Voir du pays

Aventure sous terre

Dans le parc naturel régional de Portneuf, il y a un endroit précis, sur le sentier, où on entend une sorte d’écho très sourd si on saute un peu. Il y a un autre univers en dessous, une grotte mystérieuse. C’est le Trou du diable de Saint-Casimir.

On peut l’explorer avec un guide en choisissant entre un parcours touristique et un autre plus aventureux. Le premier est réputé facile, mais il ne faut pas se leurrer, c’est plus qu’une simple balade. Il faut s’attendre à marcher dans l’eau à mi-mollet pendant toute la visite de 90 minutes.

Pour le parcours aventure, on nous promet des reptations et de la marche à quatre pattes dans l’eau et la boue, dans de longues galeries exiguës. Chouette ! C’est l’option que nous choisissons.

Le parc régional de Portneuf fournit les casques ainsi que les lampes frontales puis recommande de porter des chaussures et des vêtements qu’on peut mouiller et salir. Pour le parcours aventure, il suggère des genouillères. C’est une très bonne idée.

Notre guide, Antonin Marchand, ne cache pas son enthousiasme avant la visite : un jeune du coin, il a souvent visité la grotte dans le cadre de camps de vacances. Depuis longtemps, il rêvait d’y être guide, mais il devait attendre d’avoir l’âge. Cette année, à 16 ans, il peut enfin enfiler la combinaison de guide de spéléologie.

Il explique la formation du Trou du diable, en longueur, la deuxième grotte accessible au Québec, avec ses 980 m. Elle a été creusée dans le calcaire par un petit affluent de la rivière Sainte-Anne.

La grotte des défis

Nous empruntons un petit sentier dans la forêt pour nous rendre à l’endroit où le ruisseau s’enfonce dans la terre, ce qu’on appelle la perte. C’est là que débute la petite expédition, où il faut allumer la lampe frontale. Il faut descendre entre quelques blocs pour attendre la galerie principale, haute, assez large, accessible aux participants des deux parcours.

Sous une vingtaine de centimètres d’eau, le sol est parfaitement plat, plutôt sablonneux. On dirait que la grotte a été créée spécifiquement pour les visites. Nous avançons d’un bon pas, en percevant, entre les éclaboussures de nos pas, le bruit de l’eau qui percole à travers la roche.

Antonin nous montre ici des stalactites en devenir. Là, on trouve de petits cônes abandonnés, cachés par un écureuil qui n’avait pas prévu que le gel bloquerait l’accès à son garde-manger en hiver. Plus loin, des araignées Meta ovalis qui passent leur vie sous terre. Heureusement, personne n’est arachnophobe dans le petit groupe.

Puis c’est LE test. Une minuscule galerie située en hauteur se détache de la galerie principale pour la rejoindre quelques mètres plus tard.

Le défi est de grimper pour atteindre cette galerie, ramper sous son plafond extrêmement bas et retomber plus loin dans la galerie principale.

On appelle ce passage le Gabarit. Pour le guide, c’est une bonne façon de voir si les participants peuvent se lancer dans la section « aventure » de la grotte.

Antonin raconte comment certaines personnes, qui avaient probablement mal lu la description du parcours aventure, se rappelaient subitement qu’elles n’aimaient pas l’eau ou les espaces exigus et préféraient demeurer sur le parcours touristique. Les membres de notre petit groupe, à commencer par Bastien Pelletier, 8 ans, passent le test sans problème.

Deux autres défis du genre suivent pour bien se préparer à la partie aventure, la fameuse galerie Jean-Lamarre, qu’on peut enfin emprunter. Le passage est étroit, le plafond est bas, mais surtout, le petit couloir est en partie inondé. Il faut ramper un peu dans la boue, mais le plus souvent, il s’agit de marcher à quatre pattes dans une eau qui peut monter jusqu’au cou.

C’est ici que les genouillères sont particulièrement appréciées. En fait, c’est plutôt amusant de se prendre pour un véritable spéléologue et d’explorer un monde dont on ignore souvent l’existence.

Mine de rien, le couloir nous ramène dans la galerie principale. C’est quand même plaisant de se remettre debout. Le petit groupe reprend cette large galerie pour retourner au point de départ. Mais pas question de céder à la facilité : on éteint les lampes frontales pour retomber dans une obscurité totale, en laissant sa main suivre l’un des murs pour se guider. Une lueur apparaît, fantomatique : elle provient d’un trou, haut dans le plafond, qui permet d’entrapercevoir le monde extérieur.

Encore quelques dizaines de mètres et les membres du petit groupe émergent des profondeurs, mouillés, couverts de boue, mais très contents.

« C’était vraiment cool », résume Bastien Pelletier.

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