Confiné

Un coureur au cœur des montagnes de la Gaspésie

Des paysages magnifiques de la Gaspésie. Des montagnes à perte de vue. La mer qui fouette ou qui caresse les côtes. La liberté d’un immense territoire.

Le titre du premier grand documentaire de Jérôme Binette, Confiné, pourrait sembler ironique. Mais ce n’est pas le cas.

Si le coureur Mathieu Blanchard s’est retrouvé en Gaspésie pour parcourir le mythique Sentier international des Appalaches, si Jérôme Binette s’est retrouvé à son côté pour documenter l’aventure, c’est bien à cause de la pandémie.

Après une saison de course 2019 écourtée en raison d’une blessure au dos, Mathieu Blanchard, un Montréalais d’origine marseillaise, se préparait à prendre sa revanche en 2020. Mais en mars, du jour au lendemain, tout a été annulé.

« Ça a été un choc, raconte-t-il de l’Afrique du Sud, où il se prépare pour le dernier ultratrail de la saison 2021. J’ai été en détresse pendant quelques jours. »

Jérôme Binette s’est retrouvé dans la même situation. « Je suis vidéaste-réalisateur à mon compte, j’œuvrais dans le tourisme, explique-t-il. En mars, quand [les autorités] ont annoncé les mesures, tous mes projets pour l’été sont tombés à l’eau. »

« Tant qu’à fixer le mur » chez lui, Jérôme Binette a entrepris de filmer Mathieu Blanchard courant dans les rues désertes de Montréal. Ce sont d’ailleurs les images saisissantes qui ouvrent Confiné.

Les deux hommes ont sympathisé et Mathieu Blanchard a confié au réalisateur ses plans de rechange, dont un projet particulièrement ambitieux : parcourir le Sentier international des Appalaches, qui traverse la Gaspésie sur 650 kilomètres et 30 000 mètres de dénivelé. En une semaine.

« Le gouvernement provincial nous avait confinés à l’intérieur des frontières. Je me suis adapté à la situation : il fallait que je fasse une aventure au Québec, sur notre propre terrain de jeu. »

— Mathieu Blanchard

Jérôme Binette s’est joint à la petite équipe de soutien de Mathieu pour documenter le tout.

Conditions difficiles

Le Sentier international des Appalaches s’est révélé particulièrement difficile. « C’est un condensé des pires difficultés qu’on peut trouver dans les sentiers d’ultratrail, avec une quantité de boue phénoménale, une quantité de rochers infinie, des contrastes météorologiques qui sont dingues », lance Mathieu Blanchard.

Si les conditions étaient ardues pour le coureur, elles l’étaient aussi pour le réalisateur. « Comme la tempête sur le mont Jacques-Cartier, se rappelle Jérôme Binette. J’ai attendu Mathieu là-haut, je me suis fait laver d’aplomb. Quand il est passé, il a fallu que je redescende par le mont Xalibu, je l’ai eue dans les dents. »

Pourtant, pour lui, le tournage, c’est le plaisir. « C’est au montage que ça se corse », indique-t-il.

Il s’est retrouvé avec un millier d’heures de vidéo, sans scénario préalable. Les deux hommes se sont alors donné des objectifs pour orienter le montage.

Il fallait d’abord s’éloigner des clichés du genre : la souffrance, les pieds en sang, la recherche de la performance… Il fallait plutôt mettre l’accent sur les relations entre le coureur et son équipe, sur la cohésion qui se crée.

« Ça prend de bons ingrédients pour raconter une aventure de course à pied parce que juste regarder quelqu’un courir, c’est l’affaire la plus ennuyante au monde. »

— Jérôme Binette

Il a notamment donné un ton humoristique à plusieurs scènes et a fait une grande place aux membres de l’équipe, tout en illustrant les difficultés traversées par Mathieu Blanchard.

Le réalisateur et le coureur tenaient à ce que le film s’adresse à un large public et non pas uniquement à des coureurs.

« Il fallait que les gens se reconnaissent dans le défi de Mathieu », soutient le réalisateur.

Un autre objectif important était de montrer des images inédites de la Gaspésie.

« Des images de la côte gaspésienne, on en voit beaucoup, commente Mathieu Blanchard. Mais le centre de la Gaspésie, avec ses montagnes et ses forêts, c’est tellement reculé, tellement boueux, tellement humide que personne ne réussit à aller chercher de belles images. C’est trop complexe pour le matériel, pour le vidéaste. »

Jérôme Binette a particulièrement apprécié le défi et n’a pas eu peur de se mouiller, au propre comme au figuré. Il a également obtenu la permission d’utiliser un drone au-dessus des « montagnes les plus mythiques de la province ».

Le résultat est effectivement remarquable. « On voulait montrer la beauté du Québec pour inspirer les gens à aller visiter ce merveilleux domaine », affirme Mathieu Blanchard.

Confiné est présenté au Cinéma du musée dès ce vendredi.

Documentaire

Confiné

Jérôme Binette

Avec Mathieu Blanchard

1 h 15

* * * 1/2

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