Sabres de Buffalo

Succéder à une légende

Buffalo — Les anglophones ont une expression qui décrit à merveille la situation de Dan Dunleavy : « Tough act to follow ». Il n’existe pas vraiment de traduction directe, car « dur acte à suivre » ne veut pas dire grand-chose.

Disons simplement que Dunleavy se trouve à succéder à une légende, ce qui vient avec des défis. La légende, c’est Rick Jeanneret. C’est lui qui décrit les matchs des Sabres de Buffalo à la radio depuis Mathusalem. Vous trouvez qu’on exagère ? Dites-vous que Ken Dryden a gagné le trophée Calder lors de la première saison de Jeanneret au micro des Sabres.

Jeanneret, c’est la voix derrière « May Day, May Day ». Sa réputation déborde largement le simple marché de Buffalo, comme en font foi les compilations de ses meilleures descriptions qui circulent sur la Toile.

« J’accepte le fait que certaines personnes ne m’aimeront jamais parce que je ne suis pas Rick, admet Dunleavy, rencontré en fin de semaine. Aujourd’hui, un partisan m’a demandé ce que c’était, être dans les souliers de RJ. J’ai dit : personne ne le remplacera. Les Beatles n’ont pas remplacé Elvis. Personne ne remplacera Vin Scully. Personne n’a remplacé Bob Cole et Danny Gallivan. De toute façon, RJ était si unique que si tu essaies de l’imiter à tous les buts, tu vas exagérer et ce sera trop forcé. »

En fait, Dunleavy n’est pas entièrement nouveau dans les parages. En 2013, les Sabres annonçaient un plan de succession de trois ans pour assurer une transition entre Jeanneret et son dauphin. À l’origine, Dunleavy devait décrire 25 matchs lors de l’an 1, 35 l’année suivante, puis les deux descripteurs allaient se séparer le travail en parts égales.

La transition a finalement duré neuf ans, jusqu’à ce que Jeanneret tire sa révérence le printemps dernier.

« Je ne le remplacerai pas, mais je veux atteindre son niveau de professionnalisme, affirme Dunleavy. Cela dit, ça te prend aussi des moments pour te forger une réputation. Qu’aurait été RJ sans Dominik Hasek ? Il aurait quand même été Rick Jeanneret, mais il n’aurait pas pu décrire ces moments marquants. Ça a adonné que Brad May a marqué un des buts les plus importants de l’histoire des Sabres, et c’est devenu May Day. »

Dunleavy n’arrivait pas non plus sans expérience. Notre homme a fait une bonne partie de sa carrière dans la région de Toronto, à décrire du hockey junior, le hockey aux Jeux olympiques de Vancouver, des matchs du Toronto FC et les rencontres des Maple Leafs de Toronto pendant deux ans.

Optimiste, il préfère dire que la transition plus longue que prévu lui a permis de mieux apprivoiser l’environnement des Sabres. « Quand RJ décrivait les matchs, je faisais les entrevues aux entractes, je pouvais regarder les matchs depuis le niveau de la glace. Ça m’a permis de voir le jeu différemment, de connaître les joueurs. Donc j’ai pu développer une relation plus complète avec l’organisation. »

Au moment où il nous raconte ça, un préposé à l’équipement s’arrête justement pour le saluer chaleureusement et prendre des nouvelles.

La saison à venir devrait marquer un relatif retour à la normale dans la LNH, ce qui enthousiasme notre homme au plus haut point. Maintenant qu’il décrit tous les matchs, il est donc assuré de venir au Centre Bell lors des visites des Sabres. « Mon amphithéâtre préféré où travailler, et je ne dis pas ça parce que je parle à un journaliste de Montréal ! », lance-t-il.

Son enthousiasme n’est pas non plus étranger au fait que les Sabres commencent enfin à voir le bout du tunnel sur la patinoire. Preuve qu’il ne fait pas que flatter les lecteurs dans le sens du poil, il y va de cette prédiction. « Je sais que les gens à Montréal ne voudront pas entendre ça, mais je crois réellement que je vais décrire la première Coupe Stanley des Sabres de Buffalo ! », assure-t-il.

Si c’est le cas, il aura ses moments qui entreront dans la légende, comme Rick Jeanneret avant lui. ll aura beau faire la meilleure description d’un but de Rasmus Dahlin, ce sera plus viral en prolongation d’un septième match qu’en deuxième période d’un match du vendredi en novembre.

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