Boxe

L’autre combat de Marie-Pier Houle

Comme la majorité de ses collègues, la boxeuse Marie-Pier Houle est contrainte de se tenir hors du ring, alors que la Santé publique refuse toujours de déconfiner les sports de combat. Mais ça ne signifie pas pour autant qu’elle a arrêté de se battre.

Déçue par l’inaction des autorités, la pugiliste de Terrebonne a décidé de prendre le taureau gouvernemental par les cornes. Au début du mois, elle a créé le groupe Facebook « La communauté de sports de combat unie pour la reprise des activités », afin de fédérer ses frères et sœurs d’armes dans ce duel peu commun.

Son projet n’a pas tardé à faire des adeptes : en quelques semaines, le groupe a attiré un peu plus de 1500 membres-athlètes, entraîneurs, simples amateurs, etc. Des gens de boxe, bien sûr, mais aussi de karaté, de taekwondo et de judo, entre autres.

« Pour moi, ça ne passait pas que le gouvernement veuille attendre qu’il y ait un vaccin [avant d’autoriser les sports de combat]. […] Des gyms ferment et des entraîneurs ont mis des années là-dedans », a expliqué Houle en entrevue avec La Presse.

Son mouvement d’unité dépasse les frontières de son groupe et des réseaux sociaux, cela dit.

La semaine dernière, dans le cadre du combat de Kim Clavel à Las Vegas, RDS a réuni les promoteurs et grands rivaux Yvon Michel et Camille Estephan (par vidéoconférence) pour une entrevue commune dans laquelle ils plaidaient en faveur du retour de la boxe dans la province. L’idée d’une telle réunion relevait carrément de l’utopie pas plus tard qu’en début d’année.

« C’est bien de voir toute la communauté se mobiliser. Et c’est assez rare que les autres sports de combat s’unissent à la boxe. C’est souvent une petite guerre pour savoir quel sport est le meilleur. Ça m’a vraiment surprise », se réjouit Houle.

La boxe, une « raison de vivre »

Avec trois combats professionnels à sa fiche (2-0-1, 1 K.-O.), Houle est encore en début de carrière. Elle devait en livrer quatre autres au printemps, avant qu’ils soient évidemment annulés en raison de la pandémie.

Lorsqu’elle ne boxe pas, l’athlète de 30 ans travaille comme thérapeute en réadaptation physique dans une clinique de la couronne nord, ce qui lui permet de s’assurer un gagne-pain. Mais c’est justement pour les boxeurs qui n’ont pas cette chance que Houle s’inquiète et veut se battre.

Pour ceux qui en sont à leurs premiers coups de poing dans l’arène professionnelle, qui n’ont que leur sport dans la vie et qui pourraient y renoncer par dépit si l’interdiction québécoise s’éternise, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur leur parcours.

« Ce n’est pas tout le monde qui a fait des études. Ce n’est pas tout le monde qui a un plan d’après-carrière. Ces gens-là vont se retrouver le bec à l’eau si ça ne repart pas. Boxer, c’est leur raison de vivre, leur mode de vie. »

— Marie-Pier Houle

En quête d’explications

À l’image de la plupart des acteurs du milieu, Houle s’explique mal pourquoi Québec refuse obstinément de permettre la tenue de sports de combat. Mais surtout, elle regrette que les autorités demeurent campées sur leur positions sans fournir d’explications détaillées.

« Ils ne veulent pas nécessairement écouter grand-chose […] et ce n’est pas juste en comparaison avec les autres sports et les autres industries. C’est facile de dire non, mais qu’est-ce qu’il faut faire pour que ça marche ? C’est ce qu’on ne nous dit pas », déplore-t-elle.

Encore récemment, Camille Estephan a vu le protocole sanitaire – inspiré de ceux de l’UFC et du promoteur américain Top Rank – qu’il avait soumis être rejeté par la Santé publique. Celle-ci jugeait notamment que les contacts physiques prolongés et les gouttelettes générées lors d’un combat représentent un trop grand risque de contamination.

« Si on a deux personnes déclarées négatives pour le VIH, elles auront beau faire ce qu’elles veulent ensemble, elles ne se donneront pas le VIH.  »

— Marie-Pier Houle

Estephan a fait parvenir ces derniers jours une seconde version de son protocole, encore plus stricte que la précédente. Nul besoin de préciser que toute la planète boxe attend impatiemment la réponse de Québec.

Entre-temps, Houle a fait parvenir une lettre cosignée par plusieurs personnalités de la boxe d’ici pour expliquer la position de l’industrie à l’ensemble des élus de l’Assemblée nationale, dont le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé, Christian Dubé, de même qu’au directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda.

Lundi dernier, certains députés ont accusé réception de la missive. Houle espère une réponse du gouvernement au début du mois d’août.

« Je ne peux pas dire que ça va fonctionner. Mais si on n’essaye pas, on ne le saura jamais », résume-t-elle.

Et même si c’est une autre fin de non-recevoir à Québec, pas question pour Houle de baisser les bras. Avec l’appui de son groupe, elle maintiendra la pression, convaincue que l’effort de guerre collectif finira par porter ses fruits.

« Si on pousse tous vers le même objectif, ils n’auront pas le choix de bouger », estime-t-elle.

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