La mission (quasi) impossible de Beto

Le Texas, royaume du pétrole et des armes, peut-il élire un gouverneur démocrate ?

Beto O’Rourke tentera de réaliser cette mission (quasi) impossible : le démocrate le plus connu du Texas veut déloger dans un an le républicain Greg Abbott, l’un des gouverneurs les plus impopulaires du pays.

Le Texas n’a pas eu de gouverneur démocrate depuis 1994, année où un jeune politicien d’une famille bien connue a battu la gouverneure démocrate Ann Richards. (Si cette élection vous dit quelque chose, c’est qu’il s’agissait de la première victoire électorale de George W. Bush.) Les républicains ont aussi gagné toutes les élections sénatoriales (au Congrès) au Texas depuis 1988, et ils contrôlent l’Assemblée législative de l’État depuis 2002.

Qui est Beto O’Rourke ?

• Il a été conseiller municipal d’El Paso, puis représentant au Congrès de 2012 à 2018.

• Il s’est fait une renommée à l’échelle nationale en tentant de déloger Ted Cruz comme sénateur du Texas en 2018. L’élection a été très serrée : Cruz l’a emporté avec 50,9 % des votes, contre 48,3 % pour O’Rourke.

• Il voulait être candidat du Parti démocrate à la présidence en 2020, mais il a abandonné avant le début des primaires.

• Il a annoncé la semaine dernière qu’il briguerait le poste de gouverneur du Texas à l’automne 2022. Il devrait facilement remporter les primaires démocrates. Il part avec 9 points de pourcentage de retard dans les sondages (37 %, contre 46 % pour le républicain Greg Abbott, selon le Texas Politics Project).

« Rien n’est impossible, mais [une victoire de Beto O’Rourke] n’est pas à portée de main. Les républicains voudront faire une campagne sur la sécurité publique et l’immigration et associer Beto O’Rourke à l’administration Biden. Ils vont essayer de le dépeindre comme un gars un peu bizarre, qui veut vous enlever vos armes. Beto O’Rourke, lui, voudra en faire un référendum sur la gestion de Greg Abbott, dire que les républicains sont au pouvoir au Texas depuis 25 ans et que ce sont eux, les responsables des problèmes du Texas », dit James Henson, professeur de sciences politiques à l’Université du Texas à Austin et directeur du Texas Politics Project.

Pourquoi il peut gagner

1. Le Texas change

Aussi conservateur soit-il, le Texas change lentement mais sûrement en raison de l’immigration et du poids politique plus important des milieux urbains, qui votent traditionnellement démocrate. Les Blancs y représentent 40 % de la population, les Hispaniques 39 % et les Afro-Américains 12 %.

En 2020, Joe Biden n’a pas remporté cet État de 29 millions de personnes, mais il y a obtenu le meilleur résultat d’un candidat démocrate à la présidence (46,5 % des votes, contre 52,1 % pour Donald Trump) depuis la victoire de Jimmy Carter en 1976.

2. Son adversaire est politiquement vulnérable

S’il part largement favori dans ce duel électoral, Greg Abbott est l’un des gouverneurs les moins populaires au pays. Son taux d’approbation est passé de 61 % à 32 % durant la pandémie, selon le COVID-19 States Project.

Son travail est très critiqué depuis deux ans.

Tout d’abord, il y a sa gestion de la pandémie. Le Texas a été l’un des États américains où les mesures sanitaires ont été les moins sévères.

Autre enjeu que Beto O’Rourke aurait intérêt à mettre au premier plan : la gestion du système d’électricité de l’État. L’hiver dernier, des millions de maisons ont été touchées par des pannes d’électricité parce que le réseau d’électricité n’était pas équipé pour résister à des tempêtes de neige.

3. Une rock star qui devra faire preuve de discipline

Robert Francis O’Rourke – il utilise le diminutif espagnol de son prénom, Beto – est un Texan atypique. Adolescent, il était un pirate informatique. Dans la vingtaine, il jouait de la basse dans un groupe de punk et il a été arrêté à deux reprises (entrée par effraction à l’université et conduite avec les facultés affaiblies). Aujourd’hui dans la fin quarantaine, il fait encore de la planche à roulettes.

S’il veut devenir gouverneur, il devra mener une campagne très disciplinée. Durant sa campagne à la présidence, il voulait forcer le retrait des armes d’assaut – une proposition peu populaire au Texas, dont il n’a pas soufflé mot cette semaine. Il s’oppose toutefois à un projet de loi qui permettrait aux Texans d’avoir des armes sans permis.

Il a aussi déjà commencé à se distancer du président Joe Biden, impopulaire. « C’est évident que le président Biden pourrait faire un meilleur travail à la frontière », a dit Beto O’Rourke à CBS.

Il veut aussi légaliser la possession de petites quantités de marijuana et élargir l’accès aux soins de santé par le truchement de Medicaid (une option créée par l’« Obamacare » en vigueur dans beaucoup d’États, mais pas au Texas).

Pourquoi il peut perdre

1. Le Texas est très conservateur

Le Texas est encore un État très conservateur où le Parti démocrate a peu d’assises depuis trois décennies. En plus des électeurs démocrates, Beto O’Rourke devra convaincre les 8 % à 12 % d’électeurs indépendants.

2. 55 millions de raisons

L’argent est déterminant dans les élections au Texas, et Greg Abbott est un redoutable collecteur de fonds : il a déjà amassé 55 millions de dollars. Mais Beto O’Rourke excelle aussi en matière de financement. En 24 heures, il a amassé 2 millions de dollars, soit davantage que l’adversaire démocrate de Greg Abbott en 2018 durant toute sa campagne. Pour sa campagne au Sénat en 2018, Beto O’Rourke avait amassé 80 millions.

3. Des tactiques électorales déloyales

La réponse des républicains à la nouvelle démographie du Texas ? Durcir les lois électorales pour rendre plus difficile l’accès au droit de vote, particulièrement pour les communautés immigrantes et les Afro-Américains. Et redessiner la carte électorale de façon à avantager les républicains et à diminuer le poids politique des électeurs hispaniques, afro-américains et issus de l’immigration. Beto O’Rourke ne sera pas désavantagé par la nouvelle carte électorale : l’élection du gouverneur se décide à l’échelle de l’État, et non par districts électoraux.

Acquittement de Kyle Rittenhouse

« La légitime défense n’est pas illégale »

New York — Le jeune Américain Kyle Rittenhouse, tout juste acquitté après avoir abattu deux hommes lors d’une manifestation antiraciste en 2020, a justifié ses actes en se félicitant que la légitime défense ne soit « pas illégale », dans une entrevue donnée après ce verdict qui laisse les États-Unis divisés.

« Le jury est parvenu au bon verdict : la légitime défense n’est pas illégale. […] Cela a été un parcours difficile, mais nous l’avons fait. Nous avons fait le plus dur », a lancé sur Fox News Kyle Rittenhouse, devenu une figure emblématique pour une partie de la droite américaine.

En avant-goût de cette entrevue du jeune homme de 18 ans, qui doit être diffusée lundi soir, la chaîne préférée des conservateurs a diffusé des extraits où il apparaît visiblement soulagé, dans une voiture le ramenant du tribunal. D’autres passages s’attardent sur les cauchemars dont Kyle Rittenhouse dit être victime aujourd’hui.

Un porte-parole de la famille Rittenhouse, David Hancock, a ensuite déclaré que celle-ci avait été transférée vers un endroit tenu secret.

« Ils se portent bien en ce moment, ils sont dans un endroit tenu secret, forment une famille, et tout le monde est ravi », a-t-il déclaré à la chaîne CBS.

Kyle Rittenhouse était jugé pour avoir tué deux hommes de 26 et 36 ans et blessé un troisième, le 23 août 2020 dans la ville de Kenosha, au Wisconsin, avec un fusil semi-automatique AR-15 dont il s’était muni pour sortir avec des groupes armés « protéger » les commerces, lors de manifestations antiracistes. Il avait plaidé la légitime défense, assurant avoir tiré après avoir été pris en chasse et attaqué par ces trois hommes, tous blancs comme lui.

« S’il avait été noir… »

Au bout d’un procès qui a passionné l’Amérique et une nouvelle fois souligné les fractures du pays sur les armes à feu et le mouvement Black Lives Matter, les 12 jurés d’un tribunal de l’État du Wisconsin l’ont déclaré « non coupable » des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui, dont celui de meurtre.

« Nous sommes toujours sous le choc de ce résultat. Nous ne pouvons pas y croire […] il aurait dû prendre 40 ans de prison », a déclaré samedi John Huber, le père d’une des victimes, à la chaîne CNN. À l’écran, l’homme tenait une petite urne funéraire et une photo, lançant « voilà mon fils ».

« Cela a toujours été ainsi. […] Si [Kyle Rittenhouse] avait été noir, il ne serait pas sorti » sous caution en attendant son procès, a ajouté John Huber.

« Arrêtez la guerre contre l’Amérique noire », « Combattez le pouvoir blanc », pouvait-on lire vendredi sur des banderoles de manifestants se réclamant du mouvement Black Lives Matters, à New York. Des marches de protestation ont également eu lieu dans d’autres villes, dont Chicago et Portland, où elles ont tourné à l’affrontement avec la police.

Plusieurs vedettes, comme la chanteuse Lady Gaga ou l’ancien footballeur américain Colin Kaepernick, ont dénoncé le verdict et le président démocrate Joe Biden s’est dit « inquiet et en colère », tout en demandant aux Américains de respecter la décision du jury.

Mais de l’autre côté du champ politique, son prédécesseur, Donald Trump, a salué, toujours sur Fox News, la décision des jurés, estimant que le jeune homme n’aurait même pas dû être poursuivi.

Un lobby proarmes, « Gun Owners of America », a également promis sur Twitter d’offrir un fusil AR-15 en récompense à Kyle Rittenhouse pour sa défense du « droit d’être armé en Amérique ».  

Déclenchement accidentel d’une arme

Brèves scènes de panique à l’aéroport d’Atlanta

Des « tirs accidentels » ont fait trois blessés et provoqué une brève scène de panique samedi, à l’intérieur de l’aéroport d’Atlanta, en plein week-end précédant les fêtes de l’Action de grâce, mais la direction a assuré qu’il n’y avait ni tireur ni « aucun danger ». « Une arme s’est accidentellement déclenchée dans la zone des contrôles de sécurité [de l’aéroport d’Atlanta] », a annoncé le compte Twitter de l’aéroport de cette grande ville du sud-est des États-Unis. L’incident a fait trois blessés légers, a précisé de son côté l’Administration américaine sur la sécurité dans les transports. « Il n’y a pas de tireur à l’aéroport », a ajouté la même source, précisant que la police était sur place. Dans un autre tweet peu de temps après, l’aéroport a insisté sur le fait qu’il n’y avait « aucun danger pour les passagers ou les employés ». Selon un porte-parole de l’aéroport, l’incident s’est déroulé après la découverte d’une arme dans un sac à un poste de contrôle de sécurité. « Lorsque l’agent ou le passager a voulu la prendre, elle s’est déclenchée accidentellement », a déclaré Andrew Gobeil, directeur de la communication de l’aéroport. L’homme qui transportait l’arme « s’est enfui », a-t-il ajouté, précisant que les autorités connaissaient son identité. — Agence France-Presse

Tensions entre la Russie et l’Ukraine

Washington se dit « sérieusement préoccupé »

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a répété samedi que les États-Unis étaient « sérieusement préoccupés » par les agissements et les déclarations de la Russie envers l’Ukraine où les tensions montent. « Nous avons de sérieuses préoccupations sur les activités militaires inhabituelles de la Russie à la frontière avec l’Ukraine. Nous sommes vraiment préoccupés par certaines rhétoriques que nous avons vues et entendues aussi bien de la Russie que sur les réseaux sociaux », a déclaré M. Blinken devant la presse à Dakar, au Sénégal, où il effectue la dernière étape de sa tournée africaine. Il a affirmé que ces préoccupations étaient « largement partagées » par les alliés des États-Unis, mais ne s’est pas prononcé sur la question de savoir si le renseignement américain estimait que le président russe, Vladimir Poutine, souhaitait s’emparer de territoires ukrainiens. M. Blinken a cependant dit connaître « la stratégie consistant à citer d’illusoires provocations de l’Ukraine ou de n’importe quel autre pays et de les utiliser comme une excuse pour les plans de la Russie ».

— Agence France-Presse

De nouveaux investissements au Sénégal, promet Blinken

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a promis samedi de nouveaux investissements au Sénégal, pays réputé pour sa stabilité, en les présentant comme une prime à la démocratie lors de la dernière étape de sa tournée africaine. M. Blinken a dit estimer que l’Afrique pouvait avoir un large éventail d’offres de partenariats, alors que croissent les rivalités entre les États-Unis et la Chine sur fond d’une augmentation des liens commerciaux entre les pays africains et le géant asiatique. Dans un discours au Nigeria vendredi, M. Blinken avait déclaré que les Africains n’avaient pas à choisir entre leurs partenaires, un sentiment partagé par la ministre sénégalaise des Affaires étrangères, Aissata Tall Sall. Durant sa visite au Sénégal, le secrétaire d’État a signé des accords de 1 milliard de dollars avec des entreprises américaines, dont un contrat de technologie pour des services publics de sécurité et un projet pour améliorer le trafic avec de meilleures routes.

— Agence France-Presse

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