Manifestation contre les mesures sanitaires

« ON EST TANNÉS »

Des milliers de manifestants ont protesté samedi contre les mesures sanitaires, qu'ils estiment « excessives et injustifiées ».

Quelques dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues près du Stade olympique samedi dans le cadre d’une manifestation contre les mesures sanitaires, qu’elles jugent « excessives et injustifiées ».

Les déguisements, les trompettes, les ballons gonflables jaunes et les drapeaux du Québec étaient nombreux dans la foule qui convergeait vers le Stade olympique. Des personnes de tous âges y étaient pour exprimer leur mécontentement face aux mesures sanitaires en place.

« Je suis venue pour mes enfants », a affirmé Anne Marie Cossette, qui était à la manifestation accompagnée de sa conjointe, Kim O’Conor, et de leurs trois enfants. Elle déplore que les mesures, dont le port du masque, ne soient pas adaptées aux jeunes. « Mon fils souffre d’anxiété et il est autiste. Il a besoin de respirer quand il est en crise. Il ne peut même pas le faire avec le masque. C’est un cri du cœur pour les enfants », a-t-elle renchéri.

Un peu plus loin, leur fils Monae, 7 ans, tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Laissez les enfants respirer ». Sa petite sœur de 4 ans, à ses côtés, tenait bien haut sa pancarte, sur laquelle était écrit « Redonnez-moi mon enfance ! Dépression et anxiété, on n’en veut pas ».

Le couple se désole également du manque de services pour les enfants handicapés en période de pandémie. « Legault a gelé les services. Il les a considérés comme non essentiels. Ça me choque beaucoup », a dit Mme Cossette.

L’organisme « Québec Debout » avait invité les Québécois à se rassembler pour manifester pacifiquement samedi contre les mesures sanitaires. « Nous considérons les mesures sanitaires comme excessives et injustifiées. Nous demandons un retour à la vie normale. Le moment est venu de tous se lever en même temps pour créer un rassemblement historique et pacifique », ont affirmé les organisateurs de la manifestation sur le site web de l’évènement. Les organisateurs avaient invité les manifestants à se vêtir d’un chandail blanc et à manifester dans la paix et la bonne humeur.

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, était présent et marchait en compagnie de l’un des organisateurs, Daniel Pilon, et de plusieurs gardes du corps. Un service de sécurité, dont certains membres portaient des vêtements de type paramilitaire par-dessus leur chandail bleu portant l’inscription « bénévole », encadrait la manifestation.

Câlins gratuits

Des camions munis de haut-parleurs étaient présents pour rappeler que le port du masque est obligatoire et que les contrevenants risquaient de recevoir une amende pouvant atteindre 6000 $. Malgré les annonces, peu de personnes portaient le masque et respectaient la distanciation physique.

Une quinzaine de manifestants offraient plutôt des câlins à ceux qui le désiraient. « On veut donner de l’amour. Si on vit dans l’amour, la joie et la cohérence, il n’y a pas de bobos. La COVID-19, c’est une grippe. Ce n’est pas un virus matériel, c’est psychologique », affirmait haut et fort Érick Lavie, qui portait un chandail vert sur lequel était inscrit « Câlins gratuits ».

Son amie Alexandra Lavoie dénonçait plutôt la campagne de vaccination et craint que le gouvernement n’impose un passeport vaccinal dans les prochains mois. « Le vaccin, c’est une décision personnelle. Je crois en mon système immunitaire. Le passeport vaccinal va brimer mes droits », a-t-elle déploré.

À l’angle de l’avenue Bourbonnière et de la rue Sherbrooke, un groupe d’amis portaient un costume de la série télévisée La casa de papel pour représenter la résistance. « Je pense que beaucoup de personnes sont en dépression, et la dépression touche plus que la COVID-19. On est tannés », a affirmé l’un d’eux, qui a préféré taire son nom. Il souhaite que des personnes de divers groupes de pensées collaborent pour établir les mesures sanitaires.

À la fin du cortège, des manifestants scandaient : « Legault en prison ! » D’autres se contentaient de clamer : « Mon corps, mes choix, ma vie, mes droits ! »

Des ballons gonflables jaunes ont été distribués aux manifestants par le collectif Rond jaune, afin d’apporter un côté festif à la marche et d’éviter les débordements. Selon lui, la distribution des ballons était un symbole d’ouverture au dialogue pacifique et non violent.

La manifestation s’est déroulée de façon paisible pendant la majeure partie de son parcours. Vers 17 h, toutefois, des personnes à l’intersection de la rue Sherbrooke et du boulevard Pie-IX ont lancé des projectiles, dont des fumigènes, en direction des policiers. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a eu recours à la force pour disperser le groupe de quelques dizaines de manifestants.

Au total, 28 constats d’infraction et un constat d’infraction générale en vertu de la Loi sur la santé publique ont été remis pendant la manifestation. Le SPVM a également procédé à l’arrestation de quatre personnes pour entrave au travail des policiers, non-respect de conditions et agression armée. Neuf enquêtes sont en cours concernant des actes criminels commis sur des policiers, blessant au moins un agent. Finalement, six constats d’infraction à des règlements municipaux ont été remis.

Manifestation dénoncée dès le début

Avant même qu’elle n’ait lieu, la manifestation avait été dénoncée vendredi par des élus à Québec et à Ottawa. Au Stade olympique, les rendez-vous de vaccination avaient dû être « déplacés » et « condensés ».

« C’est extrêmement dommage. On respecte le droit de manifester, mais vacciner est la priorité. On continue les opérations », a indiqué vendredi sur Twitter le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Le gouvernement du Québec a dû s’ajuster. Les rendez-vous ont donc « été condensés avant 10 h et déplacés dans d’autres cliniques ». « Les équipes se sont réorganisées, car on a la capacité », a-t-il assuré.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a aussi critiqué la manifestation, rappelant que les mesures sanitaires doivent être respectées pour un éventuel retour à la normale.

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité mardi une motion demandant que le « droit de manifester ne s’exerce pas à l’encontre du droit à la santé et la sécurité du personnel soignant et des usagers et usagères des centres de vaccination ». Elle a demandé que la population exerce ce droit « dans le respect de toutes les mesures sanitaires en vigueur tel que recommandé par la Santé publique », selon le libellé de la motion.

En conférence de presse à Ottawa, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a affiché sa déception face à la tenue de cette manifestation, vendredi midi. « C’est profondément désolant de voir des gens réagir comme ça. Malheureusement, les gens qui se rassemblent pour manifester sont en train de contribuer à la prolongation de ces mesures de santé publique », a-t-il soutenu.

— Avec Tristan Péloquin, Henri Ouellette-Vézina, Tommy Chouinard et Léa Carrier, La Presse, et La Presse Canadienne

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.