Mon clin d'œil

Pour rendre le passeport vaccinal plus populaire, il faudrait qu’il donne droit à des rabais.

Opinion

La pauvreté du Sud a des racines dans le Nord

Une politique d’aide internationale réellement féministe doit tenir compte du rôle canadien à l’étranger

En 2017, le Canada publie sa politique d’aide internationale féministe qui cible spécifiquement l’égalité des genres et le renforcement du pouvoir des femmes comme moyen d’éradiquer la pauvreté pour bâtir un monde plus pacifique, inclusif et prospère.

La politique est présentée sous un vent de nouveauté. L’égalité des genres s’érige en réponse aux problèmes mondiaux comme la pauvreté dans les pays dont la situation socioéconomique est jugée des plus précaires (majoritairement du Sud). Bien que la politique reconnaisse l’importance de renverser les structures de pouvoir en place qui contribuent à la marginalisation des femmes dans la sphère internationale, elle adopte une compréhension limitée des causes structurelles de cette oppression. La pauvreté est réduite à un problème pratique qui requiert des solutions techniques, dépolitisée de ses causes profondes.

En nous félicitant de cette dimension féministe, ne sommes-nous pas en train de nous fermer les yeux sur les principales causes de la pauvreté – soit la nature extractive du système capitaliste international – pour ne proposer qu’une fausse solution qui apaise la conscience canadienne ?

Les solutions pour éradiquer la pauvreté et atteindre un monde plus prospère ne doivent pas être uniquement situées dans les pays qui reçoivent de l’aide internationale. Car si le féminisme implique un questionnement des relations de pouvoir sous toutes leurs formes, la politique étrangère doit forcément se pencher sur le rôle du Canada dans le maintien des structures mondiales actuelles qui favorisent la subordination des pays du Sud aux pays du Nord.

Les sociétés minières canadiennes

Le rôle que jouent les grandes sociétés minières canadiennes dans les conflits en Amérique latine ou en Afrique entourant les ressources naturelles est un exemple typique de la dichotomie entre les ambitions d’une telle politique et la réalité des actions canadiennes au-delà de nos frontières. Dans un reportage d’Anne Panasuk pour Radio-Canada en 2020, Pierre Beaucage affirme que « l’image du Canada, c’est la mine. Et c’est la mine qui vient pour dévaster ».

Les communautés touchées voient souvent leurs conditions de vie se dégrader dans ce contexte d’exploitation minière.

L’exploitation mène à des problèmes d’accès à l’eau et d’agriculture, privant certaines communautés de leur source de survie et de revenu. Elles sont également forcées de déserter leurs territoires ancestraux. Sans parler de la corruption et des violations des droits de la personne qui sont monnaie courante dans cette industrie qui génère des milliards de dollars annuellement. Au Mexique, c’est 40 % du territoire qui est consacré aux concessions minières. Le Canada détient la plus grosse part de ces concessions avec plus de 200 sociétés minières qui sont présentes sur le terrain.

Repenser le développement en s’intéressant aux pratiques canadiennes

Les lois et régulations canadiennes entourant l’activité minière et la responsabilité sociale des entreprises ne sont pas contraignantes. L’application des principes de responsabilité sociale est volontaire, malgré la création de l’Ombudsman pour la responsabilité des entreprises, car il s’agit d’un poste de conseiller qui dispose d’une capacité limitée à tenir les entreprises responsables. Dans ce contexte, les entreprises peuvent perpétuer des pratiques dommageables dans une impunité quasi totale. C’est la loi du marché qui prime.

Il est impératif que les entreprises canadiennes répondent de leurs actes devant la justice canadienne. Pour se dire résolument féministe dans son aide internationale, le Canada doit réfléchir à ses propres pratiques institutionnelles. Adopter un cadre juridique plus rigoureux en ce qui concerne la responsabilité sociale des entreprises canadiennes qui œuvrent à l’étranger est essentiel pour s'attaquer à la pauvreté et favoriser le développement en Amérique latine et en Afrique subsaharienne, régions où le Canada octroie la majorité de son aide internationale.

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