Analyse

Deux tuiles sur la tête des Penguins

C’est désormais une tradition. À chaque début de saison depuis deux ou trois ans, on spécule sur la chute des Penguins de Pittsburgh.

Chaque fois, ils résistent et connaissent une excellente saison, avant de trébucher au premier tour des séries éliminatoires.

Difficile, cette fois, de ne pas s’inquiéter pour les Penguins. L’équipe a appris mercredi l’absence pour au moins six semaines de son capitaine Sidney Crosby.

La vedette des Penguins doit se faire opérer pour un poignet qui ne veut pas guérir. Crosby, 34 ans déjà, ratera tout le camp d’entraînement et les premières semaines de la saison.

Pittsburgh a toujours su pallier la perte de l’une de ses stars au centre, mais cette fois, elle devra combler leur absence simultanée : Evgeni Malkin, 35 ans, ratera des mois après une intervention chirurgicale à un genou subie en juin.

Le DG Ron Hextall ne peut même pas acquérir un centre d’une autre organisation en plaçant Crosby et Malkin sur la liste des blessés à long terme puisqu’il est déjà coincé par le plafond salarial et que le retour au jeu de ses deux gros centres est prévu au cours de la saison.

« Si j’utilise [cet espace temporaire de 18,2 millions] pour obtenir un gros salarié, je devrai me soumettre à nouveau au plafond à leur retour, c’est plus complexe que ça en a l’air », a expliqué Hextall aux journalistes mercredi.

Dilemme cornélien

En poste depuis février 2021 à la suite du départ inattendu de Jim Rutherford, Hextall se retrouve devant un dilemme épouvantable.

La relève est mince à Pittsburgh et les stars vieillissent. Malkin et Kristopher Letang, 34 ans comme Crosby, auront droit à l’autonomie complète à la fin de la saison. Sans compter l’un de leurs meilleurs compteurs, Bryan Rust.

Dans une interview accordée mercredi à Sportsnet, le président des Penguins, Brian Burke, a réitéré sa confiance envers l’équipe. « Ce groupe est sous contrat pour une autre année et nous verrons ce que nous pourrons faire. Nous croyons en eux. Nous avons participé aux séries 15 ans de suite. Nous avons gagné deux fois la Coupe Stanley il y a quatre et cinq ans, puis nous avons été éliminés au premier tour lors des trois dernières saisons. Nous devons renverser cette tendance. »

Les options valables sont peu viables. Réinitialiser ? Difficile à réaliser quand vos trois meilleurs joueurs ont 34 ans ou plus et que le bassin d’espoirs est mince. Il faut davantage de joueurs dans la force de l’âge pour réaliser une telle opération.

Reconstruire ? Encore là, les Penguins ne comptent aucun jeune joueur de premier plan dans leur réseau de filiales, ou si peu, et la valeur de Malkin, Crosby et Letang s’amenuise au fil des années et des blessures. Crosby rapporterait sans doute encore beaucoup, mais Hextall et Burke oseraient-ils commettre le sacrilège de se départir d’un tel symbole ?

Parce qu’ils cherchaient toujours à obtenir du renfort à l’aube des séries éliminatoires dans la dernière décennie, les Penguins ont repêché seulement une fois au premier tour en sept cuvées depuis 2015.

Repêché au 21rang en 2019, Samuel Poulin est donc le seul choix de premier tour des Penguins au sein de l’organisation… avec Crosby et Malkin !

Kasperi Kapanen a été lui aussi repêché au premier tour, en 2014, mais il a été échangé aux Maple Leafs un an plus tard pour Phil Kessel, puis rapatrié en 2020 au prix… d’un autre choix de premier tour.

Comme si ça ne suffisait pas, cinq des six choix de deuxième tour entre 2015 et 2018 ont été échangés. Le sixième, Zachary Lauzon, a été contraint à la retraite à la suite de commotions cérébrales. Les Penguins n’avaient pas de choix de deuxième tour en 2014 et 2019.

Un (autre) miracle en vue ?

Le capitaine Sidney Crosby, rappelons-le, a fait un plaidoyer clair contre le démantèlement du noyau après l’élimination de l’équipe, le printemps dernier.

« Ils disent ça depuis quatre ans, n’est-ce pas ? Alors je ne sais pas si j’arriverai à leur faire changer d’idée. Pour le reste, je ne sais vraiment pas. Je sais par contre que nous voulons gagner les trois et que nous allons tout donner pour être compétitifs chaque année. »

Crosby croyait évidemment dans les chances de ce groupe pour la prochaine saison avant de ranger son équipement pour l’été.

« Aucun doute dans mon esprit. Nous avons une bonne équipe et nous pouvons encore connaître du succès. C’est pourquoi ces allusions m’agacent. Mais je n’ai jamais tenté de jouer au DG et je ne commencerai pas aujourd’hui. »

– Sidney Crosby

« Ces gars-là [Malkin, Letang] veulent gagner. Nous avons été ensemble longtemps. J’ai vu leur dévouement et leur passion. Je ne le remettrai jamais en question. Il y a beaucoup de choses à considérer, c’est une entreprise, alors ça relève d’autres personnes. »

Cette année, l’an prochain ou dans deux ans, il faudra faire face à l’inévitable à Pittsburgh. Les stars ne sont pas éternelles.

Les Penguins s’étaient retrouvés dans un cul-de-sac à la fin de l’ère du grand Mario Lemieux, devenu ensuite propriétaire. Puis Sidney Crosby leur était tombé du ciel grâce aux hasards de la loterie du repêchage en 2005.

Le prochain grand joueur, après Crosby et McDavid, s’appelle Connor Bedard. Il a 16 ans, il a amassé en moyenne deux points par match dans la Ligue junior de l’Ouest et il sera admissible au repêchage de la LNH en 2023. C’est peut-être le miracle qu’on peut souhaiter aux Penguins…

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