveautés québécoises dans le domaine de la construction ou des industries créatives.

Durant toute la journée, quelque 350 rencontres d’affaires entre des entreprises et les groupes d’architectes donneurs d’ordres ont été réalisées dans une espèce d’évènement de speed dating.

Jacques Gauthier, responsable du développement des affaires de la firme Upbrella, qui a conçu une technologie de construction en hauteur sans utilisation de grues, a participé à cette journée et y a trouvé son compte.

Après avoir rencontré cinq firmes d’architectes et un développeur du New Hampshire, en matinée, Jacques Gauthier m’a confirmé que ses échanges allaient donner lieu à des discussions plus sérieuses avec notamment le développeur américain qui construit des édifices de six à huit étages.

« Notre concept a aussi intéressé deux firmes d’architectes. On a eu une belle visibilité », confirme Jacques Gauthier, qui n’a pas eu à voyager trop loin pour réaliser ces rencontres. On peut amorcer le projet de rayonner à l’étranger à partir tout simplement du Québec.

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