Pour rehausser la capacité des hôpitaux

D’abord, deux questions et une même réponse ! Premièrement, pourquoi les mesures pour contrer la pandémie ont-elles été plus sévères au Québec qu’ailleurs ? Deuxièmement, pourquoi, en mars 2020, avoir transféré autant de patients des hôpitaux vers les CHSLD alors que ces derniers n’avaient pas les ressources pour les accueillir, envoyant ainsi vers la mort des milliers de personnes ? Une seule réponse : la faible capacité hospitalière de notre réseau de la santé.

Le Québec dispose d’environ 16 500 lits d’hôpitaux, ce qui donne une moyenne de 2 lits par tranche de 1000 habitants. La moyenne canadienne est de 2,5. Or le Canada, parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, se classe au 25e rang sur 26 dans ce domaine. Aux États-Unis, la moyenne est de 2,8, en France elle est de 5,8, etc. Simplement pour atteindre la moyenne canadienne, il faudrait ajouter 4000 lits. Ces données montrent comment nous sommes sous-équipés en capacité hospitalière.

Quelques projets sont en marche, dont un hôpital de 404 lits dans la région de Vaudreuil-Soulanges. Évalué à 1,7 milliard de dollars, celui-ci devrait être livré en 2026. Il y a un autre projet éventuel de 600 lits à Gatineau, mais beaucoup moins avancé que le précédent.

Statu quo insoutenable

Ces projets et quelques autres de moindre envergure ne réussiront même pas à maintenir une forme de statu quo parce que la population augmente. Parce que la population vieillit aussi : en 2020, les 70 ans et plus comptaient pour 13,6 % de la population. En 2035, 15 ans plus tard, ils compteront pour 20,5 %. La demande de soins augmente constamment. Donc beaucoup d’investissements à faire avant de parler de rattrapage…

À un coût d’environ 450 000 $ par chambre, les sommes requises pour éviter une détérioration de la situation sont déjà considérables. Même avec le statu quo ajusté, nous ne serons pas mieux préparés pour la prochaine pandémie.

Mais faut-il perpétuer le modèle hospitalier actuel ? En France, au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Suède, dans la grande majorité des pays en Europe, environ le tiers des hôpitaux sont de propriété privée, mais sous contrat avec l’État. Le patient ne paie rien et peut choisir l’établissement où il sera traité.

En 2019, selon les données mêmes du ministère de la Santé et des Services sociaux, 380 000 patients sont ressortis des urgences sans avoir été pris en charge… C’est plus de 1000 par jour. Ça n’arrive pas en Europe.

Une des raisons importantes est le mode de financement en vigueur. Au Québec, chaque établissement, à ce jour, reçoit un budget basé sur celui de l’année antérieure avec quelques ajustements. Donc aucun avantage à traiter un maximum de patients. Un peu trop de zèle peut engendrer un déficit. En Europe, tant au privé qu’au public, les soins sont rémunérés à l’acte : un patient devient une source de revenus. Ici, c’est un poste de dépenses.

Mais bonne nouvelle, le chroniqueur Francis Vailles nous apprenait récemment qu’à compter du 1er avril 2023, nos hôpitaux seront financés selon le volume de soins réalisés, comme c’est déjà le cas en grande partie en Europe et en Australie, notamment.

On passe ainsi d’un mode de financement axé sur le contrôle des coûts à un autre qui favorise la réponse aux besoins. C’est une révolution !

Mais maintenant que l’on a établi le coût de chaque type de soins, on devrait aller plus loin. Récemment, M. Legault était fier d’annoncer la venue au Québec d’une usine de Moderna d’une valeur de 175 millions de dollars. Pourquoi n’essaierait-on pas d’attirer une entreprise hospitalière européenne pour un investissement de quelques milliards ? Le ministre Pierre Fitzgibbon devrait s’y mettre… Si, par un heureux hasard, cette entreprise était française, il y a déjà des ententes de reconnaissance de formation pour 80 métiers et professions. On dit que là-bas, l’on n'attend qu’un signal pour se manifester.

Pour sortir de ses ornières, notre système de santé a besoin d’un choc culturel. L’arrivée d’entreprises étrangères avec leurs capitaux, mais aussi avec leur expertise opérationnelle, forcerait le système existant à s’améliorer ou à dépérir. La concurrence rend meilleur ! Le patient y gagnerait !

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