« Montréal est en retard »
Du skate aux Jeux
Le Comité international olympique (CIO) a voté à l’unanimité en août 2016 pour que cinq nouvelles disciplines s’ajoutent au programme des Jeux, qui en présentait alors 28. L’escalade, le karaté, le surf, le baseball et le skateboard permettront d’atteindre un public plus large. « Les Jeux olympiques sont moins populaires et le skateboard est plus accepté. Le résultat de ces deux facteurs, c’est que le skate entre aux Jeux. Ils vont attirer des jeunes », estime David Bouthillier, dit Boots, directeur stratégique de l’ASM. La présence de cette discipline dans la compétition internationale effraie une partie de la communauté qui craint que l’aspect sport « de rue » qui la caractérise ne se perde.
« Je ne m’inquiète pas pour ça. On va ajouter un nouvel aspect au sport, mais le core [noyau] du skate, il est dans la rue et il va y rester. »
— David Bouthillier, directeur stratégique de l’Association de skateboard de Montréal
La montée de la discipline au rang de sport olympique attirera certainement plus d’investissements et de commanditaires et lui fera gagner en popularité. « Ce n’est pas ça qui va lui faire perdre son street cred », lance le représentant de l’ASM en riant.
Policier en planche…
« Il y a des préjugés envers les planchistes depuis les années 60, mais les générations précédentes prennent de l’âge. Les jeunes qui faisaient du skate sont devenus vieux et continuent d’en faire. On ne peut plus continuer à regarder les planchistes juste comme des jeunes qui font des mauvais coups. » Boots croit que le visage du skateboard n’est plus le même. Il cite à titre d’exemple l’agent du Service de police de Longueuil Thierry Hinse-Fillion, à qui on a permis de patrouiller sur sa planche à roulettes. « Des policiers, des avocats, des docteurs qui font du skate… On est rendu à un bon moment, c’est cool à voir », se réjouit-il, affirmant que les adeptes forment un groupe hétérogène et que cela contribue à faire mieux accepter le sport. Le fait de ne plus l’associer à un univers nuisible permet de le démocratiser et de lui attribuer une reconnaissance qu’il n’avait pas à ses débuts.
Infrastructures déficientes
« Il y a une trentaine de skateparks sur l’île de Montréal, estime David Bouthillier. Et ils sont tous pareils. » Malgré le projet de nouveau skatepark dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal pour le printemps 2018, la communauté des planchistes de la ville déplore qu’on ne veille pas davantage à adapter les infrastructures à ses véritables besoins. De plus, dans le cas du Skate Plaza et de plusieurs autres, les parcs, faute d’être entretenus, finissent par se délabrer. En marchant autour de la petite zone qui délimite le Skate Plaza, le jeune homme pointe en direction de presque chacun de ses éléments et explique quelque chose qui n’est pas approprié à la bonne pratique de la planche.
« Je ne dis pas ça pour attaquer la Ville, mais ça paraît qu’ils ne se sont pas servis des conseils des skateboarders pour créer les infrastructures. »
— David Bouthillier, directeur stratégique de l’Association de skateboard de Montréal
Il explique que les modules sont surtout faits pour des enfants, hormis ceux presque impossibles à franchir, parce que mal conçus. Il décrit et montre les distances trop courtes pour qu’on puisse prendre son élan, les rails inclinés sur le côté rendant trop difficile le maintien de son équilibre ou encore les murets trop hauts. Le planchiste ajoute qu’« il n’y a aucune créativité : ça devient difficile d’améliorer son niveau de skate ». Ce n’est apparemment pas dans ces infrastructures que des athlètes olympiques seront formés.
Manifester son intérêt pour le skate
Le Skate Plaza accueillera aujourd’hui dès 14 h une compétition organisée par l’Association de skateboard de Montréal. Pour l’organisme, il s’agit d’animer l’endroit pour faire savoir aux élus municipaux qu’il y a un réel intérêt dans la population pour le skate, particulièrement pour le Skate Plaza. « Si on veut un réaménagement, il faut montrer qu’on veut l’utiliser. C’est en utilisant l’espace qu’on va créer des changements. » La future discipline olympique est déjà populaire et les planchistes manquent de terrains où s’exercer. « Montréal est en retard. Le reste du Canada avance, mais même si on commence à voir un peu de changement, on est loin de là où on veut se rendre », affirme David Bouthillier. En mettant en place des rassemblements comme celui de ce week-end, l’ASM espère également signifier qu’elle veut travailler avec la municipalité. Sous le thème « Meilleur truc, pire obstacle », en référence aux modules peu fonctionnels, l’Association souhaite mobiliser les planchistes pour une compétition gratuite qui attirera l’attention sur le Skate Plaza. Avis aux amateurs…