COVID-19

Sur les bancs d’école à l’automne

Les élèves et du primaire et du secondaire regagneront les classes en septembre, a tranché le ministre de l’Éducation, jeudi. En entrevue avec La Presse, Jean-François Roberge assure avoir « bon espoir » que tous pourront suivre leurs cours à temps plein. Si l’école à distance semble définitivement écartée, au grand plaisir du milieu scolaire et des parents, un « scénario B » prévoit toutefois une fréquentation à mi-temps. Avant-goût d’une rentrée complexe et inédite.

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L’« espoir » d’un retour à temps plein

Le ministre Roberge mise sur une fréquentation à 100 % en septembre, au primaire comme au secondaire

Les élèves du Québec retourneront s’asseoir sur les bancs d’école à l’automne et le ministre de l’Éducation a bon espoir qu’ils pourront tous y être en personne à temps plein, bien qu’il n’exclue pas un retour à mi-temps. Les élèves et leurs parents seront fixés d’ici la fin juin sur la suite des choses.

« J’ai deux grandes filles au secondaire et je leur ai dit qu’elles allaient aller en classe à l’automne. » En entrevue téléphonique avec La Presse jeudi, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a dit ce que bien des parents et élèves souhaitaient entendre. Oui, les portes des écoles seront ouvertes pour tous à la prochaine rentrée.

Québec a présenté jeudi deux scénarios envisagés pour l’automne 2020. Pour le primaire comme pour le secondaire, on propose un retour en personne soit à temps partiel, soit à temps complet.

Lequel des scénarios est le plus probable ? Le ministre dit qu’il ne le sait pas.

« Je préfère le scénario A au scénario B. J’ai un scénario A avec une fréquentation à 100 % tous les jours à temps plein, c’est celui-là que je souhaite mettre de l’avant. Les autres scénarios sont des scénarios qu’on pourrait prendre si on y est contraints. J’ai bon espoir qu’on sera capables d’y arriver avec une fréquentation à temps plein », a dit Jean-François Roberge, en précisant que c’est la Santé publique qui aura le dernier mot.

Présence en classe

En conférence de presse à Montréal, le premier ministre s’est aussi montré optimiste. « Si on respecte les consignes, on peut avoir bon espoir que tous les étudiants vont pouvoir physiquement être à l’école, au cégep, à l’université à la rentrée au mois de septembre. Et c’est ce qu’il faut viser », a déclaré François Legault.

L’école à distance pour le secondaire, évoquée il y a quelques semaines par M. Roberge, semble définitivement écartée.

« Je ne pense pas qu’on va avoir à l’automne des conditions pandémiques qui pourraient nous amener là. Mais il y a une limite à ce que je peux faire en termes de prévisions sur plusieurs mois. Je suis suffisamment confiant pour travailler sur des scénarios de présence en classe. »

— Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Il assure qu’un bilan sera fait à la fin de l’année scolaire en cours pour mieux préparer le réseau au cas où un retour à la maison serait de nouveau nécessaire pour tout le monde, à l’image de ce qui a été vécu à la mi-mars.

Une décision attendue en juin

Québec consulte maintenant les différents acteurs du réseau de l’éducation et les partis de l’opposition pour peaufiner les scénarios de rentrée automnale. Un seul sera soumis à l’approbation de la Santé publique.

« Rendu là, quelque part au mois de juin, je vais pouvoir dire au réseau scolaire de commencer tout de suite les préparatifs », a expliqué Jean-François Roberge. 

« On veut être bien préparés, autant au gouvernement que dans les écoles. Je veux leur donner du temps pour que personne ne soit pris par surprise. »

— Jean-François Roberge

Le ministre souhaite une « certaine cohérence » dans le retour en classe à l’automne.

« On ne peut pas tous s’improviser son propre scénario dans chaque école. Il faut se rendre à l’évidence que la situation de contrôle du virus n’est pas la même à la grandeur du Québec. Je ne peux pas fermer la porte à ce moment-ci [à la possibilité] qu’il y ait différents taux de fréquentation selon la propagation du virus d’une région à l’autre », a toutefois affirmé Jean-François Roberge.

Priorité aux élèves en difficulté

Peu importe le scénario qui sera retenu, Québec souhaite que les élèves à besoins particuliers qui fréquentent des classes spéciales – par exemple des groupes d’adaptation scolaire – soient en classe à temps plein, ou à tout le moins plus souvent que les autres.

« Il me semble qu’on doit toujours faire un peu plus pour ces élèves-là. Peu importe le scénario, ils doivent avoir un peu plus de temps de présence, un peu plus de soutien, un peu plus d’interaction avec les professionnels », a dit le ministre.

Il demande aussi que les élèves en difficulté d’apprentissage ou jugés vulnérables soient accueillis quelques semaines avant les autres à la prochaine rentrée « pour combler des retards que les plus vulnérables pourraient avoir et leur redonner confiance ». À raison de quelques heures par jour, ces élèves pourraient travailler en petits groupes avec un enseignant ou un étudiant en enseignement.

« En ce moment, ça pose plusieurs défis logistiques : embauche de personnel, locaux, etc. Mais en mettant ça sur la table au mois de mai, on a toute la marge de manœuvre pour implanter ça au mois d’août. Ça fait partie de ce que je mets en jeu pour nos élèves vulnérables », a dit Jean-François Roberge.

Quid des cégeps et des universités ?

Plusieurs universités et cégeps ont déjà annoncé que leur session d’automne se ferait majoritairement à distance, mais à Québec, on ne ferme pas la porte à une plus grande présence sur les campus. Des établissements devront-ils changer leurs plans ? « C’est toujours bien d’être préparé pour le pire, mais on espère le mieux », a simplement dit le ministre Jean-François Roberge, en ajoutant qu’il présenterait bientôt des balises aux établissements d’enseignement supérieur.

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Les scénarios envisagés par Québec

Primaire

Scénario A

Services éducatifs offerts à 100 % des élèves

• Fréquentation de l’école cinq jours par semaine

• Retour aux ratios habituels

• Accroissement des mesures sanitaires

Primaire

Scénario B

Services éducatifs offerts à 100 % des élèves, avec présence partielle en classe

• Fréquentation de l’école à mi-temps (un jour sur deux ou en alternant une semaine de deux jours et une semaine de trois jours en classe)

• Maintien des ratios réduits (respect de la règle des deux mètres de distanciation)

• Poursuite des travaux les jours où les enfants ne sont pas en classe

Secondaire

Scénario A

Services éducatifs offerts à 100 % des élèves

• Fréquentation de l’école à temps complet

• Retour aux ratios habituels et à tous les choix de cours

• Accroissement des mesures sanitaires

Secondaire

Scénario B

Services éducatifs offerts à 100 % des élèves, avec présence partielle en classe

• Présence en classe 50 % du temps ou 33 % du temps selon les règles de distanciation prescrites par la Santé publique en fonction du niveau de contrôle de la pandémie

• Ratios réduits

• Poursuite de la formation à distance les jours où les élèves ne sont pas en classe

Source : Plan pour la rentrée de l’automne 2020, gouvernement du Québec

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Des idées pour la prochaine rentrée

Comment se passera le retour en classe dans les écoles primaires et secondaires l’automne prochain ? Voici quelques scénarios étudiés par les acteurs du milieu de l’enseignement.

Horaires rotatifs

Le directeur général de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) souhaite mettre en place des horaires rotatifs dans ses écoles primaires et secondaires en prévision de l’automne, si le Ministère l’autorise. La moitié des enfants seraient en classe le matin, et l’autre moitié l’après-midi. Ils pourraient travailler de manière plus autonome quand ils ne seraient pas à l’école. « Selon moi, l’option la plus facile, c’est d’avoir moins d’élèves dans la classe et moins d’élèves dans l’école, précise Antoine El-Khoury. Je préfère avoir tous les élèves moins de temps et leur donner du travail à faire que de ne pas les avoir du tout. » La solution des horaires rotatifs avait été retenue par l’école secondaire Père-Marquette à la suite d’un incendie, en décembre 2007. Les élèves sinistrés avaient poursuivi leur année scolaire dans les locaux de l’école Georges-Vanier. Les jeunes d’une école commençaient leur journée plus tôt afin de permettre à leurs camarades de suivre leurs cours plus tard dans la journée. « Ça permet de voir en personne les élèves au quotidien. Ça permet la socialisation, ça permet de faire des suivis, d’avoir une présence », ajoute la députée péquiste Véronique Hivon.

Un seul local

Les élèves du primaire qui ont repris les classes pourraient le dire aux grands du secondaire : on ne bouge pas beaucoup. Les déplacements sont réduits, et risquent de l’être pour tout le monde l’automne prochain. Même au secondaire, ce sont les enseignants qui changeraient de local plutôt que les élèves. « Ça semble assez certain, qu’on soit à mi-temps ou non, les élèves vont rester dans leur salle de classe. C’est plus facile sur le plan de la salubrité », dit la directrice générale du Collège de Montréal, Patricia Steben.

Du temps pour « recoller les morceaux »

Au-delà de l’aménagement physique des classes, il faut penser à l’aménagement des horaires, dit Kristel Tardif-Grenier, professeure agrégée au département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais. Une étude qu’elle a dirigée récemment a montré que le tiers des adolescents étaient en détresse en raison du confinement. « On va devoir recoller des morceaux », dit la chercheuse. Les enseignants seront « sous pression » sur le plan didactique, mais les élèves qui reviendront à l’école après des mois d’absence ne seront peut-être pas prêts à y faire face. « Il faudra que les enseignants prévoient des périodes pour que les jeunes reconnectent entre eux et avec leurs enseignants », explique Kristel Tardif-Grenier. Les liens se créent « dans l’informel » ; ainsi, il faudra penser à des activités spéciales, des sorties ou de simples marches autour de l’école, pour aller au-delà des apprentissages formels.

Modèle hybride

Est-ce que tous les élèves doivent revenir en classe en septembre ? Est-ce que les écoles pourraient donner certains cours en ligne et d’autres en présence des élèves en classe ? Et le cas échéant, dans quel pourcentage : 60 % en présentiel, 40 % en virtuel ? Toutes ces questions sont encore à l’étude. Le ministre Jean-François Roberge a laissé jusqu’à mardi aux acteurs du réseau pour lui faire part de leurs commentaires. Mais, chose certaine, « il faut absolument que les écoles aient leur mot à dire dans leur organisation », insiste Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. Des écoles, par exemple, pourraient réunir quelques jeunes ayant des difficultés d’apprentissage pour expliquer des notions pendant que d’autres font leurs travaux à la maison. « Nous, ce qu’on demande au ministre, c’est de donner un maximum de flexibilité si on va vers du demi-temps ou des journées alternées, pour que ce ne soit pas une seule mesure pour l’ensemble des services scolaires », ajoute Véronique Hivon.

Ce qu’ils ont dit

Beaucoup de « soulagement » et quelques réserves

Voici quelques réactions parmi les acteurs politiques et scolaires

« C’est vraiment une bonne nouvelle pour les élèves. Ce qui m’inquiétait, c’était l’enseignement à distance complet. L’un des premiers facteurs de réussite à l’école, c’est le lien privilégié entre l’enseignant et l’élève. C’est sûr qu’un lien, ça se crée avec un contact humain. Commencer l’école sans ce contact, ça créait beaucoup d’anxiété pour tout le monde. On pense surtout aux élèves en transition entre le primaire et le secondaire, et entre le secondaire et le cégep. »

— Dominic Besner, directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée, qui compte 1800 élèves

« C’est un grand soulagement de voir que le scénario d’une continuation de l’enseignement à distance pour le secondaire est maintenant écarté. Tout le monde espère, dans le meilleur des mondes, que tous les élèves puissent fréquenter l’école à temps plein, si la Santé publique l’autorise. Mais si ce n’est pas le cas, ce qui nous inquiétait énormément, c’était que les élèves du secondaire soient sacrifiés. »

— Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation

« On aimerait bien entendre des experts, notamment des pédiatres et d’autres chercheurs, sur l’enjeu de la distanciation physique. Nous, on souhaite qu’on trouve des locaux pour faire la classe à tous les élèves du secondaire, à l’école et à distance. On a des étudiants au baccalauréat en éducation et en adaptation scolaire. J’ai proposé au ministre de les appeler en renfort. »

— Marwah Rizqy, porte-parole du Parti libéral en matière d’éducation

« Ce qu’on apprécie, c’est qu’on a jusqu’à mardi pour retourner des messages au Ministère. Le Ministère rebrassera la salade. Jeudi, on devrait avoir un scénario plus arrêté. »

— Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

« C’est sûr que de ramener les enfants du secondaire à mi-temps dans des horaires distincts, c’est une bonne idée. Je pense que l’important, c’est que les élèves retournent à l’école. Mais dans les modalités d’organisation, on n’aura pas le choix de faire des horaires partagés ou de plus petits groupes. »

— Bernard Dufour, directeur de la Commission scolaire des Laurentides

« Le ministre veut faire pour la rentrée 2020 ce qu’il n’avait pas fait pour la rentrée printanière, c’est-à-dire consulter les gens avant de rendre public son plan. Nous, on lui demande un scénario propre pour la formation professionnelle et un autre pour l’éducation aux adultes, parce que ce sont des réalités différentes. On va lui en proposer. »

— Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

« Le retour en classe est favorable pour les élèves, sans aucun doute. Plus rapidement ils seront avec nous, moins ils auront le goût d’être sur le marché du travail. Moi, je pense que si on goûte à l’argent trop vite et qu’on ne trouve pas beaucoup de sens à l’école, les 15 $, 16 $ de l’heure peuvent devenir alléchants. Mais, à long terme, ce n’est pas ce qu’on souhaite pour nos élèves. »

— Isabelle Nareau, directrice de l’école secondaire Augustin-Norbert-Morin

« On est contents d’entendre une proposition en présentiel. Les enseignants ont hâte de retrouver leurs élèves et aussi un semblant de normalité dans leur travail. Par contre, on s’attend à un plan sérieux du ministre parce que, depuis le début, on a souvent des directives très vagues, très floues. Sur le plan organisationnel et pédagogique, on veut que ce soit faisable dans les écoles. On a besoin d’être écoutés. »

— Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal

Propos recueillis par Suzanne Colpron, La Presse

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