Julien
Clerc,
le marathonien

La vedette de la chanson française Julien Clerc a entrepris la semaine dernière une tournée de 16 spectacles sur le sol québécois. Nous l’avons suivi dans les coulisses et avons assisté à son concert marathon de deux heures sans entracte, lors de son passage vendredi au Patriote de Sainte-Agathe.

L’arrivée

Julien Clerc est arrivé vendredi en milieu d’après-midi en compagnie de son équipe technique franco-québécoise à la mythique salle des Laurentides, rénovée depuis peu. D’ici au début du spectacle à 20 h, le chanteur français qui aura 75 ans le 4 octobre passera l’essentiel de son temps seul dans sa loge, la porte fermée. « Pour moi, les tournées, c’est pas mal de solitude, confie-t-il. Mais ça ne me dérange pas. Tout est axé sur le spectacle. »

Julien Clerc est un des rares artistes français à pouvoir se produire dans autant de villes au Québec. En plus du Théâtre Maisonneuve à Montréal et du Capitole à Québec, la tournée Les jours heureux le mènera d’ici le 7 octobre de Chicoutimi à Sherbrooke en passant par Terrebonne, Gatineau et Victoriaville.

« J’adore venir ici. Je n’étais pas venu pendant un certain temps et j’en ai souffert. »

— Julien Clerc

En 2017, il s’est bien repris avec une série de 30 spectacles. Et il n’a jamais été question cette fois-ci de ne pas traverser l’Atlantique.

« J’aime bien tourner. C’est mon métier. Quand je regarde des gens comme Barbara, comme Brel, ils étaient toujours sur la route. C’est hallucinant le nombre de concerts qu’ils faisaient en un an ! »

— Julien Clerc

Le chanteur promène ce spectacle en France depuis près d’un an déjà. Après le Québec, il entreprendra en novembre la tournée des Zénith et terminera le tout en décembre avec trois soirs à l’Olympia. Puis, de janvier à avril 2023, il repartira dans de plus petites salles en version acoustique. « Quand ça se terminera, on devrait avoir fait autour de 140 concerts », évalue son directeur de tournée, Laurent Martin.

Il s’arrêtera ensuite deux ou trois ans, le temps de fabriquer un nouvel album. « Il faut rester un artiste vivant. Je pense avoir gardé une grande fraîcheur quand je me mets au piano », dit celui qui a toujours mis en musique les textes qu’on écrit pour lui, et qui travaille même aujourd’hui avec de jeunes auteurs comme Clara Luciani. Il compte bien remonter sur scène ensuite.

« Ce Never Ending Tour de Bob Dylan, c’est un concept qui me plaît. Je ne vais pas envoyer les grands mots, mourir sur scène, mais chanter le plus tard possible, oui ! »

Le test de son

Vers 17 h, c’est le moment du test de son. Julien Clerc arrive sur scène, vêtu d’un jeans et d’un manteau léger. « Qu’est-ce que vous souhaitez que je fasse qui peut vous servir à vous aussi ? », demande-t-il aux techniciens. Affable et attentif à chaque détail, il fait un bout de chanson au micro, un autre au piano, refait son entrée devant le rideau de lumière rouge. Il descend dans la salle et circule dans les allées pour vérifier si on voit bien de partout le piano, qu’il trouve trop excentré, et demande qu’on le pousse un peu. « Il est carrément dans les coulisses ! », s’exclame-t-il. Il retourne sur la scène, s’assoit au piano de nouveau et boit une gorgée de tisane, puis retourne s’isoler dans sa loge.

La préparation

Pendant ces longues heures avant de monter sur scène, Julien Clerc ne fait pas grand-chose. « Aznavour m’avait raconté qu’en tournée, il aimait visiter. Il avait un costume qui avait des poches partout pour mettre ses trucs d’appareils photo ! Moi, je ne peux pas faire le touriste. Je préfère arriver tôt, je bouquine, je réfléchis, je fais un peu de musique, car j’ai toujours un piano avec moi… et j’attends le spectacle. »

Vers 19 h dans les coulisses, on peut distinctement l’entendre faire des vocalises derrière sa porte fermée, qui ne s’ouvrira que quelques minutes avant l’heure de la représentation. L’interprète dont la voix est reconnaissable entre toutes suit toujours des cours de chant et son professeur, qu’il voit en FaceTime au moins deux fois par semaine quand il est en tournée, lui a donné des exercices à faire. Une discipline essentielle, souligne-t-il.

« Les gens disent : “Mais oh, Julien Clerc, il suit des cours de chant.” Mais bien sûr ! Vous croyez qu’il faisait quoi, Federer, entre les tournois ? Il travaillait avec son coach. Il faisait ses gammes… »

— Julien Clerc

Julien Clerc s’est rendu compte avec les années que s’il voulait durer, il devait entretenir le « capital » qui lui avait été donné. « Au début, je chantais naturellement, j’avais ce don, vous savez… Mais cette voix unique, on peut l’aimer ou pas, mais elle est là et elle ne ressemble à aucune autre. Ça se travaille. »

Le spectacle

À 20 h, Julien Clerc se présente devant une salle comble et enthousiaste, sobre et chic avec son veston noir. Il lance le spectacle avec l’accueillante Comment tu vas ?, puis annonce que la soirée sera « un voyage dans la musique et dans le temps ». Un voyage de deux heures sans entracte, en 29 chansons puisées dans son répertoire intemporel, mais aussi dans celui de la grande chanson française – Les jours heureux, son plus récent album, est un hommage à ceux et celles qui l’ont précédé et dont il se sent tributaire : Trenet, Ferré, Barbara, Bécaud, Aznavour, tous ces artistes qui, au début des années 1970 et au sommet de leur gloire, l’ont accueilli dans le métier. Le temps d’une chanson et d’une anecdote, Julien Clerc les fait revivre dans un moment très émouvant. « Je fais un peu comme un travail de passeur. Je rends à ce métier ce qu’il m’a offert », nous a-t-il expliqué après le spectacle.

La performance

Dans ce véritable marathon composé de ses innombrables classiques, mais aussi de chansons plus récentes, Julien Clerc livre une performance impressionnante. Environ à la moitié du spectacle, à partir de l’indémodable Ma préférence, jusqu’à la toute fin, 13 chansons plus tard, c’est un feu roulant, pratiquement sans interventions parlées, où on peut entendre entre autres Si on chantait, Laissez entrer le soleil, Lili voulait aller danser, Ce n’est rien, Fais-moi une place, et qui se termine en apothéose avec Cœur de rocker.

On ne peut qu’être admiratif devant une telle réserve d’énergie, qui semble même augmenter au fur et à mesure que la soirée avance. Quand on le retrouve ensuite dans un petit salon, devant une tisane, on lui demande comment il fait pour soutenir un rythme aussi intensif pendant deux heures. « Je ne sais pas… Je travaille beaucoup. Après, il n’y a plus que l’énergie à envoyer ! » Il rigole, mais sa discipline et sa volonté de rester à la hauteur des attentes sont assurément sa plus grande motivation – ce n’est pas pour rien que son prof de chant est la personne à qui il parle le plus souvent… après sa femme, s’amuse-t-il.

« Quand on va voir un chanteur, on va un peu à un rendez-vous avec sa vie. Moi, quand je vais voir un artiste, j’ai dans l’oreille ce que j’ai aimé chez lui. Et s’il ne me le donne pas, ça trahit mon souvenir. » Les nôtres ne l’ont pas été vendredi.

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